Interviews

Emmanuel Brizard
Président
Net Value


Le marché de la mesure d'audience en France et en Europe continue de se structurer et l'offre de s'élargir. Après l'arrivée de MMXI (filiale de Mediametrix) alliée à Ipsos (cf. interview de sa DG par le JDNet), Net Value a signé un contrat mondial d'exclusivité avec la Sofres. En attendant l'arrivée possible de Nielsen Netratings, le PDG de Net Value s'explique sur les reproches qui ont pu être faits à ses enquêtes précédentes et détaille sa nouvelle offre.

Propos recueillis par Rémi Carlioz et Christophe Delaporte le 09 novembre 1999 .

Emmanuel Brizard était accompagné de Hervé Le Jouan, directeur du développement Logiciels et Services de NetValue

Rappelez-nous en quelques mots ce qu'est Net Value?
Emmanuel Brizard : Net Value est une jeune start-up fondée en mars 1998 par Bernard Ochs et moi-même. Nous réunissons trois cultures, celle de l'Internet et du marketing (Bernard vient de Sun et de Netscape), celle des études (j'ai créé MV2 et SMS) et celle de la technologie avec Hervé Le Jouan. Peu de sociétés arrivent à marier ces trois cultures, ces ingrédients de natures si différentes.

Combien êtes-vous ?
33 à Paris, 40 environ en tout avec nos filiales aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en Allemagne, ouvertes il y a deux mois.

Vous avez récemment signé un partenariat avec la Sofres
Depuis mars 1998, nous avions déjà mis en oeuvre notre approche panéliste. En juin dernier, nous avons signé un contrat mondial et exclusif de recrutement et de gestion de panels avec le groupe Taylor Nelson Sofres. La Sofres s'occupe donc désormais directement de toute la constitution et de la gestion des panels d'internautes. Il faut savoir que TNS est la première société au monde de panels télé avec je crois plus de 40 filiales à l'étranger et une méthodologie dont le sérieux a fait ses preuves.

Nous avons parfois été surpris des chiffres que vous avez publiés, qui nous paraissaient un peu trop "optimistes" sur la population internaute française et le commerce électronique notamment...
Nos panels étaient très bien faits, même avant notre alliance avec TNS. Mais il s'agissait pour nous d'une sorte de training. Il est vrai que NetMeter -notre plate-forme technique- tournait sur un panel qui n'avait peut-être pas encore tous les caractères de représentativité qu'il peut avoir désormais.

Vous reconnaissez que vos chiffres pouvaient donner lieu à contestation, qu'ils pouvaient être perçus comme "gonflés"?
Non, pas à ce point. Je vous accorde que certains panels étaient constitués d'utilisateurs probablement plus confirmés que la moyenne. Mais vous verrez qu'il y a une bonne cohérence quand même. En particulier, les chiffres que nous allons publier bientôt diffèrent peu par rapport aux anciens panels. Il n'y a, en tout cas, pas de différence fondamentale.

Donc pour finir sur ce point, à partir de quand considérez vous que les chiffres de Net Value seront établis?
A partir de maintenant, avec nos panels "made in Sofres".

En termes de panels, quelle est donc votre méthode?
C'est une méthode en trois phases : étude de cadrage, recrutement des panélistes, réactualisation des panels.

Qu'en est-il des études de cadrage?
Elles sont réalisées "au fil de l'eau" et servent à caler la structure du panel. Ce sont des interviews par téléphone réalisées de façon hebdomadaire, identiques dans tous les pays dans lesquels nous intervenons (Allemagne, Grande-Bretagne et Etats-Unis). Ces études mesurent dans chaque pays le taux de pénétration des foyers ayant une connexion à Internet et visent à en donner le profil socio-démographique.

Selon quel volume?
Ce sont des entretiens hebdomadaires, menés en permanence. Pour la France, cela correspond environ à 45.000 entretiens annuels.

Comment sont ensuite recrutés les panels?
Les panélistes sont recrutés par téléphone, en fonction de l'étude de cadrage. Les panels ont ensuite une représentativité "irréprochable", selon la méthodologie développée par la Sofres. Les panels sont régulièrement réactualisés, de façon mensuelle.

Combien de personnes composent vos panels ?
Plus de 1.000 en France pour le moment. Les panels vont s'accroître. Ils compteront 1.500 personnes en décembre.

A domicile ou au bureau ?
A domicile.

Comment sont-elles recrutées ?
Par téléphone puis en ligne. Il est important de noter que les panélistes signent ensuite leur contrat en ligne. C'est une première sur le plan juridique. Au vu des informations que nous collectons, nous avons souhaité nous entourer de toutes les sécurités possibles et de la plus grande transparence concernant la protection des données personnelles. Le climat de confiance est déterminant. Les données recueillies d'ailleurs sont immédiatement encodées. C'est un élément juridique, mais également un élément de respect des personnes.

Comment cela se passe-t-il ensuite ?
Une fois recrutés par téléphone par la Sofres, les panélistes se connectent au site avec un identifiant et un mot de passe. Ils valident le contrat et décrivent les utilisateurs de leur foyer. Enfin, ils téléchargent notre logiciel NetMeter, qui occupe moins de 1 Mo sur leur ordinateur. Ce chiffre est à comparer avec d'autres logiciels qui vont jusqu'à 12 Mo.

Sont-ils rémunérés ?
Oui , 80 euros par an en cash. Ce n'est pas que symbolique puisque notre système est léger et transparent et que donc, les panélistes n'ont rien à faire. Et c'est du cash, donc pas un catalogue ou un CD. C'est aussi pour nous un souci d'indépendance.

Parlons un peu technique. Comment fonctionne NetMeter?
C'est un capteur couplé à une base de données. Il est implanté sur la couche TCP/IP et permet de suivre tous les services et applications disponibles sur Internet. Cela signifie que NetMeter mesure non seulement l'activité Web, mais également l'activité E-mail et les autres usages: ftp, audio, vidéo, ICQ, AOL, Infonie, les pièces jointes, etc. C'est une différence fondamentale par rapport à certains de nos concurrents qui ne suivent que le Web, notamment du fait du logiciel installé simplement au niveau du système d'exploitation du PC.

Vous n'aviez pas un problème de prise en compte d'AOL ?
C'est résolu

Cela fonctionne-t-il sur Mac ?
Pas pour l'instant, mais dès la fin de l'année ce sera le cas.

Comment savez-vous qui est derrière l'ordinateur ?
Au moment de son inscription en ligne, le panéliste décrit son foyer et attribue un pseudo à chaque membre de sa famille, du type "papa", "maman", "riri" etc. A chaque connexion, l'usager choisit le pseudo qui lui correspond.

Comment collectez-vous les données ?
C'est là aussi l'une de nos spécificités. Le logiciel établit des connexions périodiques avec NetValue pour transférer les fichiers log dans nos serveurs base de données. C'est entièrement automatique et transparent pour l'internaute. Ce sont des "paquets" de 20 Ko à 60 Ko qui sont régulièrement envoyés à nos serveurs, en temps réel. Il y a donc stabilité du panel observé et aucune césure, liées par exemple à un oubli du panéliste. Ce système permet qu'il n'y ait aucune déperdition de l'information.

Et s'il y a un problème de liaison ?
Le serveur recompose jusqu'à réception complète des données. J'ai vu des cas -exceptionnels- ou cela pouvait aller jusqu'à 25 fois.

Vous parliez de spécificité de Net Value sur ce point...
Oui car d'autres systèmes fonctionnent sur l'envoi de disquettes. Cela présente deux inconvénients majeurs : le manque de fiabilité technique de ce support et l'obligation pour les panélistes de renvoyer leurs disquettes de données, avec tous les risques d'oubli, de pertes, etc. que cela comporte.

Vous voulez dire que votre système est plus fiable
Je vous dirais qu'à titre d'exemple, selon nos derniers comptages, sur 17 millions d'informations unitaires que nous avons collectées, nous avons eu 36 erreurs. Je vous laisse calculer le ratio...

On vous a parfois fait le reproche de la taille insuffisante de vos panels
Ce qui assure la représentativité d'un panel, faut-il le rappeler, c'est sa qualité avant tout, pas sa taille. Bien sûr, la taille des panels reste pour nous un enjeu dans le temps. Mais je préfère commencer à marcher avant de courir. Effectivement, pour savoir si un site est passé de la 178ème à la 172ème place, il faut des panels de plus grande taille. Mais nous nous plaçons plus dans une logique marketing et commerciale que publicitaire stricto sensu. Et puis la taille de nos panels augmente en permanence. La difficulté tient aussi à notre volonté de suivre la courbe d'apprentissage de l'Internet afin de capter les nouveaux internautes.

A quel rythme vont-ils s'accroître ?
Ecoutez, sans rien affirmer de définitif, je pense que l'on peut parler d'un doublement en fonction de la croissance de la population internaute elle-même.

Quels produits proposez vous ?
Nos produits sont liés à l'analyse de l'audience et des usages, et suivent la courbe de besoins de nos clients. Nous proposons un rapport mensuel d'études, qui comprend une analyse de l'audience et des usages, l'étude de cadrage, etc. Nous proposons aussi une partie "audience" avec les tops, et tous les chiffres désormais assez classiques: nombre de visiteurs uniques, pages vues, durée des sessions, etc. Il existe aussi un rapport d'audience européen par pays. A partir de décembre, l'information sera également disponible en ligne avec accès à l'ensemble des données agrégées ou non.

Combien cela coôte-t-il ?
Entre 50.000 francs pour un produit et 300.000 francs pour l'abonnement annuel.

Combien avez-vous de clients ?
Une vingtaine pour l'instant, et trois groupes de dimension européenne.

Vous faites de l'analyse. Faites-vous du conseil ?
Notre métier n'est pas le consulting. Nous délivrons à nos clients toutes les données et tous les ingrédients qui leur permettent de développer les meilleurs business models de l'Internet, ou de leur activité en lien avec l'Internet. C'est le point clé : quel business model développer. A nos clients de réfléchir... Mais pour notre part, il s'agit d'une sorte de "pré-consulting", on fournit une première partie de valeur ajoutée, mais nous ne sommes pas une structure de conseil stratégique.

Avez-vous des projets de développement à l'international?
Nous sommes une société européenne à vocation mondiale. Et Internet est "a-national" plus qu'international. Nous n'avons aucun complexe, y compris aux USA. Développement international, oui, c'est déjà le cas. Développement de nouveaux outils d'analyse aussi, avec une meilleure customisation et plus d'interactivité.

Vous avez déjà des chiffres à nous communiquer ?
Nous attendons d'avoir toutes les données, et de toutes les avoir traitées. Je ne suis pas adepte de la boule de cristal et, comme nous avons coutume de dire, "nous ne sommes pas des gourous". Nous sommes des factuels. Mais je peux tirer quelques chiffres de l'étude de cadrage. En moyenne l'internaute français se connecte 10 jours par mois, dont 8,5 sur le Web. La session moyenne est de 18 minutes. On note une moyenne de 300 pages distinctes consultées par internaute et par mois. Par individu, la moyenne s'établit entre 4,2 et 4,3 heures, soit 8 à 9 heures par foyer. Ces chiffres corroborent ceux communiqués par l'AFA (l'Association des fournisseurs d'accès, NDLR).

Alors à quand vos premiers "vrais" chiffres ?
Fin novembre.

Sur quels sites aimez-vous surfer ?
Je ne surfe pas beaucoup, aussi peu que je regarde la télévision. Au bureau, j'utilise volontiers Yahoo, et je vais parfois sur des sites de sports mécaniques, une passion personnelle.

Vous achetez ?
Jamais. Je suis une illustration des phénomènes de viscosité naturelle, de la difficulté à changer ses habitudes. Les mutations dans l'acte d'achat sont longues et je ne crois pas au 100% virtuel..

Que n'aimez vous pas sur l'Internet ?
Le côté approximatif, la dégradation du langage et les fautes d'orthographe dans les mails. Il y a là une acceptation de l'à peu près qui, à terme, peut avoir un impact néfaste. Entendons-nous, je me mets dans le lot, et il m'arrive de laisser partir des mails sans vraiment les corriger autant que je devrais le faire. Il y a également, cela recoupe mon activité professionnelle, la question de la validité de l'information et de son contrôle.

Qu'y aimez-vous ?
Cette formidable redistribution des cartes, qu'une marque émergente puisse rivaliser avec le leader. Que, dans l'entreprise, les barrières s'estompent et que le "N-10" puisse traiter avec le "N-2". Et puis l'Internet a ce côté "nouveau monde" où de tas de nouvelles choses vont s'établir. Je ne porte pas là de jugement, je constate juste le changement.

Né en 1948, Emmanuel Brizard est diplômé de l'ESCP. Il a créé et dirigé la société MV2. Début 1995, il fonde SMS, société spécialisée dans le conseil en stratégie client et en optimisation de la relation client. Dans ce cadre, il collabore avec des entreprises telles que Lagardère Groupe, Lyonnaise-Suez, PSA, Sogeres, France Telecom. Emmanuel Brizard et Bernard Ochs ont créé NetValue comme un essaimage de SMS en mars 1998.

Net Value en chiffres

Date de création

Mars 1998

Fondateurs
Emmanuel Brizard et Bernard Ochs, rejoints par Hervé Le Jouan
Effectif
33 en France, 40 en comptant les filiales (Allemagne, GB et USA) ouvertes il y a deux mois
Chiffre d'affaires
1,7 million de francs (exercice sur 15 mois, clos en juin 1999)
Levée de fonds
6,24 millions de francs levés en juin 1998 auprès de Innovacom, EG Investment Ltd, La Champagne SA, Matignon Investissement et gestion, Normart (Suède).








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