La fusion, oui, mais pas n'importe comment, et voire, pas avec n'importe qui. En résumé, c'est ce qui ressort de plusieurs plans alternatifs à la fusion Suez-GDF apparus pendant l'été.
| "Entre 40 et 60 députés UMP pourraient voter contre le projet gouvernemental" |
Dernier plan en date, celui à peine ébauché par le député UMP des Deux-Sèvres Dominique Paillé. Ce sarkozyste convaincu se dit prêt à voter contre le projet de loi gouvernemental "en l'état". A l'en croire, "entre 40 et 60 députés UMP" pourraient faire de même et militent pour une fusion entre GDF... et EDF, qui donnerait naissance au "Groupe énergie France". "Un projet qui n'empêcherait d'ailleurs pas l'Etat de réduire sa participation dans GDF à 51% tout en restant majoritaire", a détaillé le député. Un rapprochement qui permettrait au passage de ne revenir qu'en partie sur la loi votée en 2004 à l'initiative de Nicolas Sarkozy garantissant la part de l'Etat à au moins 70% de GDF.
Mais ce que le député UMP redoute par dessus tout, c'est une OPA hostile sur le nouveau groupe. "On est en train de créer un conglomérat aux pieds d'argile, qui risque d'éclater à tout moment !", tente-il d'expliquer.
Rapprochement entre EDF et GDF
Dans son combat, Dominique Paillé peut en tout cas compter sur un allié plutôt inhabituel pour qui appartient à son camp : la CGT. Depuis la séparation d'EDF et GDF, la centrale syndicale milite pour une fusion des deux entreprises publiques, dénonçant des risques de hausse des prix énergétique. Pendant l'été, elle a même commandé un rapport de faisabilité à un cabinet d'avocats. Principal obstacle : la Commission européenne, très sourcilleuse sur les questions de concurrence et de position dominante. Elle pourrait exiger la cession de plusieurs activités de la future entité, et notamment la production nucléaire d'EDF, assurent les opposants à cette idée. Mais la CGT dispose déjà de son argumentaire : selon le syndicat, EDF et GDF réalisant deux tiers de leurs chiffres d'affaires en France, la commission devrait se déclarer incompétente sur la question. Un précédent existe avec la fusion un temps envisagée des espagnols Gas Natural et Endesa.
Début août, un autre fervent sarkozyste avait également échafaudé un plan alternatif. Patrick Devedjian proposait un mécanisme complexe, mêlant dans le capital d'une nouvelle société les fusionnés GDF-Suez, EDF et la Caisse des dépôts et consignations (CDC) pour gérer la seule partie " réseaux de transport d'électricité et de gaz". 60% de l'ensemble étant détenus par EDF et la CDC, et la part de l'Etat dans Suez-GDF s'élevant à 34%, le mécanisme du député des Hauts-de-Seine aurait permis à l'entreprise d'être à 73% publique. Depuis, suivant en cela les prises de position successives de Nicolas Sarkozy, Patrick Devedjian se dit favorable au projet gouvernemental.
Dernière proposition, celle formulée en juillet par le rapport Lenoir, du nom de son auteur le député UMP de l'Orne Jean-Claude Lenoir. De ce document parlementaire ressortait déjà l'idée de filialiser les activités concurrentielles de GDF afin de les privatiser et de les fusionner avec Suez. Les activité réseaux, elles, auraient été conservées par la maison mère, restée publique. Ce projet a longtemps bénéficié du soutien d'un autre député sarkozyste, Thierry Mariani.