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INTERVIEW
 
Directeur général adjoint des services du département
Conseil Général de l'Oise
Didier Loth
"Les appels d'offres publics dématérialisés sont encore marginaux"
Quels sont les "enjeux et les impacts liés à la dématérialisation des procédures d'achats publics" ? C'est sur ce thème que va plancher l'Association nationale des directeurs généraux et directeurs généraux adjoint des régions et départements (Andgdgard) à l'occasion de son colloque annuel mercredi 15 octobre à Paris. Actuellement, seules des collectivités locales pionnières, comme le Conseil général de l'Oise, ont pris le sujet en main. Mais, la majorité d'entre elles restent timorées, au risque d'être prises au dépourvu par les nouvelles directives européennes qui favorisent la dématérialisation des marchés publics. Didier Loth, directeur général adjoint des services du département de l'Oise et expert des marchés publics sur Internet, revient sur cette lame de fond qui concerne l'ensemble des services publics.
10 octobre 2003
 
          
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JDN. Le 1er janvier 2005, les collectivités locales devront accepter les réponses d'appels d'offres reçues par voie électronique. Seront-elles prêtes ?
Didier Loth. C'est une échéance symbolique destinée à mobiliser toutes les collectivités. Je crains que l'ensemble des collectivités locales ne seront pas vraiment au rendez-vous. Dans un document récent sur le marché intérieur de l'Union européenne, Bruxelles a reculé l'échéance en parlant de 2006, voire 2010.

La réforme actuelle du Code des marchés publics va-t-elle modifier le champ de la dématérialisation des marchés publics ?
Si l'on se réfère au projet de décret du mois de juin avec examen du Conseil d'Etat, le fameux article 56 qui concerne la dématérialisation reste en l'état. Donc, il ne semble pas y avoir de changements programmés. Le projet de directive européenne, contient une ouverture des enchères électroniques sur les marchés de travaux et de services. Dans l'état actuel du nouveau Code des marchés publics, on en reste aux marchés des fournitures. Par anticipation sur le texte préparé au niveau européen, on aurait pu imaginer que le droit national s'ouvre à un élargissement de l'utilisation des enchères qui sont utilisées pour tout type d'achats dans le secteur privé.

Le conseil général de l'Oise a été précurseur dans l'usage des enchères électroniques. Combien de sessions avez-vous organisées?
Nous en avons réalisé trois à ce jour : achat d'imprimantes en décembre 2000, qui représentait un marché inférieur à 700.000 francs, de fourniture de bureaux en appel d'offres restreint en 2002 puis de micro-ordinateurs en appels d'offres ouverts en 2003. Au total le volume d'achat est de 1,4 million d'euros ; avec en moyenne, sur les trois opérations d'enchères, des gains nets (déduction faite du coût d'usage de la plateforme et des prestations d'assistance à maîtrise d'ouvrage) de l'ordre de 20%.

Quels sont les principaux avantages que les collectivités peuvent tirer de l'usage de cet outil ?
Un retour sur investissement immédiat. Ceci dit, la réussite d'une enchère électronique n'est pas automatique : il faut mettre à plat les procédures d'achats en interne et monter un cahier des charges précis. Cela mène à une conduite plus professionelle en termes d'achats de la part des collectivités. A ce jour, il est plus facile de mettre en oeuvre une procédure d'enchères électroniques que d'appréhender la passation électronique de l'appel d'offres. Un sujet également couvert par l'article 56 mais qui est plus complexe.

A l'inverse, quels sont les principaux freins au développement de ce type de procédures électroniques ?
Il est difficile de parler au nom de toutes les collectivités compte tenu de leur diversité. Il y a une période nécessaire à l'appropriation de l'outil. Un récent rapport de la mission de l'économie numérique souligne qu'il manque une impulsion relativement forte sur la problématique générale de la dématérialisation et du recours aux nouvelles technologies pour les achats publics. C'est un constat par rapport aux pratiques observées dans d'autres pays européens, voire aux Etats-Unis.

Combien de collectivités font usage des enchères électroniques ?
C'est une pratique qui reste marginale. Il y a six mois, le nombre de collectivités se comptait sur les doigts d'une main. Maintenant, cela se compte sur les doigts des deux mains.

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Les ministères montrent-ils l'exemple de leur côté ?
Oui. Le ministère le plus avancé est celui de la Défense, avec les deux plates-formes électroniques dotées de procédures d'enchères électroniques de la Direction générale de l'Armement : Ixarm.com et Achats.défense.gouv.fr. Ensuite, dans l'ordre chronologique, c'est Bercy qui est en train de mettre en place son propre dispositif pour ses besoins internes.

Les entreprises sont-elles favorables aux systèmes des enchères électroniques pour les marchés publics ?
Elles manifestent une certaine méfiance vis-à-vis de ce type d'outils. Une réaction légitime puisqu'il s'agit de mettre les entreprises en concurrence afin de faire baisser les prix en introduisant la négociation, par ailleurs formellement interdite par le Code. Mais les enchères traînent une mauvaise réputation auprès des entreprises en raison de dérives parfois constatées dans l'usage qui en est fait par certains acheteurs privés. On observe des manquements à des règles déontologiques élémentaires, comme par exemple la poursuite des négociations en direct avec des fournisseurs après la fin de la session d'enchères. Dans le cadre du débat sur la future directive européenne, une réflexion est menée sur l'élaboration de règles de déontologie pour éviter ces dérives. Or les acheteurs publics par définition sont soumis à des règles déontologiques qui sont celles du code des marchés publics : liberté d'accés à la commande public, égalité de traitements des candidats, transparence des procédures.

Parallèlement aux enchères électroniques, quels sont les problèmes technologiques qui subsistent pour les procédures électroniques de passation de marchés publics ?
Essentiellement les dispositifs de signature électronique, qui ne sont pas encore totalement mâtures. Même si le ministère des Finances fait de gros efforts pour développer son usage via l'e-TVA ou la dématérialisation des procédures de facturation pour ses propres besoins. Sur ce point, il faut à la fois poursuivre les expérimentions mais aussi sans doute revoir le décret d'application.

Comment promouvoir l'usage de la signature électronique auprès des entreprises ?
Il existe déjà des certificats reconnus dans le cadre de déclarations fiscales. Dans le cadre d'expérimentation à grande échelle, on pourrait aussi opter pour la mise à disposition gratuite de certificats électroniques auprès des entreprises si cet aspect est considéré comme un frein. Là aussi, il faut prendre en compte la diversité du tissu économique : on rencontre davantage de problèmes de pénétrations avec les grandes entreprises, dans lesquels les pouvoirs décisionnels sont démultipliés. Ce qui nécessitent en conséquence l'obtention de plusieurs certificats. Pour les PME, c'est plus facile d'identifier les décisionnaires : en général, c'est le chef d'entreprise.

Estimez-vous que l'Agence pour le développement de l'administration électronique constitue une "initiative forte" du gouvernement ?
Oui. Mais la tâche de l'Adae est considérable. Par comparaison avec ce qui se passe dans d'autres pays européens en termes d'administration électronique, il me semble que la France figure à un rang relativement moyen même si on enregistre d'incontestables progrés. A ce sujet, je vous rappelle que, dès les années 80, nous avons connu le Comité interministériel pour l'informatique et la bureautique dans l'administration (CIIBA), puis ce fut la MITIC , puis l'ATICA. On ne parlait pas d'administration électronique mais il y une filiation entre l'informatique classique, d'ailleurs toujours présente dans le "back office" et les nouvelles technologies issues du Web.

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Que pensez-vous du lancement de la plate-forme AchatPublic.com, qui regroupe notamment Dexia, la CDC et France Télécom?
C'est une bonne initiative car ce type de projet nécessite un minimum de mutualisation des moyens.

Quel est votre site d'information favori sur l'administration électronique ?
Sincèrement, j'en ai plusieurs dans mes favoris. Je ne pourrais pas vous en citer un en particulier. J'avoue avoir une préférence pour certaines newsletters américaines très intéressantes sur le sujet, puisqu'il est généralement admis qu'il existe un décalage de quelques années entre nos deux pays dans l'usage des technologies.

Quel est votre site public favori ?
Les sites de l'Assemblée nationale et du Sénat, qui ont beaucoup évolué. J'apprécie la mise en ligne rapide des nouveaux textes de lois et des documents annexes liés aux débats parlementaires en cours.

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Quelle est la dernière démarche
e-administrative que vous avez réalisée ?
Remplir ma déclaration d'impôt en ligne pour la deuxième année consécutive. Il y a encore quelques règlages à effectuer mais c'est très pratique. Je fais partie des contribuables qui règlent ces formalités en dernière minute.

 
Propos recueillis par Philippe Guerrier

PARCOURS
 
Didier Loth, diplômé de Sciences-Po et de l'Ena, a commencé une carrière administrative dans le corp préfectoral entre 1979 et 1985. Puis, il rejoint la Mairie de Paris pour occuper des fonctions de chargé de mission à la direction du service informatique puis sous-directeur à la direction de l'architecture de la Mairie de Paris. Entre 1990 et 1996, il rejoint le secteur privé et devient directeur général d'une PME de services informatiques, puis d'un groupe de PME de prestations de services à l'industrie, filiale de la Générale des eaux. C'est en 1999 que Didier Loth a pris les fonctions de DGA des services au conseil général de l'Oise. Par ailleurs, cet expert es marchés publics sur Internet est conférencier et chargé de cours à l'université Paris 1 Panthéon à la Sorbonne.

   
 
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