Lancée
en février dernier, la librairie en ligne BOL
France (prononcez B.O.L.) est une joint-venture de Bertelsmann
et de Havas, encore en cours d'approbation auprès de la
Commission de Bruxelles. Autant dire que les actionnaires du site
appartiennent à la catégorie "poids lourds"
du Net français. Fabrice Cavarretta, son PDG, veut devenir
le leader francophone de la vente en ligne. Avec la Fnac en ligne
de mire, le libraire va se transformer "assez rapidement"
en vendeur d'autres produits culturels (vidéo, CD, DVD...).
En soignant le service et sans casser les prix.
Propos recueillis par Philippe Guerrier le 08
avril 1999 .
JDNet
: Comment se
porte BOL France, deux mois après son lancement?
Fabrice Cavarretta : Notre objectif numéro 1 est
la stabilité et la maintenance du service. Mais nous sommes
agréablement surpris de voir qu'une bonne partie des visiteurs
proviennent de l'étranger. Nous avons également
en France un certain nombre de visiteurs récurrents, ce
qui est rassurant. Nous observons un intérêt presque
égal entre la partie "fond", c'est à dire
les livres qui forment le gros d'une librairie, et la partie "nouveautés",
la sélection d'ouvrages qui viennent de paraître
et que nous mettons en avant. D'ailleurs, ce qui fait la force
d'un libraire en ligne, c'est le fond. Un internaute peut trouver
un ouvrage très rapidement sur bol.fr alors qu'il faudrait
infiniment plus de temps pour le trouver dans une librairie "physique",
ne serait-ce que pour le déplacement.
Quel est le nombre de commandes actuellement?
Nous ne communiquons pas de chiffre pour le moment
car le marché Internet bouge très vite et nous attendons
une stabilisation pour communiquer. Sur la fréquentation,
nous pouvons juste dire que nous avons plus d'une dizaine de milliers
de visiteurs par jour.
La librairie en ligne est un monde
ultra concurrentiel en France. Comment comptez-vous fidéliser
votre clientèle?
Nous avons mis en place des services de personnalisation qui permettent
de mieux cerner les profils des utilisateurs. Je crois que nous
sommes les seuls en France à avoir atteint ce niveau grâce
à notre expérience acquise avec Barnes&noble.com
(Bertelsmann en détient 50%, ndlr) aux Etats-Unis et avec
les autres versions de BOL en Europe (Allemagne...). Dès
la page d'accueil, l'internaute peut se retrouver dans un environnement
personnalisé. Nous proposons également une rubrique
"suggestion", qui a davantage une fonction "collaborative",
c'est à dire que le système détecte quels
livres sont les plus fréquemment achetés en fonction
du profil de l'utilisateur. Si un client a acheté le livre
A, B et C, alors il est proposé au client d'acheter le
livre D car il semble correspondre à ses centres d'intérêt.
Ce sont des services à valeur ajoutée pour nos clients.
Que cherchent les clients en venant
sur bol.fr?
Tout
d'abord, un environnement convivial et intime. Je ne suis pas
sûr que les visiteurs viennent de manière instinctive
aux services de personnalisation. Le plus important, c'est la
base de données réactualisée avec les nouveautés
(soit plus de 400 000 ouvrages) et le contenu rédactionnel.
Nous offrons à nos visiteurs une sélection d'ouvrages.
Nous traitons des thématiques et nous avons scanné
les quatrièmes de couverture qui permettent de mieux cibler
les requêtes des visiteurs. Nous
voulons surtout présenter un service irréprochable
à nos clients en assurant un suivi des commandes et en
l'avertissant rapidement en cas de rupture de stock. Dans ce dernier
cas, je tiens à les rassurer: leurs cartes de crédit
ne sont débitées qu'une fois la commande définitivement
validée par nous pour éviter toute mauvaise surprise.
Quels partenariats avez-vous engagé?
Nous
avons signé deux types de partenariats. Un avec les portails:
AOL et Lycos à l'international, Infonie et MSN pour la
France. L'objectif est clair: apporter du trafic dans le sens
portail vers cybermarchand. Nous essayons de nous intégrer
de manière intime dans les moteurs de recherche. Nous venons
aussi d'entrer dans la chaîne shopping d'AOL France. Le
deuxième type de partenariat est celui développé
avec des sites de contenu comme Libération. Nous avons
intégré des critiques du site de Libération,
qui a une identité forte. Nous pensons que cette rubrique
apporte beaucoup au visiteur. De notre côté, nous
sommes présents sur la rubrique littéraire de Libération.fr
et proposons l'achat du livre dont il est question via des icônes
qui pointent directement sur notre site.
D'autres projets de partenariat sont en cours de négociation.
Que
pensez-vous du cas de la cyberlibrairie Proxis, basée à
Bruxelles, qui veut contourner la loi Lang et proposer des prix
réduits en France?
Il
existe un réel danger de contournement de la loi Lang mais
je compte sur nos représentants politiques pour faire en
sorte que cette loi soit appliquée de manière homogène.Toutefois,
ne focalisons pas le débat sur la loi Lang. Je ne crois
pas au "discount" du livre. C'est déjà
un achat à valeur faible. Ce qui compte, c'est la valeur
ajoutée du service en ligne et non pas 10 francs de réduction
sur un ouvrage.
Comment
voyez-vous l'avenir de ce secteur en France? La cohabitation "petits"
et "grands" cyberlibraires?
Certains acteurs indépendants travaillent
sur des niches. C'est assez intéressant. Je désire
être modeste dans mon analyse. Dans mon parcours professionnel,
j'ai pu observer le domaine des fournisseurs d'accès. On
avait prédit à certains petits FAI leur disparition
imminente et ils ont quand même relevé la tête.
BOL veut-il suivre les traces d'Amazon
en devenant plus généraliste?
Nous sommes avant tout un magasin de produits culturels.
Nous allons assez rapidement ajouter une offre de CD, cassettes
vidéo et de DVD. Il y a une très forte affinité
de vente entre ces produits. C'est Amazon qui commence à
s'éloigner un peu de nous.
La prochaine arrivée d'Amazon
en France ne vous effraie pas?
Je suis curieux de savoir comment ils vont faire
pour pénétrer le marché. Nous verrons lorsqu'ils
seront prêts. Notre objectif est de devenir le leader francophone
de la vente en ligne. Nous sommes déjà en position
forte actuellement mais nos regards se tournent plutôt vers
la Fnac
pour l'instant.
Vous n'êtes pas intéressé
par l'édition numérique?
Nous avons discuté avec des acteurs comme
00h00.com. L'édition numérique est un secteur encore
natif en France. Nous ne proposons pas encore d'ouvrages numérique
sur bol.fr en téléchargement, contrairement à
Barnes&Noble aux Etats-Unis.
Quel est votre site d'information
en ligne favoris ?
Le New
York Times en ligne fait un bon travail journalistique qui
me propose des articles intéressants sur les aspects sociaux
par rapport au marché et à la technique.
Votre site favori en général
?
J'aime bien consulter les critiques de cinéma sur le site
de Télérama.
Achetez-vous souvent des produits
en ligne ?
Je fais souvent des achats de logiciels et de produits électroniques
sur des sites aux Etats-Unis. Et puis j'avoue avoir pris l'habitude
d'envoyer un livre comme cadeau d'anniversaire ou de mariage.
Qu'aimez-vous sur le Net ?
Le Net, c'est un eldorado. C'est un monde de grande
créativité et d'ouverture d'esprit.
Que détestez-vous sur le Net
?
Je ne supporte pas l'idée que, parce que
c'est le Net, il faut interpréter les données différemment.
Je trouve que la vision des gens à propos de l'Internet
est irrationnelle... Ce n'est ni pire ni mieux qu'ailleurs. Le
gros du bon sens s'applique sur le Net.
Fabrice Cavarretta est diplômé de Polytechnique (promotion
85) et d'Harvard (MBA 96). Avant de rejoindre le groupe Vivendi,
la maison-mère de Havas, il a rempli des fonctions directionnelles
chez Oracle et Schneider. Au sein de Vivendi, il a créé la division
Internet grand public de Cegetel et a dirigé le service d'accès
à Internet Havas On line (HOL).
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