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 Le chômage n'est pas un fléau mais un signe de progrès auquel il convient de s'adapter.  

Gerard Denamps , Fontenay Aux Roses

Le chômage n est pas un fléau mais un signe de progrès auquel il convient de s adapter.
Gerard Denamps

Quelle est votre idée pour relancer l'économie française ?

On ne viendra jamais à bout du chômage car le chômage est avant tout un signe de santé et de progrès. Il est donc inutile de le combattre : il faut au contraire l'intégrer pleinement dans notre économie et le considérer non pas comme un désastre mais comme signe extérieur de progrès. Je m'explique :
on oublie constamment que la cause principale du chômage provient des formidables progrès technologiques dont nous bénéficions depuis plus d'un siècle. Partout, des procédés –d'abord mécaniques, puis électriques, et maintenant électroniques– nous libèrent en exécutant à notre place des tâches de plus en plus complexes, et l'ordinateur et ses dérivés en sont bien sûr l'exemple le plus concret.
Un nombre incalculable de corvées et de professions a disparu en raison de nos avancées technologiques, et c'est une bonne chose pour l'Humanité tout entière. Mais il faut cesser d'être illogique : on ne peut pas à la fois se libérer du joug du travail et regretter d'avoir perdu ce travail. La ménagère qui appuie sur le bouton de sa machine à laver, ne regrette certainement pas l'époque pénible du lavoir.
L'agriculteur qui cultive ses terres, calfeutré dans son tracteur informatisé, ne regrette pas davantage le temps du soc tiré par un boeuf. Personne ne pleure les diligences ni les lampes à pétrole ! Alors pourquoi le progrès qui génère du temps libre et du bien-être au niveau individuel, devient-il un élément hautement perturbateur sur le plan social ?
La réponse est extrêmement simple : technologiquement, nous sommes au 21e siècle alors que sur le plan politique et social nous pataugeons encore en plein 19e siècle !
Nos lois, nos règles, notre organisation, notre conception du travail, fonctionnent toujours selon des schémas vieux de plus de cent ans et totalement inadaptés à notre environnement technique. Et c'est de cette discordance entre avancées scientifiques et vétusté sociale que proviennent tous nos maux.
L'industrie naissante du 19e siècle avait besoin de bras pour faire tourner les usines et autres entités économiques (mines, routes, transports, administration, etc. ). Toute l'organisation sociale et industrielle s'était donc orientée vers ce principe simple: il faut attirer un maximum de main d'œuvre pour produire ! C'était normal, on n'avait pas le choix.
Aujourd'hui, l'industrie n'a plus besoin de toute cette main d'œuvre et la rejette. Les robots envahissent tous les domaines et personne ne peut rien y changer.
Enfant, lorsque je prenais le métro, j'achetais mon ticket auprès d'un guichetier, puis un autre le poinçonnait. Chaque station avait un responsable de quai, et dans chaque rame siégeait un préposé à l'ouverture et à la fermeture des portes. Aujourd'hui je peux circuler sans rencontrer âme qui vive puisque tout est automatique et que certaines lignes n'ont même plus de conducteur du tout !
Et c'est la même chose dans presque tous les domaines. Tout ce qui est automatisable ou informatisable l'a été ou le sera, et la main d'œuvre est devenue une denrée périmée.
C'est une bonne et belle chose que des emplois stupides, dégradants ou pénibles aient été confiés à des machines. Mais qu'en est-il des hommes et des femmes qui vivaient de ces emplois?
Et qu'on ne vienne surtout pas nous dire, comme dans les années 70, qu'il ne s'agit que de déplacements de main d'œuvre. L'expérience prouve qu'il y a transfert, certes, mais dans des proportions infimes et que nombre de transférés sont laissés quotidiennement sur la touche.
Vouloir éradiquer le chômage en créant des emplois est donc une utopie car le but de nos avancées technologiques est précisément de supprimer des emplois et de faire travailler l'électronique à notre place… Nous sommes donc en pleine contradiction avec nous-mêmes.
Il n'y a donc que deux solutions. La première serait d'arrêter le progrès et de détruire les machines. Ca serait radical et efficace. Les guerres d'ailleurs s'en chargent régulièrement et les pays en cours de reconstruction ne connaissent que rarement le chômage. Mais je crois que personne ne souhaite de retour en arrière, guerre ou pas guerre…
La seconde solution serait de se débarrasser enfin de notre mode de pensée du 19e siècle. Tant que l'on s'accrochera à cette idée périmée que le travail est obligatoire et indispensable pour vivre, on ne s'en sortira pas !
Il faut donner un sens et une valeur différente au travail. Il faut penser la société différemment. Il faut réorganiser la répartition des richesses sur d'autres critères. Peut-être faut-il créer des outils d'échange autre que l'argent, de nouvelles valeurs, de nouvelles règles ?
La mutation se fera, c'est certain, peut-être en douceur, peut-être dans le choc d'une révolution, mais elle se fera !
Facile à dire, me diront les accrocs du travail, mais difficile à réaliser…
Pas si sûr ! Car ce type de société a déjà existé de par le passé.
Depuis l'Antiquité, toutes les sociétés qui ont pratiqué l'esclavage ont fonctionné sur le principe du refus de travailler. Qui a vu que les Grecs ou les Romains, vautrés au milieu de leurs esclaves, se plaignaient du chômage ? Bien au contraire, plus ces gens étaient entourés, mieux ils se portaient. Le général vainqueur qui ramenait des foules de chair fraîche au lendemain de ses campagnes ne détruisait certes pas l'équilibre économique de son pays et n'était pas accueilli comme un destructeur d'emplois.
Alors pourquoi sommes-nous à ce point incapables de reproduire ce que nos lointains ancêtres ont su mettre sur pied. Quelles différences entre eux et nous ? Leurs esclaves étaient de chair et de sang, alors que les nôtres sont de métal et d'électronique...
Et alors ?


Publié le 24 octobre 2008

Stan
Sur le podium des réactions à la contribution de Gérard Denamps:
1-Jan Gabriel
2-Dom
3-F. Van Gaver
et félicitations à tous les 4, pour apporter des réflexions que j'apprécie
et que je partage
Gérard Francois
A quand la naissance de la machine a produire le 100% de chômeurs ?
A quand la machine a payer les gens sans rien faire ?
A quand les congés qui dure toute l'année ?
Ne vous inquiétez pas je crois que ça arrive, mais là le capital restera a définir et qui va en profiter, et surtout qui va payer tout ça !
Dom
Gérard,
Votre contribution a le mérite d'essayer de décortiquer et remettre en cause les fondements de notre rapport au travail. Pour le moment, mis à part le cas particulier des héritiers et autres rentiers, notre sécurité matérielle est à peu près liée à notre travail. On notera d'ailleurs avec étonnement que la quantité d'argent perçue est rarement liée au service rendu : une sage-femme qui donne la vie sera bien moins payée qu'un directeur de la communication d'Areva, une institutrice bien moins payée qu'un trader parasite qui spécule sur le cacao africain, un jeune chercheur post doc bien moins que le capitaine d'un super tanker qui menace nos côtes, etc.
Comme vous le dites, "Il faut réorganiser la répartition des richesses sur d'autres critères", mais c'est là que ça coince : quels critères ? Et qui sera compétent et universellement admis pour les fixer ? Rémunérer les français tous pareil (sorte de communisme bis), ou chacun selon sa valeur (comment évaluer la valeur d'une personne) ou son mérite (idem) ou ses besoins ? Cela parait assez illusoire et assez ingérable... Le système actuel corrigé par un impôt sur le revenu progressif et sans échappatoire ne me paraît pas si mauvais à cet égard.
A part cela, le rapport au travail est très lié à la morale (judéo-chrétienne) et la géographie : la sieste et la grève sont très mal vues au nord de la Loire. Quand vous dites que le but d'une société n'est peut-être pas le travail, je suis assez d'accord avec vous (quoique l'homme aie besoin de s'accomplir ou créant quelque chose), mais c'est une idée qui passe très mal dans beaucoup de milieux, surtout traditionalistes, surtout à droite, et surtout dans le nord de la France. Il y a chez beaucoup de français un masochisme inconscient, très amusant, qui se révèle par exemple lorsque l'on parle des 35H à des cadres, pris entre leur désir secret d'avoir du temps pour eux et leur famille, et leur discours artificiel obligatoire sur leur amour inconditionnel de leur métier tellement motivant... Pareil pour le concept de sieste dans les entreprises, qui déclenche des réactions d'une hostilité impressionnante, selon la logique très particulière "j'en bave au boulot, donc il faut que tout le monde en bave"... Bref, le combat est loin d'être gagné
Frédérick Van Gaver
Cher Gérard,
même si je n'en partage pas l'intégralité bravo pour votre contribution qui a le mérite d'être argumentée, de faire réfléchir, d'être "originale" et de replacer la question dans une perspective plus vaste notamment celle du progrès technique.
Il reste cependant évident que pour celui qui perd son emploi le problème demeure et qu'il faut le "sécuriser". Depuis la première révolution industrielle tout le monde pourrait à la rigueur comprendre que l'évolution technique est à l'origine de nombreux bouleversements notamment des disparitions de certains métiers, voire d'entreprise ou même de secteurs entiers et que ce processus de destruction est aussi créateur de nouveaux emplois, de nouvelles entreprises et de nouveaux pans de l'économie (par exemple: informatique, téléphonie mobile, internet et tous les services liés). Cependant donner une explication du chômage est-il suffisant pour rassurer les victimes ?
Il faut à la fois:
- expliquer que le progrès technique (et le chômage qui en résulte) est plutôt une chose globalement positive
- permettre aux personnes qui le subissent de ne pas en être des victimes, les sécuriser et leur donner espoir
Jan Gabriel
Ok... Et alors ? Nous sommes tous à peu prés d'accord avec l'idée que nous désirons moins de travail et plus de temps pour apprécier la vie (loisirs, famille, voyages... ). Sauf que, jusqu'à présent le seul moyen pour accéder à nos désirs de loisirs passe par le travail et le salaire qui en découle. A moins de rendre tout gratuit et éliminer l'échange monétaire, on ne voit guère d'autre solutions. Le dernier essai à grande échelle de libérer l'humanité de l'échange monétaire fut le communisme... D'ailleurs, si nous sommes en constant progrès, il n'est pas seulement technologique, mais aussi social et philosophique. Malgré tout les pensées, même politiques, évoluent avec leur temps (sinon l'heureuse année 1968 n'aurait servi à rien). Simplifier l'analyse à une confrontation homme-machine et à une comparaison esclave-machine semble assez simpliste et réducteur. Tout ce que nous créons découle de l'analyse et de l'invention humaine - théories, idées, progrès technologique - dans un but d'amélioration de nos conditions de vie. L'esclavagisme n'en fut qu'une étape malheureuse et sans doute nécessaire. Tout est donc relié à ce tronc commun qu'est l'homo sapiens sapiens. Et l'interactivité est permanente. Tout défaut de fonctionnement de ce que nous, humains, mettons en place n'est que le réglage temporaire que prend l'ajustement entre les multiples systèmes. Ainsi la mise en place d'une machine passe par des essais et des améliorations, il en est de même des systèmes, politiques, sociaux et économiques, comme la crise financière pour coller à l'actualité. Il suffit d'être patient te laisser se faire le réglage, tout en y participant chacun à sa manière. Le chômage est malheureusement encore une donnée incontournable et actuellement il vaut mieux, en mon sens, tenter de transférer le plus de monde possible dans une activité que le contraire et prétendre que le chômage est une marque de réussite. Car c'est aussi oublier les autres causes ; car à côté des progrès technologique, nous avons les délocalisations, les suppression d'emplois dues à la spéculation boursière (transfert de la rémunération des salaires vers la rémunération du capital), la récession économique avec son train de faillites... Je préfère encore mieux prôner le "travailler tous pour vivre mieux" (plusieurs exemples existent de part le monde) que le "travailler plus pour gagner plus". Mais gageons que l'humanité se dirige vers le "travailler moins pour vivre mieux", et que nous en serons encore les témoins heureux, au moins pour nos enfants...
Philippe Perrard
Je trouve sa description tout à fait logique, réelle
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