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JDNet.
Dans le contexte actuel de Vivendi Universal, à
quoi peut-on s'attendre pour la structure VU Net ?
Philippe Germond.
A la poursuite des restructurations engagées depuis
un an et demi, pour faire le tri entre les activités
structurellement non rentables et celles qui ont de
vrais business models. Nous avons déjà fermé certaines
d'entre elles lorsque nous avons constaté que les revenus
publicitaires n'étaient pas au rendez-vous. Cela ne
signifie nullement que nous abandonnons toute activité
internet ou qu'on en nie l'intérêt pour le futur. Cela
n'aurait pas de sens. VUNet regroupe aujourd'hui des
activités très diversifiées : distribution de contenus
en ligne sur internet (comme MP3) ou sur les téléphones
mobiles, portails (comme Vizzavi, aujourd'hui dédié
aux mobiles), activités d'engineering dans le domaine
de la relation clients (CRM) ou dans la lutte contre
le piratage...
La
stratégie Internet de Vivendi Universal reposait sur
la convergence. N'est-elle pas remise en cause aujourd'hui
?
La question est de savoir s'il
est intéressant pour un groupe d'être présent à la fois
dans la production et la diffusion de contenus. Vous
comprendrez que je ne m'exprime pas aujourd'hui sur
la pertinence stratégique de cette approche au moment
où la nouvelle équipe de direction, Jean-René Fourtou
et son conseil d'administration, vont faire une revue
stratégique des activités et en déduire si cela a du
sens ou pas de maintenir un lien entre les différents
contenus - éducation, musique, cinéma ou autre -, et
les moyens de distribution. En ce qui concerne Internet
comme nouveau moyen de distribution de contenus, c'est
bel et bien une réalité. La question c'est celle de
la viabilité et du temps de retour sur investissement
: ce sont ces critères qui ont guidé et continueront
de guider nos choix.
Donc, même
à l'heure du désendettement, Vivendi conserve des ambitions
sur Internet ?
Sur Internet et sur l'interactivité.
Le grand changement des six derniers mois, c'est qu'on
a vraiment tourné la page de structures complètement
dédiées au Web et financées par la publicité, pour aller
vers des contenus payés par le consommateur final, mais
aussi des prestations pour le compte de tiers - fabrique
de sites, services interactifs -, pour des opérateurs
ou d'autres portails. Cette tendance permet de sortir
de la logique purement Web des sites gratuits financés
par la publicité.
On dit
que vous vous êtes personnellement opposé à certaines
acquisitions comme LibertySurf, Europ@web ou Zebank
?
Je ne souhaite pas revenir sur
les projets qui n'ont pas eu de suite. Je peux simplement
vous dire que mon travail, depuis novembre 2000, a consisté
à passer au filtre de la rentabilité les activités Internet
du groupe. En particulier, les propositions de nouveaux
investissements.
Quels sont
les chiffres réels de Vivendi Net ?
Le travail de restructuration
déjà mené a permis de réduire les pertes : elles s'élevaient
à 210 millions d'euros en 2001 et devraient être divisées
par deux en 2002. Et VU Net devrait se rapprocher de
l'équilibre en 2003. Ceci sans remettre en cause les
activités qui ont un lien fort avec les métiers traditionnels
du groupe et celles qui sont prometteuses.
Vizzavi
est-il le dossier le plus urgent à régler?
Vizzavi aujourd'hui, qu'est-ce
que c'est ? C'est clairement un portail mobile. Nous
l'avons repositionné comme tel depuis plusieurs mois
en regardant tout simplement la réalité en face : aujourd'hui,
c'est le marché du mobile qui offre les meilleures perspectives
de revenus et pas celui de l'internet où l'ère du tout
gratuit a faussé la donne et les modèles économiques.
Vizzavi a été conçu au départ, en juin 2000, comme un
portail multiaccès avec un chiffre d'affaires basé à
40% sur la publicité et sur une approche de portail
PC, dans une période où cela semblait encore possible
de se lancer sur le marché. Puis on s'est rendu compte
que la publicité n'était pas au rendez-vous et que le
marché se concentrait sur quelques portails bénéficiant
de l'antériorité. Nous en avons pris acte. En revanche,
un portail mobile nous est apparu absolument indispensable
pour Vodafone comme pour SFR. C'est sur cette base que
nous avons repositionné Vizzavi. Vizzavi a aujourd'hui
acquis une expertise d'intermédiation entre réseaux
mobiles et éditeurs de contenus. C'est aussi une base
de contenus mutualisés au niveau européen (France, UK,
Italie, Allemagne, Pays-Bas, Espagne, Portugal, Grèce),
partagés entre plusieurs opérateurs, notamment en matière
d'images et de musiques qui seront au coeur des services
MMS en lancement au deuxième semestre 2002 avec la généralisation
du GPRS. Vivendi Universal a investi 500 millions d'euros,
comme Vodafone, pour créer cette plate-forme de services
qui bénéficie à SFR et aux opérateurs du groupe Vodafone
à l'échelle européenne. Vizzavi, qu'on présente souvent
comme un foyer de pertes, est à nos yeux un investissement.
Un investissement nécessaire pour tout opérateur mobile.
Je ne dis pas qu'il n'y a pas eu des erreurs, des choix
techniques qui n'étaient pas les bons, ce qui nous a
obligés à retravailler certaines choses. Mais je ne
connais aucun projet s'appuyant sur des technologies
innovantes qui n'ait pas commis des erreurs à un moment
ou un autre.
Sauf que
là, elles sont nombreuses…
En matière de technologies nouvelles,
tout le monde en fait, on ne prend pas toujours les
bonnes options. Par ailleurs, je rappelle qu'il y a
dix-huit à vingt-quatre mois d'écart entre ce qu'avaient
promis les industriels sur le GPRS et la réalité. C'est
un autre élément dont Vizzavi a pâti dans son ensemble.
Donc ce
n'est pas un accident industriel?
Non, Vizzavi, comme tout portail
mobile, est un élément d'une chaîne de valeur plus complète
qui est globalement profitable lorsqu'on intègre à la
fois l'opérateur mobile et le portail. Vizzavi est générateur
de revenus additionnels en data pour SFR : ces chiffres
ne sont pas comptabilisés dans les comptes de Vizzavi
mais dans ceux de SFR, qui vise de passer de 8% de son
chiffre d'affaires réalisé dans les services en 2001
à 25% en 2005 . Reste la question du partage de valeur
entre l'opérateur et le portail. C'est une question
aujourd'hui à l'ordre du jour avec Vodafone.
Allez-vous
fermer Scoot ?
Agnès Audier. Cette entreprise
est en "revue stratégique". Ce qui veut dire que nous
finissons l'analyse de différentes hypothèses avant
de prendre des décisions. Beaucoup d'activités de VU
Net ont déjà été repositionnées, et c'est essentiellement
sur Scoot que se posent des questions, dès lors qu'il
n'y a pas de repositionnement évident de la société.
Quels ont
été les autres repositionnements majeurs ?
Agnès Audier. Flipside est repositionné essentiellement
sur les jeux pour mobiles, un marché en pleine expansion,
et travaille en synergie avec toutes les propriétés
intellectuelles du groupe. Nous gardons le portail PC
qui a trouvé son public mais nous mettons toutes les
ressources de développement sur le mobile. Canal Numedia
a été séparé d'Allociné/Cinéstore et opère comme agence
de contenus liés à la télévision, au sport et au charme,
à partir des actifs existants, avec une approche multimédia.
Elle a des liens très forts avec Canal Plus et le reste
du Groupe, tout en ayant des clients externes, comme
AOL ou Yahoo. Allociné a retrouvé son positionnement
neutre par rapport aux acteurs du cinéma et conserve
son approche globale avec le site, le ticketing, les
prestations de services via la web-agency CIS et le
e-commerce avec Cinéstore, qui est aujourd'hui particulièrement
dynamique.
Qu'allez-vous
faire d'iFrance ?
Agnès Audier. IFrance
continue à se développer avec une audience très satisfaisante,
en France comme en Espagne avec iEspana. Elle assure
de plus en plus la distribution et la promotion de contenus
du groupe - musique, cinéma, jeux, etc. Par ailleurs,
iFrance a lancé des offres payantes, en particulier
pour les très petites entreprises. Il faut attendre
un peu pour tirer des conclusions, mais pour l'instant,
nous sommes en ligne avec nos objectifs. Et l'ensemble
est financièrement quasiment à l'équilibre, car il s'agit
d'une structure très légère de moins de 50 personnes.
Pourquoi
avez-vous fermé votre régie en ligne Ad2One?
Agnès Audier. La publicité
en ligne n'a pas tenu ses promesses, et cette régie
arrivait après beaucoup d'autres. Il faut savoir arrêter
des projets non potentiellement profitables et qui n'apportent
rien au reste du groupe. Cela a été le cas d'Ad2One
comme celui de l'incubateur Atviso. Les entreprises
américaines ayant dorénavant déjà des difficultés pour
financer leur activité aux Etats-Unis, on ne voyait
pas comment elles pourraient avoir du cash pour financer
leur développement en Europe.
Concernant
votre fonds d'investissement Viventures, Les Echos ont
affirmé qu'une partie des fonds de Viventures 2 serait
reversée aux investisseurs. Pour quelle raison ?
Philippe Germond. Le premier fonds a aujourd'hui
été totalement remboursé en cash et il reste quinze
participations. Viventures 2, lancé il y a un an et
demi, a adopté une stratégie d'investissement prudente
et sélective : le fonds n'a dépensé que 20% de son capital.
L'engagement initial s'était fait au moment de la bulle
Internet, quand les valorisations étaient très élevées.
Aujourd'hui, elles se sont écroulées et les mises de
fonds sont sensiblement plus faibles : nous avons réduit
la taille de Viventures 2 de 20% avec l'accord des autres
actionnaires.
Dans la
musique, on se demande si PressPlay sera un jour lancé
en Europe, d'autant que l'on voit se multiplier les
initiatives au sein même du groupe en matière de distribution
en ligne…
Philippe Germond. Aux
Etats-Unis, PressPlay - qui n'est pas dans VU Net -
n'est certes pas pour l'instant un succès commercial,
même si la technologie est de qualité. Pourtant, il
est possible de graver des chansons sur des CD contrairement
à la principale offre concurrente, MusicNet. En France,
nous avons une initiative différente et complémentaire
avec e-Compil, lancé par Pascal Nègre, le patron d'Universal
Music France. Nous savions que ce marché serait difficile...
et il l'est ! Ceci dit, en tout état de cause, les labels
de musique doivent offrir au consommateur des offres
légitimes d'achat de musique en ligne s'ils veulent
lutter contre le piratage. Le piratage est aujourd'hui
un sujet majeur qui n'est d'ailleurs pas propre à la
musique. Il est mondial, touche tous les groupes de
contenus. C'est à mon avis un problème de société et
un problème politique. Est-ce que l'on a le droit de
laisser les contenus se diffuser gratuitement partout
et auprès de n'importe qui, sans que ni les auteurs
ni aucun des opérateurs de la chaîne économique ne soient
rémunérés ? Pour moi, c'est un sujet politique, un sujet
de gouvernement, un sujet pour Bruxelles qui dépasse
les seuls enjeux technologiques.
En matière
technologique justement, quelles sont les grandes directions
de VU Net?
Agnès Audier. VU Net
est en charge de deux entreprises de technologie : eBrands
et MP3 Tech. Elle a aussi deux task forces sur des sujets
clés pour l'avenir du groupe. Le premier est la distribution
numérique de contenus, sujet que tous les groupes de
médias sont en train d'essayer d'appréhender d'une manière
ou d'une autre pour rationaliser leurs investissements,
capitaliser du savoir-faire, de l'expérience, de la
visibilité, mieux se protéger contre de mauvais choix
technologiques. L'autre activité est le CRM. Le groupe
a globalement des dizaines de millions de clients et
a lancé un process il y a un an et demi pour disposer
du plus possible d'outils afin de faire des choses intelligentes
entre les différents entités du groupe, que ce soit
en matière de conquête de nouveaux clients ou de fidélisation.
Donc VU Net est chargé, en liaison avec les équipes
marketing du groupe, d'animer les groupes de travail
et la réflexion et dans certains cas de mettre en oeuvre.
Ebrands pour la France, MP3 Tech pour les Etats-Unis,
sont ainsi chargés d'opérer la plate-forme de cross-marketing
du Groupe Vivendi Universal.
Quels sont
les échanges entre l'Europe et les Etats-Unis dans ces
domaines technologiques ?
Agnès Audier. E-Brands
est clairement en avance sur MP3 Tech en ce qui concerne
la connectivité mobile ainsi que les systèmes de facturation.
Concernant le CRM, nous avons deux plate-formes pas
tout à fait identiques et entre lesquelles nous accélérerons
les échanges. En matière de distribution numérique de
contenus, l'équipe de MP3 a un savoir-faire exceptionnel
dans la numérisation et la distribution ainsi qu'une
plate-forme très robuste. Enregistrer et numériser des
contenus qui seront diffusables sur toutes les formes
mobiles pour tous les réseaux, c'est un savoir-faire
que MP3 sera le premier à maîtriser à grande échelle
aux Etats-Unis. Beaucoup peuvent le faire sur des petits
volumes, mais peu savent tenir les volumes quand il
y a des millions de clients..
Ces chantiers
technologiques ne risquent-ils pas d'être emportés avec
tout le dossier Internet ?
Philippe Germond. Ce
sont des activités dont VU a besoin et ce ne sont pas
des activités Internet et ni même interactives. Il faut
les considérer comme des investissements de développement
technique qui servent l'ensemble du groupe. Ainsi au
sein de VU Net, il y a des activités purement interactives
(et plus seulement Internet, j'insiste) et des activités
transversales au groupe. La digitalisation des contenus
et leur indexation des projets sont absolument vitaux
pour un groupe comme le nôtre. C'est ce qui permet les
gains de productivité sur la fabrication des contenus
et surtout leur réutilisation. Nous avançons de manière
pragmatique, parce qu'il est hors de question de lancer
des grands projets mondiaux de digitalisation de plusieurs
centaines de millions d'euros.
En tant
que Président de VU Net mais aussi que PDG de Cegetel,
comment analysez-vous les phénomènes autour de l'Internet
depuis quatre ans ?
Philippe Germond. Je
pense qu'on est dans des effets de balancier trop forts.
Il y a eu cette vague Internet et cette bulle totalement
excessive, et aujourd'hui on est dans un autre excès.
Certains ont d'abord cru qu'Internet allait supplanter
le monde réel. Maintenant on dit qu'il n'émergera pas.
C'est ni l'un ni l'autre. Internet existe bel et bien.
C'est d'abord pour nous un moyen d'interactivité et
de communication. C'est aussi un moyen de distribution,
et la véritable question est comment le rendre profitable.
Un des écueils est ce mythe de l'Internet gratuit. Aujourd'hui,
sur le PC, si l'on prend l'exemple de la musique, le
modèle gratuit pénalise presque tous les principaux
acteurs de la chaîne à commencer par les artistes. Je
constate en revanche que sur le mobile, on a réussi
à installer un modèle "gagnant-gagnant" qui est un modèle
payant.
Quels sont
vos sites préférés en dehors des vôtres ?
Philippe Germond. Je
ne vais pas être très original. Je dirais Boursorama,
qui est vraiment très bien fait. Et un site immobilier
: Explorimmo.
Qu'est-ce
vous aimez sur Internet ?
Philippe Germond. C'est
la possibilité exceptionnelle d'accéder à l'information.
Quand ma fille aînée, qui a 13 ans, a un devoir sur
l'Egypte, on se met sur Internet ensemble. Mais après,
on "galère" pour trouver le bon site, la bonne information.
Et qu'est-ce
que vous n'aimez pas ?
Philippe Germond. Justement,
la perte de temps parce qu'il y a profusion absolue,
sans segmentation. On ne sait pas comment, à un moment
ou à un autre, tout cela pourra s'organiser, s'architecturer
de façon à être orienté vers le client. Un supermarché,
c'est organisé, même s'il y a des floppées de marques.
Internet c'est beaucoup plus dur.
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