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INTERVIEW
 
PDG
Vivendi Universal Net
Philippe Germond
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Connu avant tout comme PDG de Cegetel, Philippe Germond préside aussi depuis novembre 2000, Vivendi Universal Net, qui regroupe l'ensemble des activités Internet de Vivendi Universal, soit aujourd'hui une vingtaine de sociétés. Nommé "M. Internet" du groupe de communication par Jean-Marie Messier lors de la fusion entre Vivendi et Universal, Philippe Germond a donc supervisé le développement puis le repositionnement des activités en ligne et interactives du groupe. A l'heure des grandes réorganisations au sein du groupe Vivendi Universal, l'Internet est au coeur de nombreux débats. Bilan et tour d'horizon avec Philippe Germond et Agnès Audier, directrice générale de VU Net.

10 juillet 2002
 
          

JDNet. Dans le contexte actuel de Vivendi Universal, à quoi peut-on s'attendre pour la structure VU Net ?
Philippe Germond. A la poursuite des restructurations engagées depuis un an et demi, pour faire le tri entre les activités structurellement non rentables et celles qui ont de vrais business models. Nous avons déjà fermé certaines d'entre elles lorsque nous avons constaté que les revenus publicitaires n'étaient pas au rendez-vous. Cela ne signifie nullement que nous abandonnons toute activité internet ou qu'on en nie l'intérêt pour le futur. Cela n'aurait pas de sens. VUNet regroupe aujourd'hui des activités très diversifiées : distribution de contenus en ligne sur internet (comme MP3) ou sur les téléphones mobiles, portails (comme Vizzavi, aujourd'hui dédié aux mobiles), activités d'engineering dans le domaine de la relation clients (CRM) ou dans la lutte contre le piratage...

La stratégie Internet de Vivendi Universal reposait sur la convergence. N'est-elle pas remise en cause aujourd'hui ?

La question est de savoir s'il est intéressant pour un groupe d'être présent à la fois dans la production et la diffusion de contenus. Vous comprendrez que je ne m'exprime pas aujourd'hui sur la pertinence stratégique de cette approche au moment où la nouvelle équipe de direction, Jean-René Fourtou et son conseil d'administration, vont faire une revue stratégique des activités et en déduire si cela a du sens ou pas de maintenir un lien entre les différents contenus - éducation, musique, cinéma ou autre -, et les moyens de distribution. En ce qui concerne Internet comme nouveau moyen de distribution de contenus, c'est bel et bien une réalité. La question c'est celle de la viabilité et du temps de retour sur investissement : ce sont ces critères qui ont guidé et continueront de guider nos choix.

Donc, même à l'heure du désendettement, Vivendi conserve des ambitions sur Internet ?
Sur Internet et sur l'interactivité. Le grand changement des six derniers mois, c'est qu'on a vraiment tourné la page de structures complètement dédiées au Web et financées par la publicité, pour aller vers des contenus payés par le consommateur final, mais aussi des prestations pour le compte de tiers - fabrique de sites, services interactifs -, pour des opérateurs ou d'autres portails. Cette tendance permet de sortir de la logique purement Web des sites gratuits financés par la publicité.

On dit que vous vous êtes personnellement opposé à certaines acquisitions comme LibertySurf, Europ@web ou Zebank ?
Je ne souhaite pas revenir sur les projets qui n'ont pas eu de suite. Je peux simplement vous dire que mon travail, depuis novembre 2000, a consisté à passer au filtre de la rentabilité les activités Internet du groupe. En particulier, les propositions de nouveaux investissements.

Quels sont les chiffres réels de Vivendi Net ?
Le travail de restructuration déjà mené a permis de réduire les pertes : elles s'élevaient à 210 millions d'euros en 2001 et devraient être divisées par deux en 2002. Et VU Net devrait se rapprocher de l'équilibre en 2003. Ceci sans remettre en cause les activités qui ont un lien fort avec les métiers traditionnels du groupe et celles qui sont prometteuses.

Vizzavi est-il le dossier le plus urgent à régler?
Vizzavi aujourd'hui, qu'est-ce que c'est ? C'est clairement un portail mobile. Nous l'avons repositionné comme tel depuis plusieurs mois en regardant tout simplement la réalité en face : aujourd'hui, c'est le marché du mobile qui offre les meilleures perspectives de revenus et pas celui de l'internet où l'ère du tout gratuit a faussé la donne et les modèles économiques. Vizzavi a été conçu au départ, en juin 2000, comme un portail multiaccès avec un chiffre d'affaires basé à 40% sur la publicité et sur une approche de portail PC, dans une période où cela semblait encore possible de se lancer sur le marché. Puis on s'est rendu compte que la publicité n'était pas au rendez-vous et que le marché se concentrait sur quelques portails bénéficiant de l'antériorité. Nous en avons pris acte. En revanche, un portail mobile nous est apparu absolument indispensable pour Vodafone comme pour SFR. C'est sur cette base que nous avons repositionné Vizzavi. Vizzavi a aujourd'hui acquis une expertise d'intermédiation entre réseaux mobiles et éditeurs de contenus. C'est aussi une base de contenus mutualisés au niveau européen (France, UK, Italie, Allemagne, Pays-Bas, Espagne, Portugal, Grèce), partagés entre plusieurs opérateurs, notamment en matière d'images et de musiques qui seront au coeur des services MMS en lancement au deuxième semestre 2002 avec la généralisation du GPRS. Vivendi Universal a investi 500 millions d'euros, comme Vodafone, pour créer cette plate-forme de services qui bénéficie à SFR et aux opérateurs du groupe Vodafone à l'échelle européenne. Vizzavi, qu'on présente souvent comme un foyer de pertes, est à nos yeux un investissement. Un investissement nécessaire pour tout opérateur mobile. Je ne dis pas qu'il n'y a pas eu des erreurs, des choix techniques qui n'étaient pas les bons, ce qui nous a obligés à retravailler certaines choses. Mais je ne connais aucun projet s'appuyant sur des technologies innovantes qui n'ait pas commis des erreurs à un moment ou un autre.

Sauf que là, elles sont nombreuses…
En matière de technologies nouvelles, tout le monde en fait, on ne prend pas toujours les bonnes options. Par ailleurs, je rappelle qu'il y a dix-huit à vingt-quatre mois d'écart entre ce qu'avaient promis les industriels sur le GPRS et la réalité. C'est un autre élément dont Vizzavi a pâti dans son ensemble.

Donc ce n'est pas un accident industriel?
Non, Vizzavi, comme tout portail mobile, est un élément d'une chaîne de valeur plus complète qui est globalement profitable lorsqu'on intègre à la fois l'opérateur mobile et le portail. Vizzavi est générateur de revenus additionnels en data pour SFR : ces chiffres ne sont pas comptabilisés dans les comptes de Vizzavi mais dans ceux de SFR, qui vise de passer de 8% de son chiffre d'affaires réalisé dans les services en 2001 à 25% en 2005 . Reste la question du partage de valeur entre l'opérateur et le portail. C'est une question aujourd'hui à l'ordre du jour avec Vodafone.

Allez-vous fermer Scoot ?
Agnès Audier. Cette entreprise est en "revue stratégique". Ce qui veut dire que nous finissons l'analyse de différentes hypothèses avant de prendre des décisions. Beaucoup d'activités de VU Net ont déjà été repositionnées, et c'est essentiellement sur Scoot que se posent des questions, dès lors qu'il n'y a pas de repositionnement évident de la société.

Quels ont été les autres repositionnements majeurs ?
Agnès Audier. Flipside est repositionné essentiellement sur les jeux pour mobiles, un marché en pleine expansion, et travaille en synergie avec toutes les propriétés intellectuelles du groupe. Nous gardons le portail PC qui a trouvé son public mais nous mettons toutes les ressources de développement sur le mobile. Canal Numedia a été séparé d'Allociné/Cinéstore et opère comme agence de contenus liés à la télévision, au sport et au charme, à partir des actifs existants, avec une approche multimédia. Elle a des liens très forts avec Canal Plus et le reste du Groupe, tout en ayant des clients externes, comme AOL ou Yahoo. Allociné a retrouvé son positionnement neutre par rapport aux acteurs du cinéma et conserve son approche globale avec le site, le ticketing, les prestations de services via la web-agency CIS et le e-commerce avec Cinéstore, qui est aujourd'hui particulièrement dynamique.

Qu'allez-vous faire d'iFrance ?
Agnès Audier. IFrance continue à se développer avec une audience très satisfaisante, en France comme en Espagne avec iEspana. Elle assure de plus en plus la distribution et la promotion de contenus du groupe - musique, cinéma, jeux, etc. Par ailleurs, iFrance a lancé des offres payantes, en particulier pour les très petites entreprises. Il faut attendre un peu pour tirer des conclusions, mais pour l'instant, nous sommes en ligne avec nos objectifs. Et l'ensemble est financièrement quasiment à l'équilibre, car il s'agit d'une structure très légère de moins de 50 personnes.

Pourquoi avez-vous fermé votre régie en ligne Ad2One?
Agnès Audier. La publicité en ligne n'a pas tenu ses promesses, et cette régie arrivait après beaucoup d'autres. Il faut savoir arrêter des projets non potentiellement profitables et qui n'apportent rien au reste du groupe. Cela a été le cas d'Ad2One comme celui de l'incubateur Atviso. Les entreprises américaines ayant dorénavant déjà des difficultés pour financer leur activité aux Etats-Unis, on ne voyait pas comment elles pourraient avoir du cash pour financer leur développement en Europe.

Concernant votre fonds d'investissement Viventures, Les Echos ont affirmé qu'une partie des fonds de Viventures 2 serait reversée aux investisseurs. Pour quelle raison ?
Philippe Germond. Le premier fonds a aujourd'hui été totalement remboursé en cash et il reste quinze participations. Viventures 2, lancé il y a un an et demi, a adopté une stratégie d'investissement prudente et sélective : le fonds n'a dépensé que 20% de son capital. L'engagement initial s'était fait au moment de la bulle Internet, quand les valorisations étaient très élevées. Aujourd'hui, elles se sont écroulées et les mises de fonds sont sensiblement plus faibles : nous avons réduit la taille de Viventures 2 de 20% avec l'accord des autres actionnaires.

Dans la musique, on se demande si PressPlay sera un jour lancé en Europe, d'autant que l'on voit se multiplier les initiatives au sein même du groupe en matière de distribution en ligne…
Philippe Germond. Aux Etats-Unis, PressPlay - qui n'est pas dans VU Net - n'est certes pas pour l'instant un succès commercial, même si la technologie est de qualité. Pourtant, il est possible de graver des chansons sur des CD contrairement à la principale offre concurrente, MusicNet. En France, nous avons une initiative différente et complémentaire avec e-Compil, lancé par Pascal Nègre, le patron d'Universal Music France. Nous savions que ce marché serait difficile... et il l'est ! Ceci dit, en tout état de cause, les labels de musique doivent offrir au consommateur des offres légitimes d'achat de musique en ligne s'ils veulent lutter contre le piratage. Le piratage est aujourd'hui un sujet majeur qui n'est d'ailleurs pas propre à la musique. Il est mondial, touche tous les groupes de contenus. C'est à mon avis un problème de société et un problème politique. Est-ce que l'on a le droit de laisser les contenus se diffuser gratuitement partout et auprès de n'importe qui, sans que ni les auteurs ni aucun des opérateurs de la chaîne économique ne soient rémunérés ? Pour moi, c'est un sujet politique, un sujet de gouvernement, un sujet pour Bruxelles qui dépasse les seuls enjeux technologiques.

En matière technologique justement, quelles sont les grandes directions de VU Net?
Agnès Audier. VU Net est en charge de deux entreprises de technologie : eBrands et MP3 Tech. Elle a aussi deux task forces sur des sujets clés pour l'avenir du groupe. Le premier est la distribution numérique de contenus, sujet que tous les groupes de médias sont en train d'essayer d'appréhender d'une manière ou d'une autre pour rationaliser leurs investissements, capitaliser du savoir-faire, de l'expérience, de la visibilité, mieux se protéger contre de mauvais choix technologiques. L'autre activité est le CRM. Le groupe a globalement des dizaines de millions de clients et a lancé un process il y a un an et demi pour disposer du plus possible d'outils afin de faire des choses intelligentes entre les différents entités du groupe, que ce soit en matière de conquête de nouveaux clients ou de fidélisation. Donc VU Net est chargé, en liaison avec les équipes marketing du groupe, d'animer les groupes de travail et la réflexion et dans certains cas de mettre en oeuvre. Ebrands pour la France, MP3 Tech pour les Etats-Unis, sont ainsi chargés d'opérer la plate-forme de cross-marketing du Groupe Vivendi Universal.

Quels sont les échanges entre l'Europe et les Etats-Unis dans ces domaines technologiques ?
Agnès Audier. E-Brands est clairement en avance sur MP3 Tech en ce qui concerne la connectivité mobile ainsi que les systèmes de facturation. Concernant le CRM, nous avons deux plate-formes pas tout à fait identiques et entre lesquelles nous accélérerons les échanges. En matière de distribution numérique de contenus, l'équipe de MP3 a un savoir-faire exceptionnel dans la numérisation et la distribution ainsi qu'une plate-forme très robuste. Enregistrer et numériser des contenus qui seront diffusables sur toutes les formes mobiles pour tous les réseaux, c'est un savoir-faire que MP3 sera le premier à maîtriser à grande échelle aux Etats-Unis. Beaucoup peuvent le faire sur des petits volumes, mais peu savent tenir les volumes quand il y a des millions de clients..

Ces chantiers technologiques ne risquent-ils pas d'être emportés avec tout le dossier Internet ?
Philippe Germond. Ce sont des activités dont VU a besoin et ce ne sont pas des activités Internet et ni même interactives. Il faut les considérer comme des investissements de développement technique qui servent l'ensemble du groupe. Ainsi au sein de VU Net, il y a des activités purement interactives (et plus seulement Internet, j'insiste) et des activités transversales au groupe. La digitalisation des contenus et leur indexation des projets sont absolument vitaux pour un groupe comme le nôtre. C'est ce qui permet les gains de productivité sur la fabrication des contenus et surtout leur réutilisation. Nous avançons de manière pragmatique, parce qu'il est hors de question de lancer des grands projets mondiaux de digitalisation de plusieurs centaines de millions d'euros.

En tant que Président de VU Net mais aussi que PDG de Cegetel, comment analysez-vous les phénomènes autour de l'Internet depuis quatre ans ?
Philippe Germond. Je pense qu'on est dans des effets de balancier trop forts. Il y a eu cette vague Internet et cette bulle totalement excessive, et aujourd'hui on est dans un autre excès. Certains ont d'abord cru qu'Internet allait supplanter le monde réel. Maintenant on dit qu'il n'émergera pas. C'est ni l'un ni l'autre. Internet existe bel et bien. C'est d'abord pour nous un moyen d'interactivité et de communication. C'est aussi un moyen de distribution, et la véritable question est comment le rendre profitable. Un des écueils est ce mythe de l'Internet gratuit. Aujourd'hui, sur le PC, si l'on prend l'exemple de la musique, le modèle gratuit pénalise presque tous les principaux acteurs de la chaîne à commencer par les artistes. Je constate en revanche que sur le mobile, on a réussi à installer un modèle "gagnant-gagnant" qui est un modèle payant.

Quels sont vos sites préférés en dehors des vôtres ?
Philippe Germond. Je ne vais pas être très original. Je dirais Boursorama, qui est vraiment très bien fait. Et un site immobilier : Explorimmo.

Qu'est-ce vous aimez sur Internet ?
Philippe Germond. C'est la possibilité exceptionnelle d'accéder à l'information. Quand ma fille aînée, qui a 13 ans, a un devoir sur l'Egypte, on se met sur Internet ensemble. Mais après, on "galère" pour trouver le bon site, la bonne information.

Et qu'est-ce que vous n'aimez pas ?
Philippe Germond. Justement, la perte de temps parce qu'il y a profusion absolue, sans segmentation. On ne sait pas comment, à un moment ou à un autre, tout cela pourra s'organiser, s'architecturer de façon à être orienté vers le client. Un supermarché, c'est organisé, même s'il y a des floppées de marques. Internet c'est beaucoup plus dur.

 
Propos recueillis par François Bourboulon

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Lire la fiche de Philippe Germond dans le Carnet du JDNet.

   
 
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