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DNet.
Pourquoi KPMG Consulting, votre maison-mère désormais,
devient-elle BearingPoint ? Est-ce juste un habillage
ou une nouvelle orientation stratégique?
Olivier Chatin.
Au niveau global, ce nom montre la rupture avec KPMG,
donc avec l'audit. Les clients le réclamaient, il fallait
le faire. Deuxièmement, le groupe a changé complètement
de physionomie avec le rachat de deux tiers de Business
Consulting [NDLR : ex-activité de conseil stratégique
et opérationnel d'Andersen] et avec le rachat de
certaines identités sœurs, notamment KMPG Consulting
en Allemagne. Le groupe était essentiellement américain
avec quelques filiales en Amérique du Sud, il est devenu
en l'espace d'un été un groupe mondial de conseil, avec
des origines différentes. Le changement de marque souligne
le changement de dimension et l'unification de deux
cultures différentes.
Pourquoi
ce nom-là?
Il a une signification et n'est pas inventé
de toute pièce : BearingPoint signifie "tenir le cap",
donc se fixer un objectif et arriver à bon port. Cela
illustre ce qu'on veut faire avec nos clients : les
aider à trouver la bonne solution et les accompagner
dans la mise en oeuvre jusqu'à ce que l'ensemble des
solutions fonctionnent.
Quelle
est la spécificité de BearingPoint face à ses concurrents
?
Il n'y a pas une spécificité, il y en
a toute une série. Le monde du conseil est composé de
trois grandes familles. D'abord les acteurs locaux.
Ensuite les acteurs internationaux venus de l'informatique
: ils vendaient des prestations d'outsourcing ou de
matériel et se sont mis à faire du consulting pour vendre
leurs solutions. Enfin, ceux qui, comme nous, ont une
origine de partnership : on vend du conseil et
on est descendu vers l'intégration système et les systèmes
d'information. Dans cette famille de consultants venus
du partnership, vous trouvez Accenture, Deloitte et
nous. Deloitte n'a toujours pas trouvé sa stabilité
car il sont toujours liés aux auditeurs. Nous, comme
Accenture, sommes indépendants et cotés en Bourse, sauf
que nous sommes au New York Stock Exchange, alors qu'Accenture
est encore au Nasdaq… [NDLR : Accenture est en fait
coté au New York Stock Exchange depuis juillet 2001]
Comment
se passe l'intégration de Business Consulting ?
Comme BearingPoint n'avait pas d'activité en
France, on devient filiale d'un groupe mais sans fusion.
On a juste changé le panneau à l'entrée !
Les problèmes d'intégration concernent plus le back
office. La fusion avec les équipes de PriceWaterHouse
Management Consultants, il y a un an, a été plus compliquée.
Les
fusions, ça ne marche pas toujours. C'est vous qui le
disiez l'an dernier en parlant de celle entre PriceWaterhouse
et Coopers & Lybrand. Pourquoi celle-ci devrait-elle
fonctionner ?
Juridiquement c'est fait, on est une seule et
même entreprise.
Ca
ne suffit pas toujours…
Ca marche plutôt bien parce que les associés ont choisi,
ce qui n'était pas le cas chez Price. Il y avait une
volonté mutuelle et une proximité de culture. Alors,
même s'il reste des problèmes, des ajustements à faire,
des synergies à tirer, la fusion est faite.
Abandonner
le nom d'Andersen a-t-il été difficile ?
Cela fait six mois qu'on a vécu là-dessus, je
pense qu'on en a fait notre deuil. On est triste, on
trouve que c'est injuste, mais c'est la vie. C'est la
globalisation.
Avec le recul, comment analysez-vous
la chute si rapide d'Andersen ?
Pour nous, partners, c'était une super boite qui marchait
très bien. Heureusement d'ailleurs, car une entreprise
lambda engagée dans une histoire comme Enron aurait
déposé son bilan. Mais l'essentiel a été sauvé et maintenant
on tourne la page.
L'environnement
médiatique vous a-t-il nui ?
Sur l'année, la croissance d'Andersen en France est
de 15 % mais ça a été plus difficile à partir de
mars. Depuis mars, on a perdu des propositions, mais
comme les concurrents. Et on n'a de perdu de clients,
ni d'équipes : tout le monde est resté dans le bateau
et on n'a pas eu à faire de plan de réduction d'effectifs.
Finalement, on a plutôt bien passé la tempête.
Aujourd'hui, où sont vos principaux
clients ?
Notre clientèle est assez bien répartie entre les différents
secteurs d'activité : 45 % dans tout ce qui est
commerce et industrie, 20 % dans la finance, 20 %
dans les télécoms et un gros 15 %, en croissance
forte, dans les services publics, qui ont tendance à
se développer.
Sur
quels types de projets êtes-vous impliqués ?
En terme de solution, nous faisons en ce moment des
missions de conseil en management liées aux opérations
de réduction de coûts, d'intégration, de fusion, de
pilotage de performance. Il y a aussi toutes les opérations
liées à la gestion de la relation client. Les entreprises
n'ont pas encore fait complètement leur révolution dans
ce domaine. Et il y a tout ce qui tourne autour de la
supply-chain, de la logistique.
En
quoi avez-vous l'impression d'aider vos clients ?
Pour nous, deux vagues faciles se sont succédées. Les
gens ont d'abord changé leur système d'information sous
la pression de l'an 2000. Ils ne se posaient pas trop
de questions sur l'efficacité et la rentabilité immédiates,
et voulaient juste un nouveau système le plus vite possible.
Et puis, avec la vague Internet, les clients ont vu
énormément d'opportunités à saisir et ont lancé des
projets dans tous les sens, pas toujours gérés de façon
optimale. Aujourd'hui, on continue sur cette lancée
mais avec des clients beaucoup plus exigeants en matière
de résultats. Exigeants sur le délai et sur le return.
Quel
est leur état de maturité par rapport aux solutions
que vous leur proposez ?
A partir d'avril 2001, la conjoncture a commencé à se
retourner et les résultats des entreprises se sont détériorés.
On ne peut pas dire que les projets se sont arrêtés
: la volonté de se moderniser est toujours présente
dans les grandes entreprises et le besoin reste fort
en matière d'Internet, d'e-CRM, d'e-Procurement. Mais
le sentiment d'urgence a disparu et les gens prennent
le temps de réfléchir. Ainsi, un grand groupe d'assurance
a lancé son projet d'e-procurement il y a un an et demi
parce que tout le monde le faisait. Comme le client
voulait rattraper ses concurrents, on a réalisé en 120
jours une maquette et une première installation qui
fonctionne et dont le client est très content. Maintenant,
il faut passer à l'extension mondiale, mais cela va
prendre plus de temps.
Et
qu'est-ce que ça a changé pour vous ?
Moins d'urgence veut dire moins de projets et moins
de développements. Du coup , on est passé d'une croissance
de 20 à 30% par an à 5-6% aujourd'hui.
Et sur la façon d'aborder ces projets
et ces clients ?
L'investissement de départ est supérieur et la démarche
commerciale plus longue : les clients veulent voir les
projets et les valider, vérifier en quoi on peut les
aider à les rentabiliser. J'ai par exemple un très bon
projet d'e-learning pour une grande banque française
: ce sera probablement un des plus beaux projets dans
ce domaine en France. On a démarré la démarche commerciale
il y a un an et aidé le chef de projet à faire ses calculs
de return pour montrer que le projet était faisable
à un prix donné et qu'il pouvait être rentable pour
la banque. La décision est attendue à la fin de l'année,
donc le process aura duré dix-huit mois. C'est incroyable.
Quelle
est votre plus grosse réussite cette année ?
Ce qui me fait le plus plaisir, c'est le fait qu'on
ait gardé les clients en traversant la tempête. En fait
BearingPoint est aussi le symbole de notre propre aventure,
c'est notre projet à nous finalement. De plus, nous
avons de très belles réalisations en cours : lle CRM
de Renault, on a démarré le CRM d'EDF, on participe
à la modernisation de la DCN, à celle de la DGA.
Et
quel client rêveriez-vous de décrocher ?
Je ne rêve pas d'un client en particulier, mais plutôt
de développer nos relations. Participer au rebond de
France Télécom ou à la privatisation d'EDF
nous passionnerait.
En
matière d'e-transformation, quelle est votre analyse
de l'état et des perspectives du marché ?
Quoiqu'il arrive, c'est une lame de fond et les opérations
"e-quelquechose" vont se multiplier parce que c'est
un bon outil, une bonne technologie dans de nombreux
cas. La révolution de l'ERP a modifié les façons de
travailler et toute la chaîne d'information à travers
l'entreprise. La même révolution est attendue sur l'entreprise
étendue avec les clients et avec les fournisseurs. C'est
l'opportunité d'améliorer le fonctionnement des entreprises
en réseau. Une entreprise en réseau est une entreprise
de demain : c'est une tendance structurelle et forte.
Mais il y a eu un amalgame entre ces solutions et la
folie Internet. Et comme on a tendance à jeter l'Internet
aujourd'hui, les gens se disent que les solutions ne
sont plus à la mode et que ce n'est pas la peine de
faire l'effort de comprendre. C'est un vrai danger car
une entreprise qui arrête cet effort-là arrête sa modernisation
et sa transformation et donc prend du retard par rapport
à ses concurrents .
Au-delà
des projets habituels (intranet, gestion électronique
de la relation client, optimisation des achats et de
la logistique), quels sont vos dossiers prioritaires
?
L'autre type de projet qui fonctionne bien, c'est tout
ce qu'on appelle les centres de services partagés, qui
sont des services back office essentiellement et qui
peuvent se mettre en place d'autant plus facilement
qu'on utilise les technologies de l'internet.
Et
qu'avez-vous l'impression d'apporter en la matière ?
Comme dans les autres domaines, nous aidons nos clients
à trouver une bonne solution et à l'améliorer.
Nous avons cru à la vague Internet et nous avons donc
des consultants compétents dans ces domaines, comme
Ariba, Blue Martini, le e-CRM de Siebel. On a même un
web-studio. Mais tout a été dimensionné en fonction
de nos besoins et nous avons gardé les spécialistes
de l'internet. Nous avons les compétences nécessaires
pour nos clients et nous sommes prêts à repartir, à
redévelopper quand ce sera nécessaire.
Quels
sont vos sites Internet préférés ?
Le FT et Les Echos. J'ai pris l'habitude d'y aller et
j'y trouve des informations rapides et immédiatement
accessibles. Mais c'est vrai qu'à titre personnel, je
n'utilise pas tellement Internet. Mes enfants l'utilisent
davantage que moi.
Avez-vous
déjà acheté en ligne ?
Non, je ne fais pas beaucoup d'achats en ligne.
Mais globalement, je ne fais pas beaucoup d'achats…
Qu'aimez-vous
sur Internet ?
La messagerie. J'en suis un gros utilisateur, aussi
bien à titre personnel qu'à titre professionnel.
A
l'inverse, que détestez-vous sur Internet ?
Quelques fois, ça plante. Sinon, je trouve que
c'est un outil fabuleux.
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