Dans son livre Engines of creation, publié en 1986, Eric Drexler imagine
un amas de nanomachines capables de se reproduire elles-mêmes et, échappant à
tout contrôle, dévorent tout sur leur passage y compris la croûte terrestre.
Cette
"gelée grise" serait capable de manipuler la matière au niveau moléculaire pour
"s'auto-créer". Le nombre de nanomachines s'accroîtrait alors de façon exponentielle,
sans qu'on puisse arrêter la réaction. Le livre a fortement inspiré le célèbre
romancier Michael Crichton, qui dans son livre "La Proie", sorti en 2002,
décrit une catastrophe provoquée par un nuage de nanoparticules s'abattant sur
la planète. Le prince Charles en personne s'est inquiété en 2003, demandant publiquement
aux scientifiques de s'interroger sur les risques des nanotechnologies et de la
gelée grise.
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| L'amiante : un matériau que l'on croyait inoffensif,
et pourtant... Image © Ministère de l'Industrie |
Pourtant, ce scénario tout droit sorti d'un film d'épouvante… existe déjà dans
la nature. Certains médicaments comme l'insuline sont "fabriqués" par des organismes
génétiquement modifiés, et on obtient ainsi des médicaments moins cher et plus
sûrs.
Mais d'ici à voir des nanorobots proliférer comme des Gremlins, il y a un pas.
Manipuler de la matière au niveau moléculaire est très coûteux en énergie : il
faut casser et reconstruire presque toutes les liaisons chimiques.
"Big Brother"
Une autre crainte des anti-nano concerne les atteintes à la vie privée. Les
puces nanométriques RFID (Radio Frequency Identification), qui pourront être intégrées
à n'importe quelle support (emballages vêtements, billets de banque, murs de bâtiments,
et semelles de chaussures), alimentent toutes les craintes.
Car si ces puces sont
conçues pour nous faciliter la vie, elles peuvent aussi nous surveiller dans les
moindres mouvements. Au Mexique, où l'industrie du kidnapping bat son plein, on
peut déjà se faire implanter une puce permettant d'être retrouvé à tout moment. Une boîte de nuit branchée de Barcelone propose à ses clients VIP de se faire
implanter une puce Verichip leur autorisant l'accès et le paiement automatique.
Le président de Vérichip envisage de faire de même pour pister les immigrés aux
Etats-Unis.
| Au Mexique, on peut déjà se faire implanter une puce permettant
d'être retrouvé à tout moment |
Mais on oublie un peu vite que aujourd'hui déjà, on peut nous suivre partout
grâce… à notre téléphone portable. Un petit appareil qui ne suscite pourtant pas
la même méfiance…
Les nanoparticules sont-elles toxiques ?
Dernière "menace" des nanotechnologies, sans doute la plus sérieuse : la toxicité
de certains nanomatériaux. Susceptibles de s'émietter en fragments nanométriques,
ces derniers pourraient s'infiltrer dans les poumons, l'environnement ou l'écosystème.
De plus, les nanopoussières s'oxydent extrêmement rapidement jusqu'à provoquer
des explosions, disséminant dans l'air d'importantes quantités de nanoparticules
(ce phénomène n'est toutefois possible qu'à des concentrations importantes).
Mais là encore, les risques ne sont pas vraiment nouveaux. Nous absorbons tous
les jours des nanoparticules : fumée, poussière, gaz d'échappement… En milieu
urbain, on compte ainsi entre 10 et 20 millions de particules de moins de 100
nanomètres par litre d'air. Ce qui ne doit pas nous empêcher de prendre toutes
les précautions, pour ne pas revivre le cauchemar de l'amiante, qui pourrait être
à l'origine de dizaines de milliers de morts.