Beaucoup de nos progrès en termes de santé pourraient être réduits à néant

Selon certains scientifiques, notre conception de la santé conduit à détruire la planète... et donc à créer de nouveaux fléaux.

D'une manière générale nous considérons qu'être en bonne santé c'est vivre longtemps, en luttant contre les maladies qui réduisent notre longévité et en diminuant les taux de mortalité infantile. C'est en se concentrant sur ces éléments que l'humanité a pu accomplir tant de choses incroyables. L'espérance de vie dans les pays développés a presque doublé depuis 1840.

Mais, d'après un rapport publié par une commission de la Fondation Rockfeller et le magazine  The Lancet, considérer la santé uniquement en termes d'espérance de vie est un raisonnement incomplet. Quand nous parlons de santé, nous devons aussi prendre en compte notre environnement. Les membres de cette commission appellent ce concept "la santé planétaire".

Selon la commission, nous devons redéfinir le terme "santé" en associant population et planète. Nous avons toujours agi comme si nous pouvions améliorer indéfiniment la santé et vivre toujours plus longtemps sans prendre en compte les changements qui s'opèrent dans notre environnement. C'est un raisonnement étriqué et probablement faux.

En étudiant ces changements environnementaux, nous nous apercevons que l'humanité va probablement au-devant d'une crise.

Redéfinir le terme "santé"

Des progrès impressionnants ont été réalisés dans le domaine de la santé et de l'espérance de vie à l'échelle planétaire. Mais à quel prix ?

"Nous avons hypothéqué l'avenir de la planète afin de maintenir notre niveau actuel de santé et de développement", explique Andy Haines de la London School of Hygiene and Tropical Medicine, président de la commission et rédacteur du rapport. Au cours d'un débat le 16 juillet, Haines déclarait que "la plupart des concepts de santé partent du principe que la santé n'a que des avantages et qu'elle peut être maintenue indéfiniment". La notion de "santé planétaire", quant à elle, indique que "nous devons accorder de l'importance aux systèmes naturels sur lesquels sont fondés notre santé et notre développement."

Penser à la santé uniquement en termes de longévité est un raisonnement tronqué. Il faut prendre en compte notre environnement

A mesure que nous améliorons nos vies, nous changeons le monde et nous dilapidons ses ressources. Le rapport montre que la population et l'espérance de vie ont explosé et que la pauvreté a diminué, en particulier ces 50 dernières années.

Dans le même temps, l'utilisation de l'énergie est montée en flèche, de même que la déforestation, l'utilisation de l'eau et des fertilisants, la pêche, l'acidification des océans et les émissions de dioxyde de carbone. Tout ceci a conduit à une pénurie extrême d'eau, à une hausse des températures et à une diminution de la biodiversité.

Le monde continue de croître, et à mesure que les situations économiques s'améliorent, chaque personne utilise de plus en plus de ressources. Nous ne souhaitons pas que les taux de pauvreté augmentent ni que l'espérance de vie baisse mais, à un moment, l'exploitation des ressources deviendra ingérable si nous ne prenons pas de mesures pour répondre au problème. D'ici 2040, il faudra produire 50% de nourriture en plus par rapport à aujourd'hui.

L'urbanisation et la mondialisation ont aussi exposé l'humanité à de nouvelles maladies. La pollution entraine des affections respiratoires et les maladies transmissibles par l'air se répandent plus facilement dans les zones densément peuplées. A mesure que les zones sauvages sont détruites, les populations sont exposées à un nombre croissant de maladies animales qui peuvent potentiellement se transmettre d'espèce à espèce (à l'image du virus Ebola et du VIH).

Ces changements menacent certaines de nos plus grandes avancées du siècle dernier. Les générations futures ne devront pas uniquement faire avec le changement climatique : nous nous dirigeons vers une pénurie d'eau et de nourriture, l'apparition de nouvelles maladies infectieuses et l'augmentation des catastrophes naturelles.

Solutions

Rester les bras croisés revient à "prétendre que l'ingéniosité inhérente à l'espèce humaine suffira à résoudre les problèmes", a déclaré Richard Horton, rédacteur en chef de The Lancet. Ce pari aura des conséquences désastreuses si nous nous trompons.

En plus de créer ce nouveau concept de santé interdisciplinaire, le rapport met en avant quelques solutions possibles pour faire face aux défis environnementaux qui nous attendent. A l'heure actuelle, plus de 30% des terres cultivées produisent de la nourriture qui est gaspillée. Réduire le gaspillage alimentaire permettrait de limiter grandement la destruction de nouveaux territoires tout en produisant suffisamment pour nourrir la population mondiale. Les innovations technologiques comme la modification génétique pourraient aider à améliorer le rendement des plantes.

Transférer les subventions aux énergies fossiles à la production d'énergies renouvelables pourrait faire une grande différence. Les gouvernements et les entreprises doivent mieux valoriser les ressources environnementales dont nous disposons. Et c'est probablement l'élément le plus important.

Comme l'explique le docteur Judith Rodin, présidente de la Fondation Rockfeller, "nous vivons en symbiose avec notre planète et nous devons commencer à valoriser cette relation de façon concrète."

 

Article de Kevin Loria. Traduction par Manon Franconville, JDN.

Voir l'article original : There's a real risk that many of our advancements to human health could be lost

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