Dawex bâtit le Wall Street des données IoT

Cette bourse d'échange permet aux entreprises d'acheter et de vendre des data en un clin d'œil. Une centaine de groupes du Fortune 500 et du CAC 40 l'utilisent déjà.

Fabrice Tocco et Laurent Lafaye, les deux fondateurs de la start-up lyonnaise Dawex, ont lancé une bourse d'un nouveau genre. Elle ne permet d'échanger ni des actions ni des matières premières, mais des data issues en grande partie de l'Internet des objets. Ces informations peuvent être des données de localisation produites par une flotte de véhicules d'entreprise, des data sur la pression dans les canalisation de gaz ou d'eau... Concrètement, ce lieu d'échange est une plateforme numérique, disponible depuis décembre 2016. Elle permet à ses utilisateurs d'acheter et de vendre des jeux d'informations historiques, mais aussi des renseignements collectés en temps réel grâce à une API. Attention, Dawex n'est pas un broker de data. La jeune pousse, fondée en mars 2015, ne travaille pas sur les bases de données qui transitent sur son site et ne leur cherche pas d'acquéreurs. Le modèle de la start-up se rapproche bien plus de celui des places de marché, comme le New York Stock Exchange ou Euronext.

Dawex s'adresse à deux catégories d'entreprises : les premières souhaitent vendre certaines de leurs données pour générer de nouveaux revenus, les secondes les achètent car elles n'ont pas trouvé les informations dont elles ont besoin dans les bases open data ou via des achats de gré à gré A ce jour, plus de 800 compagnies utilisent Dawex, dont une centaine de groupes du Fortune 500 et du CAC 40. La jeune pousse prévoit de réaliser en 2017 un chiffre d'affaires de 500 000 euros minimum "qui pourrait monter jusqu'à un million d'euros si nous continuons à engranger des clients à ce rythme", espère Laurent Lafaye. "Le nombre d'objets connectés décolle et le marché de la monétisation de données est en plein boom. Il devrait peser 500 milliards de dollars dans le monde en 2020. Nous espérons capter une petite partie de ces revenus en prélevant 5,5% des sommes échangées sur notre plateforme. En échange, nous permettons à nos utilisateurs de régler en un tour de main les nombreuses problématiques techniques, contractuelles et financières qui se posent aux organisations qui souhaitent échanger des informations", poursuit-il.

Le marché de la monétisation de données est en plein boom, il devrait peser 500 milliards de dollars dans le monde en 2020

Ces obstacles apparaissent avant même que la transaction à proprement parler ne commence. Par exemple, un concessionnaire autoroutier mesure la vitesse à laquelle roulent les véhicules pour savoir à quelle fréquence il doit entretenir la chaussée. Avant de vendre ses data sur Dawex, il veut être certain que l'acheteur n'est pas un concurrent. "Les entreprises doivent décrire leur activité au moment où elles s'inscrivent gratuitement sur le site, cela permet d'éliminer le problème", répond le dirigeant. L'opérateur d'autoroutes peut donc choisir de ne vendre ses informations qu'à des assureurs souhaitant connaître la vitesse  à laquelle roulent les automobilistes pour ajuster leurs primes. De son côté, l'acheteur veut être certain que la "marchandise" est de bonne qualité. "Sur notre plateforme, les vendeurs doivent fournir à leurs potentiels clients un échantillon de leurs data. Ces derniers peuvent ainsi vérifier qu'elles correspondent bien à leur besoin", explique l'entrepreneur.

Reste à savoir à quel tarif échanger les informations. "Aujourd'hui, le trading de data n'existe pas, il n'y a donc pas de cours de la donnée. Les entreprises qui veulent vendre doivent exposer leur produit au marché pour essayer d'en déterminer le juste prix. Nous accompagnons aujourd'hui les sociétés qui utilisent notre service pour la première fois afin de les aider à calculer ce montant", précise Laurent Lafaye. Pour réaliser cette estimation, Dawex détermine avec ses clients le coût de collecte des informations si le potentiel acheteur la réalisait lui-même. "Le prix de vente doit être inférieur à cette somme, sinon l'acheteur ne signe pas", poursuit-il. Dawex enregistre le montant des transactions réalisées sur sa plateforme, le secteur d'activité concerné et le type de data échangées, pour élaborer des fourchettes tarifaires indicatives destinées à ses clients. Si l'acquéreur le souhaite (et qu'il est prêt à y mettre le prix), il peut acheter des données en exclusivité totale, sur une zone géographique ciblée ou pendant un certain laps de temps.

Grâce au contrat de licence, le vendeur ne peut pas être attaqué en justice sur la manière dont ses data ont été exploitées par son client

Une fois que vendeur et acheteur ont décidé de procéder à une transaction à un certain tarif, Dawex émet un contrat de licence, signé par les deux parties. Grâce à ce document juridique, le vendeur ne peut pas être attaqué en justice sur la manière dont ses data ont été exploitées par son client. Il protège également l'acheteur contre un éventuel procès sur la façon dont les informations qu'il utilise ont été collectées. "Nous avons conçu ces contrats avec la Cnil pour anticiper le Règlement général sur la protection des données, qui devra être appliqué dans tous les pays de l'Union européenne à partir de mai 2018. Les utilisateurs de Dawex effectuent déjà leurs échanges en conformité avec ces règles", insiste l'entrepreneur. Les lois encadrant l'utilisation des données personnelles varient en fonction des Etats. Les contrats de Dawex incluent des clauses locales spécifiques en fonction des endroits où elles sont collectées et utilisées.

Dawex est un opérateur de transaction. Une fois l'accord signé, l'entreprise reçoit d'un côté l'argent, de l'autre les data. Elle les verrouille sur son système. Une fois qu'elle a les deux en magasin, elle procède à l'échange. Les données qui transitent sur la plateforme sont chiffrées de bout en bout. Seule la société cliente dispose de la clef permettant de les décrypter. Dawex a levé deux millions d'euros auprès de la Caisse des dépôts en juin 2016 et prépare un nouveau tour de table.