Smart city : les opérateurs ne se contenteront pas de gérer les réseaux

Orange et Bouygues proposent de nouveaux services connectés pour surfer sur l'essor des villes intelligentes.

Les opérateurs de télécommunications veulent aussi leur part du gâteau de la smart city, et ce n'est pas forcément celle que l'on croit. "On nous réduit souvent au réseau mobile ou à la fibre, mais ce n'est pas toujours la partie la plus importante pour rendre une ville plus intelligente", affirme François Duquesnoy, expert smart cities chez Orange Business Services.

"Nous voulons offrir une panoplie de services à partir des données récoltées sur nos réseaux"

"Notre positionnement est d'offrir une panoplie de services à partir des données récoltées sur nos réseaux. Nous voulons accompagner les villes dans la mise en place de plateformes open source et d'interfaces de programmation (API). C'est ce que l'on fait par exemple avec l'application mobile "Nantes dans ma poche", qui fournit en temps réel des informations sur la ville aux habitants et aux touristes", explique-t-il. "Bien sûr, il faut une solide couverture réseau pour que cela fonctionne mais le véritable enjeu pour nous est d'apporter une expérience disruptive", poursuit le spécialiste d'Orange. 

Pour répondre aux demandes des villes, qu'elle affirme de plus en plus nombreuses, mais aussi des professionnels, l'entreprise a créé fin 2015 les services Live Objects, une offre IoT à la carte, et Flexible Data, une solution big data adaptée aux besoins spécifiques d'une commune.

L'application "Nantes dans ma poche" a été développée par Orange. © Capture d'écran

L'objectif d'Orange Business Services : 600 millions d'euros de chiffre d'affaires dans l'IoT d'ici à 2018. Et pour l'atteindre, François Duquesnoy assure qu'il pourra compter sur les communes. "Il y a déjà énormément de demandes de connectivité du côté des administrations. Les premières concernent l'éclairage public, qui est pour elles une source majeure de consommation énergétique. Nous pouvons, grâce à la data, leur proposer par exemple une gestion automatique des lampadaires en fonction de la météo ou de la circulation."

Et Orange profite de son réseau pour innover : "Nous pouvons mesurer les flux de voyageurs à partir des données anonymisées du réseau mobile. La possibilité de connaître le parcours et l'origine des visiteurs intéresse beaucoup certaines régions, notamment pour le tourisme. Le département des Bouches-du-Rhône, par exemple, a fait appel à nous car il est intéressé pour savoir d'où viennent les touristes. C'est aussi utilisé pour mesurer les flux dans les transports en région parisienne", raconte-t-il.

"Ces données temps réel peuvent aussi aider à désengorger les transports en cas d'affluence, en redirigeant les usagers vers des moyens de locomotion qui ne sont pas déjà bondés", poursuit François Duquesnoy. Et cela peut aller encore plus loin : "Nous venons de développer en Afrique un outil de planification urbaine. Un échantillon de données mobiles a permis de mesurer l'origine et la destination des déplacements et ainsi de déterminer précisément où il est nécessaire de construire un nouvel axe routier." Une technologie qui a toutefois ses limites : "Nous travaillons là sur des moyennes et non sur des individus isolés. Ce n'est pas toujours aussi précis que ce que les villes espèrent", précise-t-il.

Bouygues Telecom va installer 4 000 antennes LoRa de ce type dès 2016 en France. © Bouygues Telecom

Qu'à cela ne tienne, pour faire toujours plus précis et encore plus efficace, un nouveau réseau est en train de conquérir l'Hexagone. Franck Moine, directeur général adjoint d'Objenious, la filiale de Bouygues Telecom dédiée à l'IoT et à la smart city en est certain, la couverture de l'ensemble du territoire français en LoRa d'ici à la fin 2016 va accélérer le développement des capteurs intelligents : "Ce réseau radio nouvelle génération permet une géolocalisation précise sans avoir besoin de la technologie GPS, Il est bien moins coûteux à installer que le réseau mobile et les capteurs compatibles ont une batterie cinq à six fois moins chère que celles des capteurs GSM. Cela nous permettra de déployer des solutions intelligentes plus simplement."

"Nous travaillons notamment avec la start-up Energisme sur la consommation des infrastructures municipales. Il suffit de quelques capteurs sur les compteurs pour réaliser des tableaux de bord qui permettent de savoir si des bâtiments consomment de manière anormale et de proposer ensuite un coaching énergétique adapté", annonce Franck Moine. "Des projets pilotes sont d'ores et déjà lancés dans quelques grandes villes de 300 000 à 400 000 habitants", glisse-t-il, sans donner plus de détails.

Les opportunités sont nombreuses : Objenious expérimente déjà la gestion du trafic routier en partenariat avec Colas, qui place les capteurs dans la chaussée, la régulation de la vitesse de circulation sur des axes ciblés en fonction de la pollution à Grenoble avec Azimut Monitoring ou encore l'optimisation de la livraison des bouteilles de gaz avec Primagaz grâce à un capteur qui permet de savoir quelles bouteilles sont vides et quels clients il faut livrer. "Nous travaillons aussi à Paris avec la jeune entreprise Connected Cycle sur la géolocalisation des vélos en libre-service. Les capteurs LoRa nous permettront de retrouver ceux qui ont été volés", ajoute Franck Moine.

"Nous pouvons donner une seconde vie aux données et faire interagir des informations a priori très différentes"

Il en est convaincu, le croisement des données va permettre de multiplier les cas d'usage : "Nous pouvons donner une seconde vie aux données et faire interagir des informations a priori très différentes. Sur un compteur d'eau connecté, par exemple, un capteur connecté permettra d'établir une facture sur-mesure, de détecter automatiquement des fuites, mais aussi, si cette même donnée est rafraichie toutes les heures, d'assurer la sécurité des personnes âgées à domicile en lançant une alerte si aucune consommation d'énergie n'est détectée pendant plusieurs heures d'affilée."

Egalement persuadé que l'avenir de la smart city passera par ce genre de services, François Duquesnoy est confiant quant au rôle qu'auront à jouer les opérateurs : "Ces sujets vont très vite concerner des milliers, des dizaines de milliers voire des millions de personnes. Les villes en prennent conscience et elles savent que nous avons une certaine expérience dans le domaine et que nous sommes donc les mieux placés pour les gérer."

 

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