Info JDN : la start-up IA Sophia Genetics lève 30 millions de dollars

Spécialiste de l'analyse des séquences ADN, elle aide 334 hôpitaux dans le monde à trouver le meilleur traitement pour leurs patients atteints de maladies génétiques ou de cancers.

La start-up IA suisse Sophia Genetics a tapé dans l'œil des investisseurs : elle boucle ce 13 septembre un tour de table à 30 millions de dollars. Cette somme vient s'ajouter aux 18 millions de dollars levés lors de trois précédentes collectes de fonds depuis sa création en 2011. La plateforme informatique développée par la société, baptisée Sophia Artificial Intelligence, permet aux médecins de mieux diagnostiquer le cancer et les maladies génétiques, mais également de proposer le traitement le plus approprié à chaque malade.

La solution de Sophia Genetics peut par exemple être utile dans le service d'oncologie d'un hôpital qui propose à certains patients de leur faire une prise de sang ou une biopsie, afin d'extraire leur ADN et de le découper grâce à des outils de séquençage haut-débit. L'objectif ? "Comprendre quel gène a muté et est à l'origine du cancer", répond Jurgi Camblong, PDG et fondateur français de la jeune pousse. Et de poursuivre : "Cette opération de séquençage est extrêmement complexe. Elle peut être effectuée via différentes méthodes, qui laissent toutes leurs traces dans les résultats obtenus et rendent difficiles les analyses par les médecins." Ces dernières peuvent prendre jusqu'à 9 mois dans certains services hospitaliers, un délai très long pour une personne qui souffre d'un cancer.

"Nous allons entrer en Bourse à un certain moment, mais n'excluons pas d'effectuer une nouvelle levée de fonds avant"

Quelle que soit la technique de séquençage utilisée, Sophia Artificial Intelligence est capable de traiter les conclusions obtenues avec une série d'algorithmes IA et d'en corriger les biais en cinq jours maximum. "Les médecins ont accès rapidement à des résultats fiables, qu'ils peuvent analyser pour prescrire le meilleur traitement à leurs patients ou l'adapter s'il n'est pas optimal", explique l'entrepreneur français. Si cette méthode se généralise, les hôpitaux séquenceront un jour l'ADN de certaines personnes pour vérifier si elles ont une prédisposition génétique à une maladie comme le cancer du sein. Le cas échéant, un suivi régulier (mammographies ou autre) leur sera proposé. "Le marché du diagnostic moléculaire pour la médecine personnalisée pèse aujourd'hui une dizaine de milliards de dollars dans le monde et il va croître dans les prochaines années", affirme Jurgi Camblong.

La solution IA de Sophia Genetics est aujourd'hui utilisée par 334 hôpitaux situés dans 53 pays. 10 nouveaux établissements signent chaque mois un contrat avec la start-up. Sur les 70 structures tricolores qui sont équipées d'outils de séquençage ADN haut-débit, 37 travaillent avec Sophia Artificial Intelligence, dont l'hôpital Saint-Antoine à Paris ou les CHU de Nantes et de Montpellier. Pour permettre à un maximum de clients d'accéder à son service, même s'ils n'effectuent chaque mois que quelques opérations de découpe ADN, la jeune pousse ne facture pas de frais initiaux. Elle touche de l'argent à chaque utilisation de son outil.

La start-up crée un centre de R&D dédié notamment à l'IA en Nouvelle-Aquitaine, une cinquantaine de chercheurs devraient y travailler d'ici fin 2020

Age du malade, pathologie dont il souffre, traitement proposé, efficacité des médicaments… Les hôpitaux peuvent partager leurs interprétations des mutations observées sur le génome de leurs patients ainsi qu'un certain nombre de meta-données avec les autres membres de cette plateforme ouverte (une fois les informations anonymisées bien entendu). Lorsqu'un médecin veut soigner une personne souffrant d'un cancer du poumon, il peut regarder les différents traitements utilisés chez les autres individus affectés par la même anomalie génétique et leur efficacité. Il peut ainsi proposer la thérapie la plus efficace. Les génomes de 8 000 patients sont traités chaque mois par la plateforme.

"Grâce à ce tour de table de 30 millions de dollars, nous développons une solution de machine learning capable de proposer aux médecins une analyse épidémiologique en temps réel sur n'importe quelle maladie génétique ou cancer", développe le patron. "Nos utilisateurs pourront savoir en direct quels traitements fonctionnent le mieux pour quelles maladies et quelles mutations génétiques particulières sans attendre pendant des mois les résultats d'études médicales menées sur un petit nombre de patients. Le diagnostic d'un patient réalisé à Marrackech sera tout de suite utile à un malade souffrant de la même maladie à Paris."

Prochaine étape pour Sophia Genetics ? "Nous allons entrer en Bourse à un certain moment, mais n'excluons pas d'effectuer une nouvelle levée de fonds avant", se projette Jurgi Camblong. La start-up compte aujourd'hui 150 salariés. Elle est en train de créer un centre de R&D dédié notamment à l'intelligence artificielle en Nouvelle-Aquitaine. Une cinquantaine de chercheurs devraient y travailler d'ici fin 2020.

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