La loi Loppsi projette de mettre les avancées et innovations technologiques au service de la police : hacking, filtrage du Web, collecte de données personnelles, vidéo-surveillance accrue... Elle repousse la frontière entre liberté et sécurité.
Un des volets de la loi prévoit un filtrage au niveau des FAI pour bloquer l'accès à certains sites (pédophiles...). Qu'en pensez-vous ?
* 1984, nous voilà... Dès lors qu'il s'agit de lutter contre la cyber-pédophilie, je suis pour la mise en oeuvre de techniques permettant de détecter, d'arrêter et de traduire en justice les criminels qui se servent de la Toile comme d'une bourse d'échange. Le hic, c'est qu'on sait que ces réseaux sont très organisés, et ne passent quasiment jamais, sauf par erreur, par des voies accessibles au commun des mortels. Donc, cette mesure serait, au mieux, valable si elle était étendue à la Terre entière. Ce ne sera jamais le cas, notamment parce que certains pays gagnent des sommes considérables en fermant les yeux sur les activités criminelles de certains de leurs résidents... Donc non, ce filtrage n'aurait aucun effet sur la cyber-pédophilie, ou alors un effet marginal, franco-français. En revanche, il est dangereux pour nos libertés à nous, simples citoyens, qui pourrions nous retrouver sous un microscope virtuel sur simple présomption d'un délit quelconque, fut-il imaginaire... Les fai n'ont guère de marge de manœuvre ici. Ils sont coincés entre le marteau et l'enclume, soucieux à la fois de garder leurs clients et de ne pas déplaire au gouvernement, surtout en cette période de tractation à propos de l'attribution de la 4ème licence 3G+... Suivez mon regard...
Un autre aspect permet l'écoute des communications sur Internet pour lutter contre le terrorisme, la grande et moyenne criminalité. Cela vous semble-t-il justifié ?
Ces techniques existent déjà, et pas seulement dans l'imagination des écrivains de "techno-thrillers" à la sauce Tom Clancy ! Il existe des logiciels qui permettent, sinon d'analyser le trafic intégralement, du moins de chercher des mots-clé dans les échanges d'e-mails ou de messages instantanés. Les terroristes et les narco-trafiquants l'ont appris à leurs dépens, et font maintenant très attention. Mais amusez-vous juste une fois à mentionner des mots comme "attaque" ou "anthrax" lors de vos échanges sur msn, et vous aurez l'honneur d'inaugurer un dossier à votre nom aux rg, ou chez ceux qui les remplacent désormais... Le plus inquiétant n'est cependant pas que ces techniques existent, ni même qu'un gouvernement songe à les utiliser. Ce qui m'inquiète vraiment, c'est que ce projet de loi s'inscrit dans une tendance dure de ce gouvernement, qui depuis l'arrivée au pouvoir de Sarko 1er, n'a de cesse de mettre l'internaute (qui est aussi un consommateur, ne l'oublions pas) français en coupe réglée, de le fliquer à tout va, toujours sur des prétextes fallacieux du genre "'l'industrie de la culture française se meurt" (c'est faux, elle est plus prospère que jamais... ) ou encore "nous devons lutter contre ce fléau qu'est la cyber-criminalité" (ce qui tient du voeu pieux, étant donné que la plupart des cyber-criminel séjournent hors de nos frontières, dans des paradis à l'est, mais à l'ouest de l'Oural... )... ; C'est cette dérive que je crains, car je ne crois pas une seconde que le gouvernement saura faire preuve de mesure dans cette affaire : il est acoquiné avec trop de personnages et entreprises influents pour faire machine arrière maintenant. Il nous faudrait un nouveau 14-juillet pour jeter à bas la monarchie, on dirait...
Avec Loppsi, la France souhaite tripler le nombre de caméras de vidéo-surveillance sur son territoire. Est-ce pour vous une bonne solution ? Cela vous gène-t-il ?
Voilà un volet intéressant ! Je suis pour. Oui, je sais, cela vient un peu en contradiction avec ce que j'ai écrit plus haut, mais je suis quand même pour... Seuls ceux qui se livrent à des activités répréhensibles sur la voie publique auraient à souffrir de cette multiplication des caméras de surveillance. Du moment que leur usage est sévèrement encadré et que les fonctionnaires chargés de les utiliser ne s'amusent pas à les braquer sur les fenêtres de salle de bain des citoyens de ce pays...