Interview

Lionel Jospin
"Devenir l'économie numérique la plus dynamique d'Europe"

Le candidat Jospin dresse un bilan de son action en matière d'Internet et de NTIC et fixe ses priorités pour les années à venir. Généralisation de l'usage, déploiement du haut débit, analyse des mutations économiques actuelles et à venir, rôle politique de l'Internet, etc : son programme pour faciliter la diffusion des nouvelles technologies de l'information, "l'un des trois défis structurels que la France doit relever dans les cinq prochaines années".
          
1. Bilan
et projet
2. Internet
et l'économie
3. Internet
et la politique
"Je veux que l'Etat continue à donner l'exemple et à se mobiliser" "Il ne faut pas qu'un excès de pessimisme succède à un enthousiasme parfois déraisonnable" "La gauche a une vision plus globale des enjeux de l'internet"

1. Bilan et projet "Je veux que l'Etat continue à donner l'exemple et à se mobiliser"

Le Journal du Net. Dans le programme que vous venez de présenter, vous relevez parmi les "trois défis structurels que notre pays doit relever dans les cinq prochaines années", celui de la diffusion des nouvelles technologies de l'information, "qui portent en germe une nouvelle révolution industrielle". Quels sont selon vous les principaux axes de cette révolution ?
Lionel Jospin. J'ai fait de la préparation de notre pays à cette révolution l'une des priorités de l'action du gouvernement dès août 1997, parce que je suis convaincu que la révolution de l'internet et des technologies de l'information est fondamentale : elle s'applique directement à nos manières de travailler, de communiquer, de vivre au quotidien. Elle transforme notre économie et nos entreprises. Alors que ce phénomène ne cesse de prendre de l'ampleur, je mets logiquement ce défi au cœur de mon projet.

Vous avez fixé comme cap de devenir "l'économie numérique la plus dynamique d'Europe". Selon quels critères jugerez-vous avoir atteint cet objectif?
Pour que la France devienne l'économie numérique la plus dynamique d'Europe, je vois trois conditions : que notre recherche et nos entreprises des technologies de l'information soient les plus performantes ; que le haut débit soit accessible sur l'ensemble du territoire national ; que les Français bénéficient des tarifs les moins chers d'Europe pour l'accès à l'Internet.

En 1997, à Hourtin, vous avez annoncé faire de l'entrée de la France dans la société de l'information l'une des priorités de l'action gouvernementale. Vous vouliez bâtir une "société de l'information pour tous". Quelles sont les réalisations dont vous êtes le plus satisfait ?
Dès mon arrivé à Matignon, j'ai voulu rompre avec l'inertie qui avait précédé. J'ai donc lancé le programme d'action gouvernemental pour la société de l'information (PAGSI), qui a consisté à attaquer les principaux blocages de front. Je prendrai quelques exemples des résultats pour moi les plus significatifs.

Dans l'éducation, le raccordement à internet est généralisé pour les lycées et les collèges et dépasse 60% pour les écoles primaires. Je rappelle que par exemple pour les écoles, il était de 1% en 1997. Nous avons généralisé la formation pour les enseignants ; les élèves de troisième passeront dès cette année le brevet informatique et internet. C'était la première priorité, et c'est la réalisation dont je suis le plus fier.

Deuxième exemple, l'administration électronique, dont la construction se poursuit depuis des années, est arrivée à un palier significatif. De nombreux services et formulaires sont maintenant disponibles en ligne, notamment sur le portail Service-public.fr qui s'est vu primé à l'échelon européen. Les principales informations publiques sont en ligne (appels d'offres, textes, rapports officiels...), etc. Tout ceci commence peu à peu à modifier les rapports des citoyens avec l'administration, et c'est pour moi le plus important.

Lutter contre le fossé numérique, qu'il soit social, géographique ou générationnel, a été une autre priorité. Il y a aujourd'hui plus de 3.000 espaces publics d'accès à l'internet et au multimédia, fréquentés en priorité par les jeunes, les demandeurs d'emplois et les personnes âgées. Plus de 5.000 emplois jeunes y assurent des fonctions de formateur. Voilà un autre résultat tangible.

Et puis, j'y reviens, je crois que nos actions de soutien à l'innovation ont vraiment accompagné le développement du secteur des technologies de l'information. J'en ai cité des exemples, mais je pense aussi à la décision de réduire le prix des licences UMTS face au changement du calendrier technologique et des conditions du marché. Elle a été accueillie par les acteurs comme une vraie mesure de soutien, et je m'en réjouis.

A l'époque du discours d'Hourtin, on parlait de retard français dans l'utilisation des technologies de l'information. Estimez-vous que ce retard a été rattrapé?
En 1997, la France, pourtant une nation d'excellence technologique, se singularisait en effet en restant à l'écart de la révolution de l'internet, et l'inertie des gouvernements Balladur et Juppé y avait contribué. Je crois que nous avons parcouru un chemin considérable depuis. Dans bien des domaines, nous sommes dans la bonne moyenne européenne, voire en pointe, comme pour la recherche ou l'administration électronique.

Mais tous ces résultats ne sont à mes yeux qu'un premier acte. Je sais que nous pouvons aller encore plus loin et je veux que l'Etat continue à donner l'exemple et à se mobiliser pour soutenir les acteurs.

Entre le faible taux d'équipement des ménages en micro-ordinateurs et le nombre encore limité d'utilisateurs français d'Internet, quel facteur vous préoccupe le plus?
Le taux d'équipement des ménages encore insuffisant. C'est pourquoi, dans mon projet, je prévois un ensemble de mesures de soutien à l'équipement des ménages qui ont des enfants scolarisés.

En quoi consiste le "grand plan d'équipement des jeunes" dont parle votre programme et quels moyens entendez-vous mettre en place pour l'appliquer?
Mon projet prévoit trois priorités dans ce domaine :
- pourvoir les écoles primaires à hauteur d'un ordinateur relié à l'Internet pour cinq élèves ;
- aider les familles des collégiens et des lycéens à acquérir un ordinateur ;
- permettre à chaque étudiant du supérieur de disposer d'un ordinateur portable.

Ces objectifs forts seront atteints par un soutien de l'Etat à l'équipement des écoles et, s'agissant de l'équipement personnel, par un soutien bénéficiant en priorité aux revenus les plus modestes.

Des mesures de soutien à l'équipement des familles se justifient parce que les élèves de collèges et de lycées doivent utiliser de plus en plus les ordinateurs en dehors du temps scolaire. Ne pas en avoir chez soi devient alors un vrai handicap et un facteur de nouvelle inégalité. L'effort doit donc se concentrer sur les familles les moins favorisées.

Dans le supérieur, la mobilité des étudiants entre domicile, lieu d'enseignement et lieu d'étude, voire lieu de travail, doit être prise en compte. L'ordinateur est un outil personnel, indispensable pour l'élaboration des travaux demandés, pour l'accès aux sources d'information et pour le courrier électronique. Je nous donne comme objectif que chaque étudiant puisse acquérir un ordinateur portable.

Vous préconisez le raccordement de l'ensemble du territoire à l'Internet à haut débit d'ici 2005. Est-ce à vos yeux la priorité absolue du développement de l'Internet en France?
En effet, c'est une autre priorité de mon projet que de permettre l'accès au haut débit sur tout le territoire. Les NTIC constituent désormais une clef du développement local. Laissés aux seules forces du marché, 25% des ménages n'auraient pas accès au haut débit en 2005. Or, le haut débit permet un tarif forfaitaire et des services nouveaux, notamment pour les usages professionnels ou de service public (raccordement des écoles à haut débit, téléformation, télésanté, etc.).

L'action publique est donc primordiale. Dans le prolongement du plan "haut débit 2005" que nous avons lancé en juillet 2001 à Limoges, nous mobiliserons les moyens nécessaires pour atteindre l'objectif d'un accès possible de tous les Français à l'internet à haut débit en 2005.

Ne nous y trompons pas : comme les routes ou les voies ferrées en leur temps, les choix en matière de NTIC auront un effet décisif sur le développement économique, l'emploi et par conséquent sur l'équilibre social de notre territoire. L'accès à l'internet à haut débit demain répondra au même besoin que l'accès à l'électricité ou au téléphone de chaque foyer hier.

Quelles sont les mesures les plus urgentes à prendre pour accélérer ce déploiement ? Et quelles mesures préconisez-vous en faveur de l'accès forfaitaire à bas débit?
Je pense qu'en premier lieu, une baisse conséquente des tarifs de dégroupage permettrait de favoriser une émergence rapide d'offres d'accès à l'Internet à haut débit, grâce à l'ADSL, à des prix concurrentiels. 45 € par mois pour un abonnement à l'ADSL, c'est beaucoup trop cher pour un grand nombre de ménages. France Telecom a indiqué que 70% des lignes pourraient accéder à la technologie ADSL d'ici la fin de l'année. Une baisse des tarifs de dégroupage répercutée sur les offres tarifaires permettrait donc à 70% des foyers qui le souhaitent de bénéficier d'un accès à haut débit dans les neuf prochains mois.

Pour les 30% restants, il nous faudra poursuivre une politique publique volontariste, afin de permettre le déploiement d'infrastructures à haut débit dans les zones où les opérateurs n'iront pas spontanément, pour des raisons économiques ou techniques. Le renouvellement des contrats de plan État-Régions en 2003 sera à ce titre un rendez-vous important pour l'Etat et les collectivités locales.

Il faudra aussi multiplier les expérimentations à grande échelle de technologies alternatives comme, par exemple, les technologies sans fil.

Pour l'accès forfaitaire à bas débit, nous avons permis, comme je l'avais souhaité au début de 2001, l'apparition d'un offre de revente à la capacité pour les fournisseurs d'accès à l'internet. Il faut à présent que les niveaux de prix de cette offre diminuent.

Comment jugez-vous le rôle qu'a joué jusqu'ici France Telecom dans ce déploiement et qu'attendez-vous de l'opérateur public, dont le rôle est souvent critiqué actuellement?
La grande compétence technique de France Télécom et de ses salariés est reconnue. C'est le premier acteur sur le marché des télécommunications en France. Il a doté la France d'un des réseaux téléphoniques les plus performants d'Europe. Il a su innover, développer des services nouveaux. En cela, il est bien placé pour fournir l'effort le plus conséquent pour achever, le plus rapidement possible, le déploiement du haut débit en France.

Pour autant, notamment dans le déploiement du haut débit, la concurrence joue et jouera un rôle essentiel. Cela suppose en particulier des règles du jeu équitables entre les différents acteurs. Je souhaite par conséquent qu'une baisse sensible des tarifs de dégroupage de la boucle locale puisse être observée aussi rapidement que possible. Il faut continuer à maintenir une forte pression sur ce terrain.

Aujourd'hui, l'ouverture à la concurrence dans le secteur des télécommunications est réelle et a permis de faire baisser très significativement les prix : pour les accès à l'internet, ils ont été divisés par trois en cinq ans, ce qui place la France parmi les pays les moins chers d'Europe.

Tout en saluant les performances de France Telecom, j'entends donc conserver une grande attention pour que la concurrence s'exerce de manière équitable dans ces marchés essentiels pour l'avenir.

Jugez-vous nécessaire de renforcer l'autorité de régulation des télécommunications (ART) et ses pouvoirs de sanction?
L'ART a joué un rôle essentiel, depuis sa mise en place en 1997, pour le développement de la concurrence sur le marché des télécommunications français et la baisse des prix.

A l'expérience, il est apparu toutefois que la loi de réglementation des télécommunications du gouvernement Juppé de juillet 1996, dans le cadre de laquelle cette autorité intervient, ne lui avait pas donné, dans certains domaines, l'ensemble des outils nécessaires à une action efficace et rapide. Il faudra transposer les directives européennes qui viennent d'être adoptées dans le domaine des communications électroniques.

A l'occasion de cette révision du cadre réglementaire français, je pense qu'en effet, certains pouvoirs de l'ART, notamment en matière d'interconnexion et de sanctions, devront être renforcés.

Au-delà, un meilleur exercice de la régulation au niveau européen me semble nécessaire. Certaines compétences de régulation dépassent en effet le cadre national. Je pense notamment à la gestion des ressources en numérotation, avec l'émergence, dans les années qui viennent, d'un véritable espace européen de numérotation : après l'euro, les citoyens européens sont fondés à souhaiter posséder un numéro de téléphone personnel unique qui les suivra au gré de leurs déplacements dans l'Union européenne, sans que cela se traduise par un coût prohibitif ; Dans le domaine de la gestion des fréquences, une meilleure coordination entre les régulateurs nationaux aurait permis d'éviter la mise en place en ordre dispersé de l'UMTS qui aura été finalement dommageable à la compétitivité de l'Union. Je pense aussi à certains aspects de la réglementation technique de l'Internet : gestion des serveurs racines, noms de domaine, régulation des dorsales à très haut débits et règles d'interconnexion en ce domaine, etc.

Une régulation à l'échelle européenne me semble donc nécessaire. Son fonctionnement institutionnel, naturellement, devra être discuté avec nos partenaires au sein de l'Union.

Suite de l'interview >>

1. Bilan
et projet
2. Internet
et l'économie
3. Internet
et la politique
"Je veux que l'Etat continue à donner l'exemple et à se mobiliser" "Il ne faut pas qu'un excès de pessimisme succède à un enthousiasme parfois déraisonnable" "La gauche a une vision plus globale des enjeux de l'internet"


  Nouvelles offres d'emploi   sur Emploi Center
Chaine Parlementaire Public Sénat | Michael Page Interim | 1000MERCIS | Mediabrands | Michael Page International

 

Dossiers

Marketing viral

Comment transformer l'internaute en vecteur de promotion ? Dossier

Ergonomie

Meilleures pratiques et analyses de sites. Dossier

Annuaires

Sociétés high-tech

Plus de 10 000 entreprises de l'Internet et des NTIC. Dossier

Prestataires

Plus de 5 500 prestataires dans les NTIC. Dossier

Tous les annuaires
 
 

Sondage

Ce qui vous a le plus embêté avec le bug de Google :

Tous les sondages

 
 
Nos autres sites Société | Contacts | Publicité | PA Emploi | Presse | Recrutement | Tous nos sites | Données personnelles
© Benchmark Group, 69-71 avenue Pierre Grenier, 92517 Boulogne Billancourt Cedex