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Economie mondiale : des perspectives de développement contrastées

Etats-Unis et Chine qui rient, Europe et Japon qui pleurent. Les perspectives économiques 2005-2006 établies par l'OFCE soulignent une régionalisation de la croissance.

L'Observatoire français des conjonctures économiques a publié fin avril ses perspectives économiques mondiales pour les années 2005 et 2006. Après une année 2004 qualifiée d'exceptionnelle, puisqu'elle enregistre une croissance mondiale moyenne de 5 % (contre 4 % en 2003), l'OFCE prévoit une progression similaire pour les deux années à venir. Cependant, tous les pays ne sont pas concernés de la même manière par cette croissance. Si les Etats-Unis et la Chine sont présentés comme en pointe, la zone euro et le Japon sont exclus de cet "axe de croissance". Pour la première, le PIB en volume ne devrait croître que de 1,5 % en 2005 (et 2,1 % en 2006) tandis que le pays du Soleil Levant connaîtra une progression à la marge (+ 0,7 % en 2005 et + 1,4 % en 2006). De plus, l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), a révisé cette semaine à la baisse ses prévisions de croissance 2005 et 2006 pour ses trente pays membres. Elle table désormais sur une hausse de 2,6 et 28 % en 2005 et 2006, contre 2,9 et 3,1 % précédemment.

Perspectives de croissance mondiale (taux de croissance annuels, en %)
Poids dans le total
PIB en volume
2004
2005
2006
Allemagne
4,4
1,0
0,8
1,7
France
3,2
2,4
2,2
2,4
Italie
3,1
1,0
0,6
1,3
Espagne
1,8
2,7
2,5
2,6
Zone euro
15,7
1,7
1,5
2,1
Royaume-Uni
3,1
3,1
2,5
2,2
Union européenne*
21,5
2,2
1,9
2,2
Europe
22,2
1,8
1,7
1,9
Etats-Unis
21,2
4,4
3,5
3,3
Japon
7,1
2,6
0,7
1,4
Russie
2,7
7,1
6,0
5,5
Chine
12,7
9,6
8,4
8,0
Monde
100
5,0
4,2
4,0
Source : FMI, OCDE, sources nationales, calculs et prévision OFCE avril 2005.
* Union européenne à 25 membres.

Si l'avenir s'annonce plus radieux pour certains, Etats-Unis et Chine en tête, les apparences sont parfois trompeuses. L'OFCE souligne ainsi les dangers de la forte hausse du prix du baril (+ 50 % au premier semestre 2005) et le déficit courant des USA qui se creuse tant et plus (6,3 % du PIB à fin 2004). Une dette qui est pour l'instant financée par les banques centrales asiatiques, mais jusqu'à quand ? Pour la Chine, en revanche, les indicateurs sont au vert d'autant plus que la levée des quotas dans l'industrie textile va lui profiter fortement cette année. Au risque de se créer des inimités...

Concernant les performances des pays européens, l'OFCE et l'OCDE sont tous deux relativement pessimistes. L'Observatoire français des conjonctures économiques souligne les performances décevantes des pays de la zone euro (+ 1,7 % du volume du PIB en 2004) tandis que l'Organisation de coopération et de développement économiques désespère d'une reprise en Europe. Le premier semestre 2004 avait laissé présager un rebond de l'économie européenne mais la deuxième moitié de l'année a annihilé tous les espoirs. De même, le début de reprise au premier trimestre 2005 s'efface peu à peu à mesure que le deuxième trimestre avance.

Pour expliquer ces faux départs à répétition, deux facteurs sont montrés du doigt : la hausse du prix du pétrole et l'appréciation de l'euro. Pour autant, ces deux éléments n'expliquent pas tout, puisque certains pays européens (pays nordiques, France, Espagne, Royaume-Uni...) surnagent quand d'autres, à commencer par l'Italie et l'Allemagne, affichent des taux de croissance prévisionnels pour 2005 en-deçà de 1 %.

Mis en cause par l'OCDE pour expliquer ces contre-performances, des marchés hypothécaires trop rigides, qui ne permettent pas de financer des dépenses en s'endettant sur la base de sa maison, et des possibilités limitées de renégocier ses taux d'intérêts. Autant de facteurs qui n'incitent pas la population à consommer et qui font que la demande intérieure en Europe demeure globalement faible. L'OCDE et le FMI (Fonds monétaire international) vont même jusqu'à suggérer une baisse des taux d'intérêt de la Banque centrale européenne (- 0,5 %) pour stimuler la croissance.

Dans ce paysage plutôt sombre, la France s'en sort finalement mieux que la moyenne. Après une croissance extrêmement faible en 2003 (+ 0,5 %), l'Hexagone a bien rebondi l'an passé, s'adjugeant une hausse de 2,4 %. Certes, ce n'est pas une reprise extrêmement accentuée mais en comparaison avec les autres partenaires européens. Pour 2005 et 2006, les croissances prévues par l'OFCE pour la France sont respectivement de 2,2 et 2,4 %.

La raison de ce dynamisme accentué en France ? Une demande intérieure qui reste relativement forte et qui va de paire avec un taux d'épargne en baisse (- 0,9 points en 2003 et - 0,5 en 2004). Ce recul de l'épargne s'explique notamment par une hausse de prix de l'immobilier et des taux d'intérêt relativement bas. Ces deux facteurs incitent les manégent à contracter des crédits, ce qui a pour effet de stimuler la consommation.

Pour l'année en cours, les perspectives économiques de l'OFCE concernant la France sont cependant mitigées. Malgré un redressement de la situation opérationnelle et financière des entreprises et une politique de l'emploi dynamisée, l'observatoire table sur une reprise "entravée". Le ralentissement de la demande mondiale, l'essoufflement de la reprise de la consommation, un euro toujours "cher" sont mis en avant pour expliquer le scénario en demi teinte envisagé par l'OFCE. A cela s'ajoutent des risques susceptibles de bouleverser complètement le pronostic établi par l'observatoire avec, en tête, une crise pétrolière majeure, un ralentissement mondial de la croissance ou encore une profonde chute du dollar. Pour la zone euro, une accentuation de la mauvaise santé de l'économie allemande et italienne pourrait également être un fort handicap.

Dossier réalisé par Florence Santrot
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