Développement durable
: la formation ne fait pas tout
Les
écoles et universités proposent aujourd'hui une
quarantaine de formations. Mais les débouchés
restent limités. Seuls les passionnés peuvent
espérer trouver leur place dans ce domaine. Témoignages.
"Je fais mon mémoire sur le développement
durable et je souhaiterais recevoir des informations sur ce
thème." La messagerie du
Journal du Management
accumule les demandes des étudiants. Depuis quelques
années, ils sont séduits par le développement
durable. Cet engouement a entraîné une multiplication
des formations depuis 2003. Novethic, centre de ressources,
d'information et d'expertise sur le développement durable
(filiale de la Caisse des dépôts), en recense aujourd'hui une
quarantaine. Mais le marché de l'emploi de la responsabilité
sociale et environnementale peut-il absorber quelque 600 diplômés
par an ?
Sur le créneau du développement durable, les formations
sont proposées par plusieurs écoles d'ingénieurs,
des écoles de commerce, Sciences-Po et surtout des universités.
La plupart des formations sont des troisièmes cycles
(master professionnel ou master de recherche et mastère
spécialisé). Il est également possible
de suivre une formation continue à temps partiel, comme
par exemple à Dauphine ("développement durable
et organisations"). Ces 3èmes cycles s'adressent
à des profils très variées : financiers,
ingénieurs, juristes, spécialistes des ressources
humaines, économistes, chimistes... Généralement,
elles se basent sur l'intervention de nombreux acteurs. Les
professeurs sont encore rares dans ce domaine, la recherche
ayant débuté depuis seulement quelques années.
Il
existe un décalage entre la demande des étudiants et les
offres d'emploi"
Anne-Catherine Husson, Novethic
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L
e développement durable est avant
tout un état d'esprit, une manière d'aborder les
problèmes. Est-ce nécessaire de s'y former ou
peut-on apprendre sur le tas ? "C'est une notion simple
à comprendre, mais difficile à intégrer
dans l'entreprise", explique Anne-Catherine Husson, directrice
éditoriale de Novethic. Par exemple, si vous souhaitez l'appliquer
aux achats, comment allez-vous gérer les appels d'offres ?
Quelle est la réglementation ? Comment sélectionner
les acteurs ? Comment éviter les ruptures de stock ?
Les formations en développement durable apportent ce
type de réponses.
Les grandes réglementations sont étudiées
et des cas concrets exposés. "J'ai été
embauchée chez Vigeo en partie grâce à mon
diplôme et j'utilise dans mon travail des notions assimilées
lors du DESS", affirme Adelina Miteva, analyste chez Vigeo,
diplômée de Sciences-Po Lyon et d'un troisième
cycle à Paris XII "audit social et sociétal"
(aujourd'hui appelé "management de la responsabilité
sociale des entreprises"
). Morgan
Carval, juriste spécialisé en droit de l'environnement,
estime également que son 3ème cycle à l'ESC
La Rochelle en "management de l'environnement" a été
déterminant pour rentrer chez Arese (absorbé par
Vigeo en 2002). Il est aujourd'hui analyste extra-financier
chez BNP Paribas asset management.
Diplômé en 1999, Morgan Carval fait partie des
"pionniers" du développement durable. Quelques
années ont passé depuis son premier emploi et
les besoins en recrutement se sont réduits. Si les étudiants
trouvent en général facilement un stage, avec
parfois beaucoup de responsabilités, il est ensuite plus
difficile d'être embauché en CDI. "Il existe
un décalage entre la demande des étudiants et
les offres d'emploi", constate Anne-Catherine Husson.
Nous
formons des futurs managers qui intégreront le développement
durable dans leurs pratiques"
Bénédicte Faivre-Tavignot, HEC
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Les métiers
du développement durable sont pourtant variés
: manager développement durable dans un grand groupe,
analyste dans une agence de notation, analyste extra-financier,
consultant... Mais les places sont convoitées. Les agences
de notation embauchent peu. Idem pour les banques. "Dans
l'investissement socialement responsable, les débouchés
demeurent limités, prévient Morgan Carval. C'est
encore un marché de niche."
Au sein des entreprises, les effectifs restent
restreints. Chez Arcelor, la cellule développement durable
est constituée de seulement deux personnes : Jérôme Granboulan,
executive vice-président en charge du développement durable,
ancien directeur innovation et R&D, et Jacky Prudhomme,
également un ancien d'Arese, diplômé d'un
3ème cycle en économie de l'environnement. "Nous
sommes une structure très légère qui travaille avec tous les
métiers de l'entreprise, commente ce dernier. Nous confions
parfois une mission à un stagiaire, mais nous ne recrutons pas
car l'objectif premier reste l'implication et la participation
de chacun des salariés et managers du groupe à la démarche développement
durable d'Arcelor.
" De plus, les
équipes développement durable sont généralement
issues de l'interne. "Il s'agit d'une fonction transversale,
poursuit Anne-Catherine Husson. L'efficacité de la mission
d'une personne venue de l'extérieur est moindre."
Certaines
écoles et universités, conscientes des difficultés
du marché de l'emploi, cherchent avant tout à
donner une nouvelle dimension à des étudiants
dont la formation initiale s'avère solide. "Il ne
s'agit pas de former des super spécialistes du développement
durable, ce qui impliquerait des débouchés très
limités, assure Bénédicte Faivre-Tavignot, directrice
pédagogique du mastère HEC. Nous formons de futurs managers
qui intégreront le développement durable dans
leurs pratiques." Tous
les anciens de la première promotion (2003) ont trouvé
un emploi, sauf pour des raisons familiales ou de santé.
Il faut donc tirer
profit de solides acquis, voire même d'une première
expérience professionnelle. "Pour les fonctions
incluant le développement durable, les entreprises recherchent
souvent des salariés expérimentés",
prévient Anne-Catherine Husson. Le
métier le plus porteur est probablement celui d'acheteur.
Les étudiants
ou les salariés en reconversion ne doivent pas hésiter
à ouvrir leurs horizons et anticiper les besoins, notamment
liés à la protection de l'environnement. Quelques
anciens du mastère HEC "management du développement
durable" ont par exemple été recrutés
en financements de projets environnementaux ou encore dans le
recyclage des déchets.
Dans la voie du développement durable, les parcours ne
sont pas tout tracés. Les diplômés d'un
troisième cycle sont unanimes : il faut "bétonner"
son projet et apprendre à le vendre. Le réseau
tissé lors d'une formation ne peut qu'y contribuer. Mais
il faut avant tout être passionné par son sujet.
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Un
coût très variable selon la formation
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Les masters professionnels et de recherche (équivalents
des anciens DESS et DEA) durent deux ans. Comme tout
master, son coût correspond aux frais d'inscription
à l'université.
Dans les écoles de commerce ou d'ingénieur,
les mastères spécialisés coûtent
entre 9.000 et 15.000 euros. Celui d'HEC revient par
exemple à 13.600 euros.
Les formations continues peuvent être financées
par différents fonds. A Dauphine, le prix de
quinze mois de formation s'élève à
8.100 euros pour les salariés qui financent eux-mêmes
leur master et à 13.300 euros pour les autres.
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