Qui sont les champions... des bourses européennes
La place de Londres et la bourse paneuropéenne Euronext tiennent le haut du pavé. Mais le mouvement de concentration qui s'amorce, au niveau européen comme international, peut faire basculer les équilibres.
Il est loin, le temps où les Bourses nationales régnaient sans partage sur toutes les relations entre investisseurs et émetteurs d'une place financière. L'internationalisation des flux de capitaux des années 80 et la déréglementation du secteur des années 90 ont eu raison de la corbeille du Palais Brongniart et de la toute-puissance des agents de change. Les places boursières sont désormais des entreprises privées presque comme les autres, cotées sur leur propre marché pour la plupart. La concurrence entre elles fait rage et l'Europe est un champ de bataille très disputé.
Deux places se partagent la moitié du marché européen
Deux acteurs tiennent le devant de la scène : la
London Stock Exchange (LSE) et
Euronext. Avec 2.700 milliards d'euros de capitalisation et plus de 3.000 sociétés cotées, la place britannique domine largement le marché européen. C'est la plus internationale des bourses du Vieux Continent : 500 entreprises étrangères y sont cotées. Ce phénomène s'est particulièrement accentué depuis le vote, aux Etats-Unis, de la loi Sarbanes-Oxley sur la sécurité financière, très contraignante en termes de reporting.
Très puissante sur le marché des actions, le
LSE reste en revanche très en retrait en termes de produits dérivés (options, contrats à terme...).
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Evolution de la capitalisation boursière
des trois principales bourses européennes
(en milliards d'euros, source : FESE, sept 2006)
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Créée en 2002, la société Euronext a remplacé, en les fusionnant, les places boursières de
Paris, Amsterdam et Bruxelles. Les bourses portugaises de Lisbonne et Porto les ont rejointes en 2002. Si le nombre d'entreprises cotées reste très en deçà de celui du LSE (un peu moins de 1.000), Euronext talonne son concurrent britannique en termes de
capitalisation, rattrapant progressivement son retard. En septembre 2006, celle-ci atteignait près de 2.650 milliards d'euros. En rachetant le Liffe (London International Financial Futures and Options Exchange) en 2002, Euronext s'est également offert la seconde place sur le marché très convoité des produits dérivés. Aujourd'hui, grâce à son fonctionnement fédéral avec un partage des tâches entre les différentes capitales, Euronext est considérée comme un exemple d'intégration transfrontalière réussie et fait figure de fer de lance sur les marchés financiers d'Europe continentale.
Deutsche Börse, un acteur majeur en quête
d'alliances
Avec plus de 1.100 milliards d'euros de capitalisation, Deutsche Börse reste en retrait par rapport au LSE et à Euronext. La place de Francfort joue pourtant un rôle central sur le marché européen. Tout d'abord grâce à sa place de choix sur le marché des dérivés : la joint-venture qu'elle a créée en 1998 avec la Swiss Exchange (SWX), Eurex, se classe en effet en première position européenne sur ce créneau.
Son rachat de la chambre de compensation Clearstream lui confère également une position enviable sur cette activité. Mais elle reste isolée et cherche des alliances, voire des opportunités de rapprochement parmi ses voisins, notamment de plus petits acteurs tels que la Borsa Italiana et les Bolsas y Mercados et Españoles (BME).
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Capitalisation boursière
des principales bourses européennes
(en milliards d'euros, source : FESE, sept 2006)
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A l'affût, quatre bourses secondaires se structurent
Derrières les principales places financières, les challengers sont dans un mouchoir de poche, à moins de 1.000 milliards d'euros de capitalisation. L'Espagnole
BME, qui vient de faire son introduction en bourse durant l'été 2006, se classe ainsi quatrième. Les 34 valeurs latino-américaines qui y sont cotées lui confèrent le statut de bourse internationale et la place compte bien capitaliser sur cet avantage pour se faire entendre dans les pourparlers européens. Avec près de 880 milliards d'euros de capitalisation, la Suisse
SWX talonne
BME. Ses atouts : sa joint-venture avec
Deutsche Börse sur les produits dérivés, Eurex, mais également virt-X, une plate-forme de négociation électronique basée à Londres.
Borsa Italiana et les bourses nordiques et baltes d'
OMX arrivent ensuite.
La première doit encore achever sa modernisation, tout particulièrement son introduction en bourse qui lui permettrait de lever les capitaux nécessaires à son développement et pourrait lui donner une monnaie d'échange dans un éventuel rapprochement avec une bourse voisine.
OMX, en revanche, mène depuis longtemps une stratégie ambitieuse : elle résulte en effet de la fusion de six bourses scandinaves et baltes, auxquelles vient de s'ajouter la place islandaise. Seule Oslo reste encore en retrait.
Des alliances transatlantiques se profilent
C'est dans cet environnement concurrentiel que se déroulent, depuis quelques années, de multiples
négociations pour d'éventuels rapprochements. En 2006, les places américaines ont clairement montré leur intérêt pour les bourses européennes. Deux rapprochements transatlantiques sont sur la table des négociations et structurent les débats. Il s'agit tout d'abord du très médiatique projet de rapprochement entre
Euronext et le
New York Stock Exchange (Nyse). Comme dans toute fusion de deux bourses, l'intérêt principal d'une telle alliance est de rentabiliser les plates-formes de négociation, outils informatiques coûteux, et donc de réduire les tarifs pour les utilisateurs. Mais il est aussi d'augmenter la liquidité des marchés concernés, en accroissant le nombre d'investisseurs.
Le
LSE a également séduit la seconde place boursière new-yorkaise, le
Nasdaq. Au printemps 2006, cette dernière a acquis près de 25 % du capital de la première bourse européenne et pourrait ne pas s'arrêter là. Cependant, une fusion ne résoudrait pas leur principal problème : leur faiblesse commune sur le marché en forte croissance
des dérivés.
Un projet alternatif de bourse européenne
Mais les logiques industrielles ne sont pas les seuls critères pris en compte dans ces débats. La concentration des bourses européennes est en effet une question hautement politique. Dans le rapport qui lui avait été commandé par l'association Paris Europlace, le président du conseil de surveillance de Schneider Electric, Henri Lachmann, s'est clairement prononcé en faveur d'une alliance
Euronext-
Deutsche Börse, critiquant un accord transatlantique, jugé trop déséquilibré.
Le projet défendu par ce rapport est de créer, autour de deux puissants acteurs, mais également de plus petits protagonistes comme
Borsa Italiana, une place
unique pour la zone euro. Celle-ci pourrait alors se faire entendre à l'échelle mondiale face aux Américaines, voire se rapprocher d'elles, dans le cadre d'un accord équitable.
Une nouvelle étape dans la déréglementation du secteur
Si les négociations sont déjà bien avancées entre le Nyse et
Euronext, la question n'est toujours pas tranchée et
Deutsche Börse peut être amenée à revoir son offre. Mais qu'il soit européen ou international, ce
mouvement de concentration devra avoir lieu. En effet, la nouvelle directive européenne sur les marchés d'instruments financiers (directive MiFID), qui doit être transposée dans les réglementations nationales d'ici novembre 2007, va encore venir accentuer la concurrence sur le marché européen.
Cette directive permettra à des acteurs autres que les bourses de négocier des actions cotées. Ce sera tout particulièrement le cas des banques, qui pourront internaliser les ordres qu'elles passent, et des plates-formes électroniques alternatives. Menacées sur leur cœur de métier, les bourses sont poussées à réagir rapidement, en s'alliant et en réduisant leurs coûts. Les grandes manœuvres ne font donc que commencer.
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