JDN.
Pouvez-vous présenter CitéFibre ?
Dominique Lancrenon. CitéFibre est un opérateur
de télécommunications multimédia qui s'adresse au marché
résidentiel à travers un nouveau réseau qui amène une
fibre optique dédiée chez chaque client. Cette technologie,
appelée Fiber
to the home (FTTH), est déjà utilisée par plusieurs
millions de personnes dans le monde et permet d'évoluer
vers un monde tout IP. CitéFibre a été créée en octobre
2004 par Arnaud Desbains, ancien WorldCom France, Stéphane
Goerlinger, ex Omnicom, Gustavo Vainstein, ancien de
Lyonnaise Communications (Noos), et moi-même. La société
a reçu sa licence d'opérateur de télécommunications
par l'Arcep [Autorité de régulation des communications
électroniques et des postes, ndlr] en décembre 2004.
Une convention avec la Mairie de Paris pour l'occupation
du domaine public a été signée en février 2005, qui
nous permet de déployer notre infrastructure d'accès
à travers les égouts de la capitale. Notre réseau est
totalement indépendant de France Télécom.
CitéFibre s'est inscrit sur
le Marché Libre d'Euronext Paris le 2 décembre dernier.
Où en est la procédure et quelles en sont les modalités ?
Le 2 décembre dernier, nous avons cédé un peu moins
de 1 % du capital de la société, soit exactement
3.132 actions au prix unitaire de 16 euros. Soit un
flottant initial de 50.000 euros. Depuis, les négociations
sont toujours en cours avec les investisseurs qualifiés.
Au total, nous visons une levée de fonds de l'ordre
de 20 millions d'euros.
Pourquoi avoir
choisi le Marché Libre plutôt qu'une levée de fonds ?
Aujourd'hui, pour ses besoins de financement, une start-up
française a le choix entre une levée de fonds auprès de
capital-risqueurs, ou une inscription au Marché Libre.
Or le capital-risque en Europe, et plus particulièrement
en France, n'est pas aussi élevé qu'aux Etats-Unis. Rappelons
que nous visons une levée de fonds de 20 millions d'euros.
Par ailleurs, le Marché Libre présente plusieurs avantages :
c'est beaucoup plus rapide qu'une levée de fonds classique,
sans compter qu'il n'est nul besoin d'obtenir un visa
de l'AMF, et c'est une fenêtre ouverte sur la Bourse.
Même si cette opération est une levée de fonds privée
auprès d'investisseurs qualifiés, cela améliore fortement
la notoriété de la société.
Quelle est la répartition actuelle
du capital de la société ?
CitéFibre a été créé avec un capital initial de 826.361
euros. En janvier 2005, nous avons réalisé une levée de
fonds d'amorçage de 3,5 millions d'euros auprès de Nicominvest,
le fonds d'investissement privé spécialisé dans les télécoms
d'Alain Nicolazzi. Nicominvest détient actuellement 59 % du capital de CitéFibre. Le reste est réparti
à 30 % entre les fondateurs et 11 % entre les
membres du directoire et l'équipe de management. L'inscription
sur le Marché Libre nous fait également passer du statut
de SAS à celui de SA.
Comment aller vous utiliser
les 20 millions d'euros levés ?
Le financement d'amorçage permet de couvrir les besoins
de financement jusqu'à mi-2006. Depuis janvier, nous avons
déployé nos premiers kilomètres de fibre optique dans
le XVe arrondissement de Paris. En mai dernier, nous avons
lancé nos premières offres commerciales auprès des particuliers.
Le modèle technique, commercial et financier de CitéFibre
est aujourd'hui validé. Nous souhaitons désormais entrer
dans une phase d'industrialisation afin de couvrir, à
terme, toute la capitale. Ces 20 millions d'euros vont
donc nous permettre d'investir dans le déploiement de
notre réseau, dans l'acquisition de clients et dans la
croissance de notre effectif.
Combien d'employés compte
la société aujourd'hui ?
Nous sommes aujourd'hui une vingtaine de personnes. Jusqu'ici,
nous avons fait appel à des sous-traitants. L'effectif
devrait évoluer progressivement à 50 personnes fin 2006
et plus d'une centaine fin 2007.
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Un
coût d'acquisition par client de 1.000
euros à fin 2006." |
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Le marché français de
l'accès Internet est déjà très
fortement concurrentiel. Comment CitéFibre se
positionne-t-il sur ce marché ?
La France a le marché de l'accès Internet haut débit le
plus dynamique d'Europe, avec plus de 9 millions de lignes
raccordées à fin 2005, à plus de 95 % via la technologie
ADSL. Mais très vite, le DSL va arriver à ses limites.
Or nous constatons une croissance exponentielle des besoins
en débit, avec de nouvelles demandes des foyers en termes
de multiplicité et de simultanéité des usages du Web :
surf, voix sur IP, partage de fichiers, offres de vidéo
à la demande, télévision haute définition, visio-conférence,
télésurveillance, etc. Bientôt les foyers auront de besoins
en débit de l'ordre de 30 à 50 Mbits/s, en descendant
comme en montant. C'est l'ultra haut débit. Or les technologies
DSL, si elles permettent d'atteindre 25 à 30 Mbits/s pour
l'ADSL2+ ou 100 Mbits/s pour le VDSL, ont un très fort
taux de déperdition au-delà du premier kilomètre de distance
au répartiteur. La fibre optique à domicile est la seule
technologie aujourd'hui à offrir des débits symétriques
de 100 Mbits/s, voire 1 Gbit/s dès demain car la fibre
optique n'a pas de limites en termes de capacité de réseau.
Quel est coût de déploiement
d'une infrastructure en fibre optique par abonné ?
Est-ce rentable comparé aux opérateurs DSL ?
Les FAI ADSL présents sur le marché français et opérateurs
de dégroupage déploient également de la fibre optique,
mais uniquement sur la partie backbone, c'est-à-dire sur
la boucle nationale ou régionale, jusqu'aux répartiteurs
de France Télécom. Pour la boucle locale, du répartiteur
jusqu'à l'abonné, ils utilisent la paire de cuivre de
l'opérateur historique. CitéFibre remplace ce dernier
tronçon par une infrastructure propriétaire en fibre optique.
Donc oui, le coût de notre réseau est beaucoup plus élevé
que celui des opérateurs DSL. Mais nous avons signé des
accords de partenariats avec des sous-traitants pour limiter
notre investissement infrastructures, avec Axione notamment
pour la gestion du réseau, et avec TelCité, filiale télécoms
de la RATP, pour l'utilisation de son réseau métropolitain
en fibre optique qui dessert les stations du métro parisien.
D'après nos calculs, le coût d'acquisition par client
sera de 1.000 euros à fin 2006. C'est élevé, mais notre
infrastructure est pérenne sur plus d'un demi-siècle.
Et nous sommes persuadés que le FTTH est l'infrastructure
d'accès d'avenir.
Vous avez lancé en 2005 vos
premières offres commerciales. A qui s'adressent-elles ?
Quels sont les canaux de vente de CitéFibre ?
Nous avons effectivement lancé nos premières offres à
destination des particuliers en mai 2005. Notre logique
de recrutement commercial se fonde sur la relation de
proximité, avec une agence commerciale située dans le
XVe arrondissement, la vente directe de porte à porte,
le site Internet et un service clients par téléphone,
qui, détail non négligeable, est totalement gratuit. Nous
proposons aujourd'hui deux offres FTTH pour les habitants
du XVe arrondissement de Paris : une première standard
à 49 euros et l'autre premium à 59 euros. Ces deux offres
sont 100 % triple
play : accès Internet symétrique de 20 Mbits/s,
VoIP
locale et nationale et télévision numérique. Le pack Access
offre un accès aux chaînes hertziennes traditionnelles
et aux chaînes de la TNT, l'offre premium offre un bouquet
plus étoffé d'une cinquantaine de chaînes dont celles
du câble. Nous négocions actuellement des partenariats
avec TPS et CanalSat. Par ailleurs, nous travaillons sur
une offre de vidéo à la demande (VOD)
qui devrait voir le jour en 2006.
Pourquoi brider vos offres
à 20 Mbits/s alors que vous pouvez proposer du 100 Mbits/s ?
Actuellement, les besoins des particuliers n'excèdent
pas 20 Mbits/s dans les usages. Mais dès 2006, avec l'arrivée
de la TV haute définition, nous allons basculer nos offres
sur du 30 Mbits/s. Par ailleurs, au cours du premier trimestre
2006, nous allons lancer des offres professionnelles dédiées
aux PME parisiennes, avec des débits adaptés à leurs besoins
pouvant aller jusqu'à 100 Mbits/s.
60 euros l'offre triple play,
c'est deux fois plus cher que la moyenne nationale de
l'accès Internet haut débit pour les particuliers. Ne
craignez-vous pas d'être qualifié de FAI haut de gamme ?
Certes, le tarif moyen actuel des offres triple play des
FAI ADSL tourne autour de 30 euros. Mais à ce prix là,
l'abonné doit se débrouiller seul. CitéFibre se veut un
opérateur de proximité, offrant une hotline totalement
gratuite et surtout des services dont la qualité est garantie :
les débits offerts sont asymétriques, la fibre permet
de multiplier les usages (surf, télévision, téléphonie,
partage de fichiers, etc.) sans division du débit. Nos
offres sont innovantes, notre rapport qualité/prix est
excellent. La fibre est l'infrastructure d'accès fixe
du XXIe siècle, et CitéFibre est le premier opérateur
alternatif ultra haut débit pour les particuliers.
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Nous
visons la rentabilité sur l'exercice
2008." |
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Les câblo-opérateurs Noos et
NC Numéricâble ont lancé récemment des expérimentations
d'accès Internet en fibre optique à domicile. De même,
France Télécom a témoigné de son fort intérêt pour le
FTTH. Ces grands groupes de télécommunications ne menacent-ils
pas le léger avantage dans le temps de CitéFibre ?
Pas vraiment. Les câblo-opérateurs utilisent une infrastructure
co-axiale qui est limitée en termes de débits. Or leur
réseau actuel n'est pas à jour. Cela va leur demander
beaucoup d'investissements et de temps avant que leur
infrastructure soit au niveau. De son côté, France Télécom
s'est engagé, il y a un an, à mener un plan de grande
ampleur pour raccorder en fibre optique les principales
zones d'activités en France. Mais l'opérateur historique
est freiné dans ses investissements par l'obligation faîte
par l'Arcep d'ouvrir ses fourreaux à la concurrence. C'est
pourquoi je pense que France Télécom va concentrer ses
investissements sur le déploiement du VDSL2,
une technologie qui permet d'atteindre un débit de 100
Mbits/s au niveau du répartiteur mais dont signal subit
un fort affaiblissement proportionnel à la distance parcourue
depuis le commutateur téléphonique équipé. Contrairement
au FTTH.
Quelle est la taille du réseau
de CitéFibre aujourd'hui ? Son parc clients ?
Quels sont les plans de déploiement de l'opérateur ?
Nous comptons une centaine de foyers raccordés à fin 2005,
sur 2.000 prises adressables. D'ici fin 2006, nous disposerons
de 20.000 prises raccordables et 100.000 à fin 2007, dans
les quartiers ouest de Paris. Dès 2008, nous lancerons
un plan de couverture intégrale de la capitale et d'extension
en Ile-de-France. Nous visons 450.000 lignes raccordables
à fin 2010.
Quelles sont les perspectives
financières de CitéFibre ?
Nous avons une bonne visibilité sur le revenu. Avec un
coût d'acquisition par client estimé à 1.000 euros, un
ARPU
d'environ 60 euros et un taux de pénétration immédiat
de 20 %, le retour sur investissement est inférieur
à 26 mois. Sur l'exercice 2006, la société devrait afficher
un chiffre d'affaires d'environ un million d'euros et
une perte nette de 4 millions d'euros. La rentabilité
devrait être atteinte au quatrième trimestre 2008. Nous
visons 80 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2010
et 200 millions en 2012, dont 35 % hors Paris. |