INTERVIEW 
 
Dominique Lancrenon
Président du directoire
CitéFibre
Dominique Lancrenon
"Nous allons couvrir tout Paris en fibre optique dès 2008"
Premier opérateur de FTTH pour le marché résidentiel en France, CitéFibre s'est introduit sur le Marché Libre le 2 décembre 2005. La société compte lever 20 millions d'euros pour étendre son infrastructure de fibre optique sur l'ensemble de la capitale. Le président du directoire détaille le modèle économique, les ambitions et les perspectives financières du jeune FAI ultra haut débit.
(21/12/2005)
 
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CitéFibre

Dominique Lancrenon. CitéFibre est un opérateur de télécommunications multimédia qui s'adresse au marché résidentiel à travers un nouveau réseau qui amène une fibre optique dédiée chez chaque client. Cette technologie, appelée Fiber to the home (FTTH), est déjà utilisée par plusieurs millions de personnes dans le monde et permet d'évoluer vers un monde tout IP. CitéFibre a été créée en octobre 2004 par Arnaud Desbains, ancien WorldCom France, Stéphane Goerlinger, ex Omnicom, Gustavo Vainstein, ancien de Lyonnaise Communications (Noos), et moi-même. La société a reçu sa licence d'opérateur de télécommunications par l'Arcep [Autorité de régulation des communications électroniques et des postes, ndlr] en décembre 2004. Une convention avec la Mairie de Paris pour l'occupation du domaine public a été signée en février 2005, qui nous permet de déployer notre infrastructure d'accès à travers les égouts de la capitale. Notre réseau est totalement indépendant de France Télécom.

CitéFibre s'est inscrit sur le Marché Libre d'Euronext Paris le 2 décembre dernier. Où en est la procédure et quelles en sont les modalités ?
Le 2 décembre dernier, nous avons cédé un peu moins de 1 % du capital de la société, soit exactement 3.132 actions au prix unitaire de 16 euros. Soit un flottant initial de 50.000 euros. Depuis, les négociations sont toujours en cours avec les investisseurs qualifiés. Au total, nous visons une levée de fonds de l'ordre de 20 millions d'euros.

Pourquoi avoir choisi le Marché Libre plutôt qu'une levée de fonds ?
Aujourd'hui, pour ses besoins de financement, une start-up française a le choix entre une levée de fonds auprès de capital-risqueurs, ou une inscription au Marché Libre. Or le capital-risque en Europe, et plus particulièrement en France, n'est pas aussi élevé qu'aux Etats-Unis. Rappelons que nous visons une levée de fonds de 20 millions d'euros. Par ailleurs, le Marché Libre présente plusieurs avantages : c'est beaucoup plus rapide qu'une levée de fonds classique, sans compter qu'il n'est nul besoin d'obtenir un visa de l'AMF, et c'est une fenêtre ouverte sur la Bourse. Même si cette opération est une levée de fonds privée auprès d'investisseurs qualifiés, cela améliore fortement la notoriété de la société.

Fibre optique dans les galeries sous-terraines de Paris
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Quelle est la répartition actuelle du capital de la société ?
CitéFibre a été créé avec un capital initial de 826.361 euros. En janvier 2005, nous avons réalisé une levée de fonds d'amorçage de 3,5 millions d'euros auprès de Nicominvest, le fonds d'investissement privé spécialisé dans les télécoms d'Alain Nicolazzi. Nicominvest détient actuellement 59 % du capital de CitéFibre. Le reste est réparti à 30 % entre les fondateurs et 11 % entre les membres du directoire et l'équipe de management. L'inscription sur le Marché Libre nous fait également passer du statut de SAS à celui de SA.

Comment aller vous utiliser les 20 millions d'euros levés ?
Le financement d'amorçage permet de couvrir les besoins de financement jusqu'à mi-2006. Depuis janvier, nous avons déployé nos premiers kilomètres de fibre optique dans le XVe arrondissement de Paris. En mai dernier, nous avons lancé nos premières offres commerciales auprès des particuliers. Le modèle technique, commercial et financier de CitéFibre est aujourd'hui validé. Nous souhaitons désormais entrer dans une phase d'industrialisation afin de couvrir, à terme, toute la capitale. Ces 20 millions d'euros vont donc nous permettre d'investir dans le déploiement de notre réseau, dans l'acquisition de clients et dans la croissance de notre effectif.

Combien d'employés compte la société aujourd'hui ?
Nous sommes aujourd'hui une vingtaine de personnes. Jusqu'ici, nous avons fait appel à des sous-traitants. L'effectif devrait évoluer progressivement à 50 personnes fin 2006 et plus d'une centaine fin 2007.

Un coût d'acquisition par client de 1.000 euros à fin 2006."
Le marché français de l'accès Internet est déjà très fortement concurrentiel. Comment CitéFibre se positionne-t-il sur ce marché ?
La France a le marché de l'accès Internet haut débit le plus dynamique d'Europe, avec plus de 9 millions de lignes raccordées à fin 2005, à plus de 95 % via la technologie ADSL. Mais très vite, le DSL va arriver à ses limites. Or nous constatons une croissance exponentielle des besoins en débit, avec de nouvelles demandes des foyers en termes de multiplicité et de simultanéité des usages du Web : surf, voix sur IP, partage de fichiers, offres de vidéo à la demande, télévision haute définition, visio-conférence, télésurveillance, etc. Bientôt les foyers auront de besoins en débit de l'ordre de 30 à 50 Mbits/s, en descendant comme en montant. C'est l'ultra haut débit. Or les technologies DSL, si elles permettent d'atteindre 25 à 30 Mbits/s pour l'ADSL2+ ou 100 Mbits/s pour le VDSL, ont un très fort taux de déperdition au-delà du premier kilomètre de distance au répartiteur. La fibre optique à domicile est la seule technologie aujourd'hui à offrir des débits symétriques de 100 Mbits/s, voire 1 Gbit/s dès demain car la fibre optique n'a pas de limites en termes de capacité de réseau.

Quel est coût de déploiement d'une infrastructure en fibre optique par abonné ? Est-ce rentable comparé aux opérateurs DSL ?
Les FAI ADSL présents sur le marché français et opérateurs de dégroupage déploient également de la fibre optique, mais uniquement sur la partie backbone, c'est-à-dire sur la boucle nationale ou régionale, jusqu'aux répartiteurs de France Télécom. Pour la boucle locale, du répartiteur jusqu'à l'abonné, ils utilisent la paire de cuivre de l'opérateur historique. CitéFibre remplace ce dernier tronçon par une infrastructure propriétaire en fibre optique. Donc oui, le coût de notre réseau est beaucoup plus élevé que celui des opérateurs DSL. Mais nous avons signé des accords de partenariats avec des sous-traitants pour limiter notre investissement infrastructures, avec Axione notamment pour la gestion du réseau, et avec TelCité, filiale télécoms de la RATP, pour l'utilisation de son réseau métropolitain en fibre optique qui dessert les stations du métro parisien. D'après nos calculs, le coût d'acquisition par client sera de 1.000 euros à fin 2006. C'est élevé, mais notre infrastructure est pérenne sur plus d'un demi-siècle. Et nous sommes persuadés que le FTTH est l'infrastructure d'accès d'avenir.

Connections optiques
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Vous avez lancé en 2005 vos premières offres commerciales. A qui s'adressent-elles ? Quels sont les canaux de vente de CitéFibre ?
Nous avons effectivement lancé nos premières offres à destination des particuliers en mai 2005. Notre logique de recrutement commercial se fonde sur la relation de proximité, avec une agence commerciale située dans le XVe arrondissement, la vente directe de porte à porte, le site Internet et un service clients par téléphone, qui, détail non négligeable, est totalement gratuit. Nous proposons aujourd'hui deux offres FTTH pour les habitants du XVe arrondissement de Paris : une première standard à 49 euros et l'autre premium à 59 euros. Ces deux offres sont 100 % triple play : accès Internet symétrique de 20 Mbits/s, VoIP locale et nationale et télévision numérique. Le pack Access offre un accès aux chaînes hertziennes traditionnelles et aux chaînes de la TNT, l'offre premium offre un bouquet plus étoffé d'une cinquantaine de chaînes dont celles du câble. Nous négocions actuellement des partenariats avec TPS et CanalSat. Par ailleurs, nous travaillons sur une offre de vidéo à la demande (VOD) qui devrait voir le jour en 2006.

Pourquoi brider vos offres à 20 Mbits/s alors que vous pouvez proposer du 100 Mbits/s ?
Actuellement, les besoins des particuliers n'excèdent pas 20 Mbits/s dans les usages. Mais dès 2006, avec l'arrivée de la TV haute définition, nous allons basculer nos offres sur du 30 Mbits/s. Par ailleurs, au cours du premier trimestre 2006, nous allons lancer des offres professionnelles dédiées aux PME parisiennes, avec des débits adaptés à leurs besoins pouvant aller jusqu'à 100 Mbits/s.

60 euros l'offre triple play, c'est deux fois plus cher que la moyenne nationale de l'accès Internet haut débit pour les particuliers. Ne craignez-vous pas d'être qualifié de FAI haut de gamme ?
Certes, le tarif moyen actuel des offres triple play des FAI ADSL tourne autour de 30 euros. Mais à ce prix là, l'abonné doit se débrouiller seul. CitéFibre se veut un opérateur de proximité, offrant une hotline totalement gratuite et surtout des services dont la qualité est garantie : les débits offerts sont asymétriques, la fibre permet de multiplier les usages (surf, télévision, téléphonie, partage de fichiers, etc.) sans division du débit. Nos offres sont innovantes, notre rapport qualité/prix est excellent. La fibre est l'infrastructure d'accès fixe du XXIe siècle, et CitéFibre est le premier opérateur alternatif ultra haut débit pour les particuliers.

Nous visons la rentabilité sur l'exercice 2008."
Les câblo-opérateurs Noos et NC Numéricâble ont lancé récemment des expérimentations d'accès Internet en fibre optique à domicile. De même, France Télécom a témoigné de son fort intérêt pour le FTTH. Ces grands groupes de télécommunications ne menacent-ils pas le léger avantage dans le temps de CitéFibre ?
Pas vraiment. Les câblo-opérateurs utilisent une infrastructure co-axiale qui est limitée en termes de débits. Or leur réseau actuel n'est pas à jour. Cela va leur demander beaucoup d'investissements et de temps avant que leur infrastructure soit au niveau. De son côté, France Télécom s'est engagé, il y a un an, à mener un plan de grande ampleur pour raccorder en fibre optique les principales zones d'activités en France. Mais l'opérateur historique est freiné dans ses investissements par l'obligation faîte par l'Arcep d'ouvrir ses fourreaux à la concurrence. C'est pourquoi je pense que France Télécom va concentrer ses investissements sur le déploiement du VDSL2, une technologie qui permet d'atteindre un débit de 100 Mbits/s au niveau du répartiteur mais dont signal subit un fort affaiblissement proportionnel à la distance parcourue depuis le commutateur téléphonique équipé. Contrairement au FTTH.

Quelle est la taille du réseau de CitéFibre aujourd'hui ? Son parc clients ? Quels sont les plans de déploiement de l'opérateur ?
Nous comptons une centaine de foyers raccordés à fin 2005, sur 2.000 prises adressables. D'ici fin 2006, nous disposerons de 20.000 prises raccordables et 100.000 à fin 2007, dans les quartiers ouest de Paris. Dès 2008, nous lancerons un plan de couverture intégrale de la capitale et d'extension en Ile-de-France. Nous visons 450.000 lignes raccordables à fin 2010.

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Quelles sont les perspectives financières de CitéFibre ?
Nous avons une bonne visibilité sur le revenu. Avec un coût d'acquisition par client estimé à 1.000 euros, un ARPU d'environ 60 euros et un taux de pénétration immédiat de 20 %, le retour sur investissement est inférieur à 26 mois. Sur l'exercice 2006, la société devrait afficher un chiffre d'affaires d'environ un million d'euros et une perte nette de 4 millions d'euros. La rentabilité devrait être atteinte au quatrième trimestre 2008. Nous visons 80 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2010 et 200 millions en 2012, dont 35 % hors Paris.

 
 
Propos recueillis par Emilie LEVEQUE, JDN

PARCOURS
 
 
Dominique Lancrenon, 49 ans, a co-fondé CitéFibre en octobre 2004 avec Arnaud Desbains et Stéphane Goerlinger. Il occupe aujourd'hui le poste de président du directoire de CitéFibre

En 1990 il crée et dirige pendant 3 ans la filiale de BT Suisse à la suite du rachat de Mc Donnell Douglas Information Systems. Puis de 1993 à 1994, il dirige depuis Paris les opérations du service client de BT en Europe continentale.

En 1994, il fonde la filiale française de MFS Communications et obtient en 1995 la première licence en France pour déployer un réseau alternatif en fibre optique sur Paris. Il fusionne les équipes françaises de Worldcom puis de MCI et développe jusqu'en 2000 la société, qui devient un acteur majeur dans les services de télécommunications aux entreprises avec plus de 500 personnes.
De 2002 à 2004, il prend la responsabilité du compte France Télécom chez Nortel.

Et aussi Dominique Lancrenon est diplômé de l'ESME-Sudria.

   
 
 
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