La Chine, futur empire de l'innovation ? Quelle innovation en Chine ?

En janvier 2013, le cabinet américain BCG publiait son palmarès des 50 entreprises les plus innovantes, réalisé auprès de 1 500 décideurs du monde entier. On y dénombre cinq entreprises chinoises, dont Haier, le numéro 1 mondial du gros électroménager, à la huitième place. Lors des prestigieux salons de l'IFA à Berlin et du CES 2013 à Las Vegas, le géant chinois a présenté ses innovations phares, comme des téléviseurs contrôlés par les yeux ou par la pensée, ou encore un mixeur sans fil et un réfrigérateur tactile. Le groupe investit au total 4% de son chiffre d'affaires en R&D.

andré loesekrug pietri, patron du fonds d'investissement a capital.
André Loesekrug Pietri, patron du fonds d'investissement A Capital. © ALP

Dans ce même classement, on retrouve les équipementiers télécom Huawei et ZTE, le géant des PC Lenovo et, plus étonnant, China Petroleum and Chemicals. "En Chine, je vois l'innovation comme la faculté de l'entreprise à s'adapter à un environnement dynamique et en constante mutation, commente André Loesekrug Pietri, patron du fonds d'investissement A Capital. Cela ne m'étonne pas que Haier figure en bonne position dans le classement du BCG, c'est une entreprise hyper innovante, qui tous les 5 mois sort un nouveau produit pour coller au marché". C'est aussi le cas par exemple de China Mobile, qui malgré sa taille propose chaque semaine de nouvelles offres d'abonnement à ses clients.

Pour les entreprises chinoises, l'innovation ne signifie pas forcément rupture technologique. Il s'agit d'offrir une approche "qualité-prix"

Pour les entreprises chinoises, l'innovation ne signifie pas forcément rupture technologique. Il s'agit d'offrir une approche "qualité-prix". Car être simplement bon marché ne suffit plus. Il faut trouver le bon équilibre entre le prix, la qualité et les fonctionnalités. Cela implique une augmentation de l'efficacité de production ou l'utilisation de matériaux alternatifs.

C'est ainsi que le fabricant de batteries et constructeur automobile BYD a par exemple réduit ses coûts de matières premières en remplaçant le nickel par un substitut moins onéreux. Zhongxin Medical a de son côté développé des appareils de radiologie adaptés uniquement aux actes routiniers. Du coup, leurs machines coûtent un dixième du prix des appareils multifonctions produits par les entreprises occidentales. Zhongxing s'est rapidement emparé de la moitié du marché national, forçant les entreprises occidentales à baisser leurs prix ou même à quitter le pays. Cette approche confère aux sociétés de l'empire du Milieu un énorme avantage, notamment sur les marchés émergents.

"Il n'y a rien de magique derrière l'émergence des champions chinois. Ils commencent sur des marchés sensibles aux prix et peu intensifs en technologie"

"Il n'y a rien de magique derrière l'émergence des champions chinois. Ils commencent sur des marchés sensibles aux prix et moins intensifs en technologie. Ils créent ensuite les capacités pour se globaliser et se confronter aux acteurs sur les marchés développés et sur des segments plus sophistiqués", peut-on lire dans le rapport du BCG. C'est le cas notamment de Huawei, dont la part de marché mondiale sur les équipements sans fil à plus que triplé entre 2006 et 2011. Après s'être imposé sur les marchés émergents notamment en Afrique, le géant chinois vient confronter ses compétiteurs sur leurs propres terres, en remportant par exemple un contrat 4G en Suède chez son concurrent Ericsson.

"Pour les entreprises chinoises, l'innovation c'est aussi savoir mettre en place une stratégie pour devenir une vraie marque globale", ajoute enfin André Loesekrug-Pietri. Aujourd'hui c'est peut-être Lenovo qui incarne le mieux la marque qui a su se développer à l'international. L'entreprise chinoise, qui a racheté la branche PC d'IBM en 2004, dispute à Hewlett-Packard le titre de premier fabricant mondial de PC.

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