La Chine, futur empire de l'innovation ? L'innovation, une priorité stratégique qui porte déjà ses fruits

Lors de son premier discours en tant que chef de l'Etat, le nouveau président chinois Xi Jiping a appelé à "une grande renaissance de la nation chinoise". Une renaissance qui doit passer par l'innovation. "Pour réaliser le rêve chinois, il faut promouvoir l'esprit chinois. C'est-à-dire l'esprit national centré autour du patriotisme, de la réforme et de l'innovation".

"L'innovation est une question centrale pour la Chine, pour qu'elle puisse changer son type d'économie et ne plus être cantonnée à une industrie de main d'œuvre"

Thématique chère aux dirigeants du pays, l'innovation est une priorité du 12e plan quinquennal pour la période 2011-2015. "L'innovation est une question centrale pour la Chine, pour qu'elle puisse changer son type d'économie et ne plus être cantonnée à une industrie de main d'œuvre", explique Stéphane Grumbach, directeur de recherche à l'INRIA, un organisme français de recherche dédié aux sciences et technologies numériques.

Si l'innovation est une priorité, elle est surtout indispensable à un pays qui dépend encore très largement des technologies étrangères. Une dépendance qui blesse l'orgueil du pays. "La Chine a un profond besoin de reconnaissance", confirme Patrick Nédellec, directeur du bureau du CNRS à Pékin.

"La Chine a besoin d'inventer et de produire sous ses propres licences", poursuit Stéphane Grumbach. C'est justement l'un des objectifs du plan stratégique pour la science et la technologie à moyen et long terme (2006-2020) du ministère de la Science et de la Technologie (MOST), qui entend limiter la dépendance aux technologies étrangères à 30% au lieu de 60%.

stéphane grumbach, directeur de recherche à l'inria.
Stéphane Grumbach, directeur de recherche à l'INRIA. © SG

Plus généralement, le plan vise à accroître la contribution des avancées technologiques à la croissance économique, à placer la Chine parmi les cinq premiers pays déposant des brevets et parmi les cinq premiers publiant des articles scientifiques cités au niveau international.

Et pour ce faire, la Chine a mis de colossales ressources au service de ses ambitions. Entre 2000 et 2010, le montant investi dans la recherche a été multiplié par plus de 6. Depuis 2006, la Chine dépense plus en R&D que le Japon et elle s'est hissée au rang du deuxième plus grand investisseur mondial en R&D, certes encore très loin derrière les Etats-Unis (414 milliards de dollars en 2011 soit 2,74% du PIB). En 2012, l'investissement de la Chine dans la recherche et le développement pourrait atteindre environ 120 milliards d'euros contre 107 en 2011, selon le bureau des statistiques chinoises. Cet investissement devrait représenter une part de la R&D dans le PIB national d'environ 1,9% contre 1,4%  en 2007. Elle vise 2,2% en 2015 et 2,5% en 2020.

En 2011, la Chine a créé la surprise en devenant le premier déposant mondial de demandes de brevet, devant les Etats-Unis

Un développement à marche forcée qui semble porter ses fruits : le pays peut déjà se targuer d'un certain nombre de prouesses technologiques. Il a mis au point Tianhe-1, le supercalculateur le plus rapide au monde, mais aussi Jiaolong, le premier submersible à atteindre plus de 7 000 mètres de profondeur. L'empire du Milieu doit aussi lancer une troisième sonde lunaire, Chang'e 3, au deuxième semestre 2013. Elle dispose également de l'institut de génomique de Pékin (BGI), le plus important centre de recherche sur le génome au monde.

Cet effort se traduit également par une augmentation considérable du nombre de dépôts de brevet et de publications. En 2011, la Chine créait ainsi la surprise en devenant le premier déposant mondial de demandes de brevet devant les Etats-Unis. Selon un rapport publié par l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) à Genève, sur les 2,14 millions d'inventions dans le monde qui ont fait l'objet d'une demande de brevet, 526 412 émanaient de Chine, soit une progression de 34,6% par rapport à 2010.

source : china statistical yearbook on science and technology 2011 et cnrs.
Source : China Statistical Yearbook on Science and Technology 2011 et CNRS. © JDN

Depuis deux ans, c'est même l'entreprise chinoise ZTE qui occupe la première place des demandes de brevets internationaux. Les demandes de ZTE en 2012 représentaient plus du double de celles du chinois Huawei Technologies (1 801) et dépassaient largement celles d'autres équipementiers télécoms, comme Ericsson (1 197), Nokia Siemens (326) et Alcatel-Lucent (346). La firme japonaise Panasonic, à la deuxième place du classement de l'OMPI, a déposé 2 951 demandes de brevet, soit près d'un millier de moins que ZTE. En 2012, la Chine a franchi la barre du million de brevets déposés, avec 1,26 million enregistrés au bureau d'Etat chinois pour la propriété intellectuelle, soit une hausse de 31,25% par rapport à 2011.

Du côté des publications, la Chine s'est propulsée en une dizaine d'années en deuxième position pour le nombre d'articles publiés dans les revues scientifiques internationales

Du côté des publications, la Chine s'est propulsée en une dizaine d'années en deuxième position pour le nombre d'articles publiés dans les revues scientifiques internationales (9,5% des publications mondiales), derrière les Etats-Unis (23,4%) mais devant la France, en sixième place (4,1%). En 2000, la Chine publiait près de 30 000 articles scientifiques. Dix ans plus tard, ce chiffre a été multiplié par 5. La part chinoise dans le 1% des articles scientifiques les plus cités par d'autres scientifiques, indicateur clé de la valeur de toute recherche, est passée de 1,85% en 2001 à 11,3% en 2011. D'ici 2022, la Chine pourrait même détrôner les Etats-Unis selon le Nature Publishing Index China 2011, publié l'année dernière.

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