Qui
sont les champions... de l'eau
Danone et Nestlé
ne sont plus toutes seules sur le marché de l'eau plate en bouteille. En dix ans,
Castel, avec sa Cristaline, et les marques distributeurs ont pris près de la moitié
du marché.

S'il existe en France 110 marques d'eaux plates, gazeuses ou
aromatisées, le marché est concentré entre les
mains de trois grands groupes. Danone, Nestlé et le groupe
Castel rassemblent environ 70 % de la production nationale en
volume et 80 % en valeur. En France, l'eau plate a encore la
préférence, même si l'on constate une montée
en puissance des eaux gazeuses. L'an passé, l'eau non
pétillante naturelle représentait environ 84 %
du marché de l'eau en volume et 50,5 % en valeur
dans les ventes enregistrées en grandes et moyennes surfaces,
selon les distributeurs. Cela représente un marché
d'environ 1,25 milliard d'euros en 2004, contre 1,16 milliard
en 2000.
Danone dispose de marques telles que Evian, Badoit, Volvic,
La Salvetat, Arvie. Nestlé Waters France est propriétaires
de Contrex, Hépar, Vittel, Aquarel, Perrier, Quezac,
Plancoët, Les Abatilles. Le groupe Castel, via son entité
"eaux" baptisée Neptune, commercialise Saint-Yorre,
Vichy Célestins, Cristaline, Thonon ou encore Courmayeur.
L'entreprise, à l'origine spécialisée dans
le vin et la bière, talonne aujourd'hui Nestlé
et Danone alors qu'elle occupait une place négligeable
sur le secteur au début des années 90.
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Part
de marché en volumes des principaux acteurs
du marché de l'eau embouteillée
en France en 1994 et 2004
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1994
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2004
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Source :
Panel Distributeurs
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Les deux grands bastions du marché de l'eau, Danone et
Nestlé Waters, se sont constitués en quelques
années. En 1992, Danone a racheté Volvic puis,
en 1993, la société des sources du Mont Dore.
Dans le même temps, le groupe Nestlé acquiert les
très populaires Perrier et Contrex, faisant passer sa
part de marché en volume de 15 % en 1991 à 39
% en 1995.
Mais, pour éviter le risque de duopole sur le marché
français, la Commission européenne a obligé
Nestlé à se séparer d'une partie de ses
sources. C'est ainsi que le groupe Castel a fait en 1993 l'acquisition
de la Société des eaux minérales du bassin de Vichy et entamé
sa progression sur le secteur. Avec un investissement initial
limité (environ 122 millions d'euros), Castel a été
propulsé n°3 du marché de l'eau en bouteille.
Depuis, il a conforté sa position pour détenir
aujourd'hui près de 22 % de part de marché.
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Parts
de marché en volume en 1994 et 2004 des
eaux plates
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Danone
(Evian, Volvic), Castel (Cristaline), Nestlé
Waters (Contrex, Vittel, Hépar, Valvert).
Source : Panel Distributeurs
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Dès la fin des années 90, les grandes marques
ont connu une lente érosion au profit de marques locales
ou de marques distributeurs, souvent moins chères. Là
encore, on retrouve le n°3 du marché. Parmi les eaux
premier prix, la réussite de Cristaline - créée
en 1992 par Castel - est emblématique. Derrière
cette marque, se cachent une vingtaine d'eaux de sources réparties
à travers l'ensemble du territoire. Cette stratégie
de marque ombrelle permet de réduire les coûts,
tant au plan de la production que de la communication. Un succès :
Cristaline devrait enregistrer un chiffre record en 2005 et
dépasser les 20 % de part de marché en volumes
sur les eaux plates.
| Dasani,
l'échec de Coca-Cola |
Une idée reprise par le groupe Nestlé qui a lancé
en 2000 une eau européenne, Aquarel (un peu plus de 0,5 %
de part de marché en volume). Une stratégie coûteuse
au démarrage : 100 millions d'euros de communication
auraient été investis au cours des trois premières
années, pour un résultat limité. Dans la lignée,
Coca-Cola, qui est le numéro trois du marché mondial
de l'eau avec 7,4 % du secteur, a tenté de se lancer
en Europe au printemps 2004 via sa marque Dasani. Las, après
avoir fini par admettre en Grande Bretagne que l'eau contenue
dans les bouteilles n'était rien d'autre que de l'eau
du robinet retraitée, la marque a annulé son lancement
en France, prévu le 19 avril 2004.
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Le
prix des eaux plates en bouteilles (pack de 6x1,5l)
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| Cristaline
(Castel) |
1,08 €
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Eau
de source de
montagne (Carrefour) |
1,62 €
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| Evian
(Danone) |
2,04 €
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| Aquarel
(Nestlé) |
2,04 €
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| Saint
Amand |
2,22 €
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| Volvic
(Danone) |
2,58 €
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| Thonon
(Castel) |
2,76 €
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| Vittel
(Nestlé) |
3,12 €
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| Contrex
(Nestlé) |
3,18 €
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| Mont
Roucous |
3,24 €
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Prix
constatés sur le site Ooshop (Carrefour)
le 28/09/05
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En outre, bien que les groupes de grande distribution n'aient
pas réglementairement le droit de commercialiser sous
leur propre nom des eaux embouteillées, elles ont elles
aussi investi le marché en lançant des marques
de distributeurs (MDD). Intermarché a ainsi investi plus
de 20 millions d'euros dans la construction d'une usine d'embouteillage
pour l'eau de source de Luchon. Parallèlement, Casino
collabore avec la Société des Eaux minérales Parot.
Toutefois, les grandes marques disposent d'un atout majeur :
leur capacité à communiquer. C'est justement sur
ce point, la publicité, que se joue souvent la réussite
d'une eau ou non. Et c'est aussi ce qui explique la toute puissance
des grandes marques. On estime que le ticket d'entrée
pour qu'une eau embouteillée fasse une percée
au niveau nationale est un budget communication de l'ordre de
5 millions d'euros. Difficile à tenir pour une eau régionale
indépendante.
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Part
des voix* des annonceurs d'eau en
cumul courant à fin novembre 2004
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Source :
TNS Media Intelligence
*part du temps publicitaire acheté par
la marque
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Sur la seule année 2004, d'après
TNS Media Intelligence, Evian (Danone) a dépensé
8,7 millions d'euros brut à la télévision.
Contrex (Nestlé) a investi 7,2 millions d'euros dans
le même temps. Chez Castel, les dépenses TV de
Courmayeur (2,2 millions) et de Thonon (1,6 million) sont supérieures
à celles consenties pour Cristaline (1,2 million d'euros)
qui bénéficie déjà d'une bonne notoriété
et d'un positionnement prix très compétitif. Avec
41 % de parts de voix (part du temps publicitaire acheté
par la marque), Danone est, de loin, le premier annonceur du
marché. Sur une année, les dépenses médias
totales des eaux plates (minérales et de source) s'élèvent
en 2004 à 56,2 millions d'euros. Un chiffre en recul
de 21 % par rapport à l'année précédente
(70,3 millions). Cela s'explique pour partie par les efforts
consentis les deux années précédentes par
les groupes pour lancer de nouvelles marques
Que d'eau, que d'eau ! Même si la France bénéficie
d'une très bonne qualité globale de l'eau du robinet,
elle figure parmi les pays qui font une importante consommation
des eaux embouteillées. Avec près de 150 litres
d'eau en bouteille consommés chaque année par
habitant, l'Hexagone se place en Europe juste derrière
l'Italie (200 litres par an) qui doit faire face à une
mauvaise qualité de l'eau du robinet dans certaines régions.
La croissance du marché de l'eau embouteillée
ne se dément pas depuis le début des années
70. En 1972, la consommation d'eau embouteillée par habitant
était de moins 49 litres par an. Elle a triplé
depuis.
Et demain ? La bombe. C'est sous ce nom de code que Nestlé
Waters France préparerait sa prochaine innovation majeure
sur le marché de l'eau. Il s'agirait d'une version pétillante
de Contrex, visant à limiter l'érosion de la marque
phare du groupe face à des concurrentes comme Taillefine
(Danone) et Courmayeur (Castel). En décembre 2004, Contrex
a en effet atteint son plus bas niveau historique avec seulement
7,8 % de part de marché en volume. A l'image des
derniers grands lancements produits (Eau de Perrier, avec des
bulles plus petites, et Badoit Rouge, avec un pétillement
plus intense), le marché de l'eau tend à déplacer
le territoire de lutte vers les eaux gazeuses et les eaux aromatisées.
Deux secteurs où les marges des groupes agroalimentaires
sont décuplées.
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