INTERVIEW 
 
Michel Gomez
Délégué Général
ARP
Michel Gomez (ARP)
"Nous ne ferons aucune concession aux FAI"
Michel Gomez, délégué général de la société civile de répartition de droits pour producteurs-réalisateurs, met en lumière la position de l'ARP concernant le piratage de film et la délicate question de la VoD.
(22/07/2004)
 
JDN. Pourriez vous présenter l'ARP en quelques mots ? ?
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Michel Gomez. L'ARP (prononcer harpe, ndlr) est une société civile de répartition de droits regroupant 170 producteurs-réalisateurs comme Jean-Jacques Annaud, Claude Lelouch, ou Claude Berri. Nous n'avons pas pour but de défendre les intérêts individuels de nos adhérents, mais de participer à créer un système économique viable pour l'industrie du cinéma. C'est pourquoi nous nous intéressons de très près à l'arrivée des opérateurs et des FAI dans notre univers.

Le piratage de film porte-t-il atteinte à votre industrie, le CNC, par exemple, évoque le nombre de 31,8 millions de films téléchargés par mois rien qu'en France ?
Honnêtement, je doute beaucoup de la fiabilité de ces chiffres. Quand je les lis, j'ai l'impression d'entendre les "spécialistes" qui arrivent à chiffrer l'économie souterraine mais, par définition, c'est impossible. Ces chiffres sont irréalistes, personnellement je suis incapable de faire la moindre estimation. Par contre, je remarque que le chiffre d'affaires de l'industrie n'en souffre pas vraiment. La fréquentation en salle continue d'augmenter, les audiences télévision sont bonnes, et la vente de DVD augmente moins vite, certes, mais cela est principalement dû à la maturation du marché. Le cinéma se porte bien.

Cela ne vous inquiète donc pas ?
Le piratage ne pose pas encore de réels problèmes à l'industrie du cinéma contrairement à l'industrie du disque qui elle en souffre réellement. Cela est dû en grande partie au fait qu'un film reste long à télécharger, il y a donc beaucoup moins de téléchargements de films que de chansons. Par contre, comme le dit Michel Seydoux, le producteur de films et administrateur du groupe Pathé, "Le coût de production d'un film est autrement plus important qu'un titre de musique". Le piratage peut donc devenir rapidement dévastateur pour notre industrie, c'est pourquoi il faut réagir maintenant. D'autant que les accès hauts débits sont en pleine explosion. Reste une évidence, ce sera toujours plus sympa d'aller au cinéma pour voir un film que de le voir chez soi.

Pourquoi n'êtes vous pas présent dans la charte responsabilisant éditeurs et FAI destinée à combattre les téléchargements illégaux sur Internet rédigée avec l'aide de Bercy ?
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La chronologie des médias : le défi de la VoD
Ne vous trompez pas, nous étions présent dans les discussions, et aux côtés des éditeurs et des FAI au sein de cette médiation. Seulement, les discussions entre le Snep (Syndicat national des éditeurs phonographiques) et les FAI ont avancé très vite, tout simplement parce qu'il y a le feu au lac pour les éditeurs qui devaient aboutir à un résultat. Mais nous, nous ne sommes pas dans l'urgence. En outre, nous avons un problème de chronologie des médias à régler. Je m'explique : A quel moment accepter qu'un film puisse être diffusé sur Internet ? Quant une chanson sort, elle est diffusée partout à la fois, la question ne se pose pas. Le parcours d'un film suit quant à lui une chronologie bien particulière. Il sort d'abord en salle, six mois après en DVD, au bout de douze mois il est diffusé sur Canal+, puis les bouquets payants et enfin les chaînes gratuites… Où place-t-on la VoD là dedans, à quel moment ?

Quelles sont les demandes des opérateurs à ce sujet, et quelles sont vos exigences concernant cette chronologie ?
Les FAI demandent bien évidemment de pouvoir diffuser des films le plus en amont possible de leur parcours. Comme ils se livrent une bataille concurrentielle très féroce, ils ont besoin de contenus pour offrir d'autres services que le téléchargement illégal à leurs abonnés. Mais de notre côté, nous ne pouvons pas déséquilibrer l'économie de la production cinématographique. Prenons un exemple tout simple, Canal+ finance à 25 % la production cinéma en France. Si les films diffusés par Canal+ ont déjà été diffusés en VoD sur les réseaux de Wanadoo, qui voudra encore payer les 30 euros d'abonnement à Canal+ ?

Il est logique que nous soutenions Canal+."
Néanmoins, Canal+ a racheté MovieSystem la principale plateforme de VoD sur Internet en France en affirmant pousser à son développement...
Je ne pourrai vous affirmer si Canal+ a racheté MovieSystem pour le développer ou pas. Leur logique est quand même de défendre leur place dans le parcours de diffusion des films, c'est le cœur de l'offre de leurs chaînes payantes avec le sport. Et comme ils génèrent 25 % de la production française, il est normal que nous soutenions Canal+.

A vous entendre, on pourrait croire que vous n'avez donc aucun intérêt à développer la VoD ?
Mais il le faut ! Soit l'on attend que la montagne s'écroule sur notre tête comme l'ont fait les éditeurs soit on anticipe. Nous sommes pris en otage entre l'obligation de favoriser l'éclosion d'une offre pour créer une alternative légale et devenir le produit d'appel d'un FAI qui a une politique de supermarché. Car nous ne pesons pas lourd face aux opérateurs et autres FAI. Le marché de la production génère seulement un milliard d'euros et nous avons affaire à des gens bien plus puissants qui se ont d'autres intérêts que protéger le cinéma. Ce que je peux comprendre, puisque leur métier est de faire de l'abonnement. Mais je ne veux pas trouver un accord à la va-vite pour endiguer le piratage si c'est pour déséquilibrer l'ensemble du cinéma français. Je ne suis pas prêt à faire de concessions.

Que proposez-vous alors ?
Il est encore trop tôt pour en parler. Ce que je peux vous dire c'est qu'à mon avis, il faut revoir toute la chronologie des médias et intégrer la VoD dedans. Déjà, cela n'a aucun sens que les grandes chaînes gratuites comme TF1 ne puissent pas diffuser de films de moins de deux ans. Et le problème de la VoD renforce l'idée qu'il faut tout revoir. C'est un gros chantier et nous en discutons.

Les négociations menées par le CNC pour créer un cadre favorable à la diffusion de VoD sur Internet ont-t-elles des chances d'aboutir avant la fin de l'année ?
Je n'en sais rien et, de toutes façons, je ne veux pas me lier à un calendrier. Notre atout est que si personne ne vend de films aux FAI ils ne rempliront pas leurs tuyaux. Un autre des problèmes fondamentaux réside dans le prix des offres VoD. Il est hors de question que l'on vende des films au prix d'un baril de lessive.

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Quels sont vos sites préférés ? Utilisez-vous les réseaux peer-to-peer ?
Ceux du CSA, de la direction des médias, le CNC, Via Michelin… Je n'ai pas une utilisation très ludique d'Internet, et je ne télécharge ni musique ni films !
 
 
Propos recueillis par Frantz GRENIER, JDN

PARCOURS
 
 
Michel Gomez, 46 ans. Economiste de formation (Université Paris IX Dauphine), il est chercheur et chargé de cours à l'Université Paris IX et à l'Institut National Supérieur des Technologies Nucléaires (C.E.A.) en économie des déséquilibres et en économie de l'innovation technologique. Après avoir été administrateur de la Quinzaine des Réalisateurs (Festival de Cannes), il est nommé délégué général de la Société des Réalisateurs de Films.

1995 Il rejoint L'ARP (Société civile des Auteurs Réalisateurs Producteurs).

2003 Michel Gomez devient le délégué général de l'ARP en octobre 2003.

L'ARP a été Fondée en 1987 à l'initiative de Claude Berri et d'une trentaine de réalisateurs producteurs. Elle perçoit et répartit les ressources de la redevance au titre de la rémunération pour copie privée sur les supports d'enregistrement vierges au profit de ses membres. Elle a élargi récemment ses activités de répartition en gérant pour ses membres leurs droits à rémunération au titre des retransmissions intégrales et simultanées effectuées par les organismes de cablo-distribution.

   
 
 
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