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JDNet.
Comment
définiriez-vous le livre
numérique ?
Emmanuelle Jéhanno.
Pour moi, un livre
numérique doit être défini en référence à son objet d'origine
qui est le livre papier. Si il fallait en donner une définition,
ce serait un ensemble de signes stockés sous format numérique
pouvant être imprimés dans leur ensemble pour obtenir un volume
imprimé d'un assez grand nombre de pages. Cette définition
exclut de fait tous les supports multimédias diffusant du
son ou de la vidéo. En même temps, en terme de technologie,
différencier le cinéma, la musique et la littérature, a moins
de sens dans un univers où tout est ramené à une série de
0 et de 1. A l'avenir, il deviendra difficile de distinguer
un livre d'un projet multimédia.
Quelles
sont les différences entre le métier de l'édition papier
traditionnelle et celui de l'édition numérique ?
Elles ne sont pas très importantes. La fonction clé de l'éditeur
restera de sélectionner un contenu et d'en améliorer la qualité.
Qu'un éditeur envisage de diffuser et de vendre ce contenu
sous une forme papier ou sous une forme numérique, le cœur
de son métier ne changera pas.
En quoi
la filière édition va-t-elle être affectée
?
Un certain nombre d'étapes disparaissent. L'impression est
quasiment supprimée en numérique ou n'intervient que sous
la forme d'une impression à la demande, ce qui est totalement
différent de la chaîne papier. Par ailleurs, dans la chaîne
du livre numérique il est nécessaire d'avoir des supports
qui permettent de rendre le fichier lisible. Cette particularité
a pour conséquence de faire rentrer dans ce secteur des acteurs
technologiques auparavant absents de la filière du livre traditionnel.
Que
vont-ils changer ?
Ces acteurs ont une puissance économique sans commune mesure
avec les éditeurs et les détenteurs de contenu. A titre de
comparaison, l'édition en France représente un marché de 14
milliards de francs, ce qui est microscopique par rapport
à d'autres industries, notamment technologiques. Cette différence
de rapport de force fait craindre à certains éditeurs que
ces nouveaux entrants essayent de remonter vers le contenu,
soit en rachetant des sociétés, soit en ayant des lignes de
conduite qui pourraient limiter leur liberté. A partir du
moment où deux mondes s'entrechoquent avec une telle différence
de taille, de puissance financière et de culture, il est possible
de tout imaginer. Même si les éditeurs détiennent les contenus,
ce marché dispose de deux tiers de nouveautés par an, caractéristique
qui pourrait permettre aux acteurs technologiques de jouer
un rôle de sélection tout en devenant eux-mêmes éditeurs.
C'est le cas de Microsoft avec son encyclopédie Encarta par
exemple. Toutes les hypothèses sont désormais possibles, et
cette rencontre est totalement nouvelle. Dans un premier temps,
cela devrait moins concerner la littérature que les ouvrages
pratiques et professionnels.
Quel
marché la littérature numérique va-t-elle représenter ?
Pour l'instant, ce marché est complètement marginal, et il
va le rester pendant un bon moment. Il sera directement lié
à l'évolution des supports en terme d'ergonomie et de prix,
pendant quelques années encore.
Comment
les éditeurs traditionnels appréhendent-ils ce marché émergent
?
Ils sont tous intrigués par ces nouvelles formes d'exploitation
de leur contenu, et sont finalement assez peu à ne pas y croire
du tout. La question est de savoir si ils vont décider d'y
aller avec un tiers ou bien si ils vont eux-mêmes se mettre
à la diffusion électronique. Pour le moment, l'heure est à
la prudence et les éditeurs expérimentent ce nouveau marché
en partenariat. En aucun cas ils ne vont céder leurs droits
électroniques. Au début, les nouveaux intermédiaires proposaient
aux éditeurs de se séparer de leurs droits. Ce schéma n'a
pas fonctionné très longtemps. Les éditeurs sont conscients
de l'intérêt qu'ils ont à garder leur capital. Désormais ils
commencent à se demander comment ils vont étaler leurs investissements,
ce qu'ils veulent numériser en priorité, pour quel type de
modèle économique et pour quelle marge de manœuvre. Ils vont
maintenant se demander également de combien de temps ils disposent
pour tâtonner et trouver leur modèle économique par rapport
à la pression du marché.
Quel
sera le modèle économique de l'édition numérique ?
Personnellement je crois
beaucoup à l'abonnement. Ce modèle devrait s'imposer non pas
seulement pour les livres, mais également pour tous les biens
culturels dans leur ensemble sur Internet.
Lisez-vous
des livres numériques ?
Pour mon travail uniquement. Pas pour mon plaisir. Je lis
surtout sur mon ordinateur et je n'ai pas acheté d'e-book
: ils sont encore trop chers.
Qu'aimez-vous
sur Internet ?
J'utilise beaucoup Internet pour mon travail, dans mes recherches.
J'aime le temps que cela me fait gagner, dans mon travail
comme dans ma vie quotidienne. J'aime beaucoup le fait de
ne pas avoir à me rendre à ma banque. Par contre, j'irai
toujours dans une librairie pour choisir un livre, et ça n'est
pas forcément un plaisir d'aller sur Digitall.fr ou chez Bol
pour me faire livrer un livre à domicile.
Quels
sont vos sites préférés ?
Etant une passionnée de cinéma, je trouve que le site des
Cahiers
du Cinéma est très bien fait. J'aime aussi les sites extrêmement
pratiques comme celui de ma banque où je me rends assez souvent.
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