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INTERVIEW
 
Auteur de "Enquête sur la filière du livre numérique"
Emmanuelle Jéhanno
"Titre"
Ouvert aujourd'hui et jusqu'à dimanche, le Salon du livre de Paris 2001 consacre un large espace au sein de son "village e-book" à ce que sera un des supports de l'édition de demain. Emmanuelle Jéhanno, ex-consultante chez PricewaterhouseDoopers et auteur d'une enquête consacrée à la filière du livre numérique publiée par l'éditeur virtuel 00h00.com, revient sur les changements qui vont affecter l'industrie de l'édition. Cette étude a été menée à partir d'une soixantaine d'entretiens d'acteurs de la chaîne du livre.15 mars 2001
 
          

JDNet. Comment définiriez-vous le livre
numérique ?

Emmanuelle Jéhanno. Pour moi, un livre numérique doit être défini en référence à son objet d'origine qui est le livre papier. Si il fallait en donner une définition, ce serait un ensemble de signes stockés sous format numérique pouvant être imprimés dans leur ensemble pour obtenir un volume imprimé d'un assez grand nombre de pages. Cette définition exclut de fait tous les supports multimédias diffusant du son ou de la vidéo. En même temps, en terme de technologie, différencier le cinéma, la musique et la littérature, a moins de sens dans un univers où tout est ramené à une série de 0 et de 1. A l'avenir, il deviendra difficile de distinguer un livre d'un projet multimédia.

Quelles sont les différences entre le métier de l'édition papier traditionnelle et celui de l'édition numérique ?

Elles ne sont pas très importantes. La fonction clé de l'éditeur restera de sélectionner un contenu et d'en améliorer la qualité. Qu'un éditeur envisage de diffuser et de vendre ce contenu sous une forme papier ou sous une forme numérique, le cœur de son métier ne changera pas.

En quoi la filière édition va-t-elle être affectée ?
Un certain nombre d'étapes disparaissent. L'impression est quasiment supprimée en numérique ou n'intervient que sous la forme d'une impression à la demande, ce qui est totalement différent de la chaîne papier. Par ailleurs, dans la chaîne du livre numérique il est nécessaire d'avoir des supports qui permettent de rendre le fichier lisible. Cette particularité a pour conséquence de faire rentrer dans ce secteur des acteurs technologiques auparavant absents de la filière du livre traditionnel.

Que vont-ils changer ?
Ces acteurs ont une puissance économique sans commune mesure avec les éditeurs et les détenteurs de contenu. A titre de comparaison, l'édition en France représente un marché de 14 milliards de francs, ce qui est microscopique par rapport à d'autres industries, notamment technologiques. Cette différence de rapport de force fait craindre à certains éditeurs que ces nouveaux entrants essayent de remonter vers le contenu, soit en rachetant des sociétés, soit en ayant des lignes de conduite qui pourraient limiter leur liberté. A partir du moment où deux mondes s'entrechoquent avec une telle différence de taille, de puissance financière et de culture, il est possible de tout imaginer. Même si les éditeurs détiennent les contenus, ce marché dispose de deux tiers de nouveautés par an, caractéristique qui pourrait permettre aux acteurs technologiques de jouer un rôle de sélection tout en devenant eux-mêmes éditeurs. C'est le cas de Microsoft avec son encyclopédie Encarta par exemple. Toutes les hypothèses sont désormais possibles, et cette rencontre est totalement nouvelle. Dans un premier temps, cela devrait moins concerner la littérature que les ouvrages pratiques et professionnels.

Quel marché la littérature numérique va-t-elle représenter ?
Pour l'instant, ce marché est complètement marginal, et il va le rester pendant un bon moment. Il sera directement lié à l'évolution des supports en terme d'ergonomie et de prix, pendant quelques années encore.

Comment les éditeurs traditionnels appréhendent-ils ce marché émergent ?
Ils sont tous intrigués par ces nouvelles formes d'exploitation de leur contenu, et sont finalement assez peu à ne pas y croire du tout. La question est de savoir si ils vont décider d'y aller avec un tiers ou bien si ils vont eux-mêmes se mettre à la diffusion électronique. Pour le moment, l'heure est à la prudence et les éditeurs expérimentent ce nouveau marché en partenariat. En aucun cas ils ne vont céder leurs droits électroniques. Au début, les nouveaux intermédiaires proposaient aux éditeurs de se séparer de leurs droits. Ce schéma n'a pas fonctionné très longtemps. Les éditeurs sont conscients de l'intérêt qu'ils ont à garder leur capital. Désormais ils commencent à se demander comment ils vont étaler leurs investissements, ce qu'ils veulent numériser en priorité, pour quel type de modèle économique et pour quelle marge de manœuvre. Ils vont maintenant se demander également de combien de temps ils disposent pour tâtonner et trouver leur modèle économique par rapport à la pression du marché.

Quel sera le modèle économique de l'édition numérique ?
Personnellement je crois beaucoup à l'abonnement. Ce modèle devrait s'imposer non pas seulement pour les livres, mais également pour tous les biens culturels dans leur ensemble sur Internet.

Lisez-vous des livres numériques ?
Pour mon travail uniquement. Pas pour mon plaisir. Je lis surtout sur mon ordinateur et je n'ai pas acheté d'e-book : ils sont encore trop chers.

Qu'aimez-vous sur Internet ?
J'utilise beaucoup Internet pour mon travail, dans mes recherches. J'aime le temps que cela me fait gagner, dans mon travail comme dans ma vie quotidienne. J'aime beaucoup le fait de ne pas avoir à me rendre à ma banque. Par contre, j'irai toujours dans une librairie pour choisir un livre, et ça n'est pas forcément un plaisir d'aller sur Digitall.fr ou chez Bol pour me faire livrer un livre à domicile.

Quels sont vos sites préférés ?
Etant une passionnée de cinéma, je trouve que le site des Cahiers du Cinéma est très bien fait. J'aime aussi les sites extrêmement pratiques comme celui de ma banque où je me rends assez souvent.

 
Propos recueillis par Philippe Rémond

PARCOURS
 

Emmanuelle Jéhanno co-enseigne actuellement un séminaire sur l'industrie cinématographique et audiovisuelle à HEC et Sciences Po à Paris. Après avoir été consultante chez PricewaterhouseCoopers, elle a réalisé une étude sur la filière du livre numérique encadrée par le Centre de sociologie des organisations du CNRS.

Enquête sur la filière numérique
120 pages, 817 kilo-octets
50 francs l'exemplaire numérique,
99 francs l'exemplaire papier
A télécharger sur 00h00.com


   
 
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