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Philip Plaisance
PDG
WonderPhone |
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Philip Plaisance
"Il faut créer un modèle alternatif à la télévision sur mobile"
WonderPhone, start-up positionnée sur le contenu pour mobile, a demandé au CSA des fréquences pour expérimenter de la VOD et du podcasting sur mobile. Pour son PDG Philip Plaisance, qui a fait carrière dans l'audiovisuel, le portable est une occasion unique de libérer la création et de redonner le pouvoir aux utilisateurs.
(21/11/2005) |
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JDN. WonderPhone est sur le devant de la scène pour avoir demandé au CSA une licence lui permettant d'effectuer des tests sur une télévision mobile podcastée. Pouvez-vous d'abord nous présenter votre société ?
Philip Plaisance. WonderPhone existe depuis 2003. Nous sommes un agrégateur - producteur de contenus sur mobile et nous travaillons dans des domaines variés comme les jeux, la musique ou la vidéo. Nos intervenons sur toute la chaîne de valeur. Nous faisons du sourcing de programmes et de la production, du reformatage technique et éditorial, et nous pouvons aller jusqu’à la facturation pour les petits opérateurs téléphoniques qui figurent parmi nos clients. Nous réalisons un chiffre d’affaires annuel de 15 millions d’euros et travaillons avec 70 opérateurs dans environ 40 pays. En France, nous travaillons par exemple avec SFR et Orange. Nous vendons à peu près 2 millions de titres vidéo par an et gérons 35 chaînes de VOD. Pour le moment, nous sommes 70 dans la société et connaissons un fort développement.
Comment travaillez-vous pour la production de contenus ?
Nous collaborons avec 1.500 producteurs dans le monde entier. Et, quand nous ne trouvons pas ce qui nous convient, nous le produisons nous-mêmes, puisque nous travaillons avec des équipes très qualifiées dans chaque domaine, et nous disposons d’un grand studio de 1.000 m² et de moyens techniques. Nos studios tournent en permanence. En fait, nous avons la conviction que le mobile exige un contenu spécifique, qu’il est un quatrième écran, à côté du cinéma, de la télévision et de l’ordinateur. Et chaque écran a toujours eu besoin de contenus spécifiques. C’est d’ailleurs cette conviction qui est à l’origine de notre démarche auprès du CSA.
Pourquoi avoir déposé une demande de tests auprès du CSA, après les quatre expérimentations déjà autorisées pour la télévision en broadcasting ?
(voir le diaporama du JDN)
Notre demande est dans le droit fil de notre philosophie. On ne peut pas considérer le mobile comme un écran spécifique et le traiter comme un récepteur de télévision. On a l’impression qu’avec le broadcasting, on va se restreindre à la TV traditionnelle et linéaire sur le mobile, qu’on va rester à une technologie vieille de 50 ans. On n’évolue pas, alors qu’une nouvelle fenêtre s’ouvre sur le monde, que beaucoup de nouvelles créations et d'usages sont maintenant possibles. Il faut créer un modèle alternatif à la télévision sur mobile, se libérer des carcans de la programmation qui nous est imposée par les autres. On a tous une idée personnelle de ce qui est bon pour nous, de ce qu’on aime vraiment.
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Une prise de pouvoir face à des programmateurs animés par une logique d’audience instantanée." |
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Vous pensez que le broadcasting va à l’encontre de l’évolution des usages ?
Bien sûr, il n’y a qu’à voir le succès des blogs et du podcasting sur Internet. Aujourd’hui, les gens, et les jeunes en particulier, n’ont pas une consommation linéaire des médias. On est passé progressivement d’une diffusion "one-to-many" comme la télévision, à une consommation à la carte, façon juke-box. Les jeunes veulent faire leur programmation eux-mêmes. Recevoir des chaînes sur un portable, c’est bien, mais décider de ce que l’on veut voir ou écouter, c’est mieux. Je ne suis pas certain que tout le monde ait bien compris l’ampleur de ce mouvement. L’usage dominant n’est plus d’attraper des programmes à la volée, mais bien de regarder quelque chose "où je veux, quand je veux". Dans le cas précédent, on était en présence d’un flux autoritaire, programmé par d’autres, qui ne va pas du tout dans le sens de l’histoire. Un exemple : il faut savoir qu’il y a deux ans, la consommation média des 15 - 25 ans était consacrée à la télévision à 64 %. Aujourd’hui, ce temps est passé à 31 %. Dans le même temps, la consommation d’Internet est passée de 12 % à 24 % en un an seulement, soit une évolution inverse. C’est tout de même un signe caractéristique de la "prise en main" des médias par ceux qui les consomment. C'est une prise de pouvoir sur des programmes choisis face à des programmateurs animés par une logique d’audience instantanée.
La technologie est-elle prête pour ce genre d’usages ?
Oui, c’est même le propre du mobile d’être adapté à ces usages, nous nous appuyons sur une réalité technologique. Avec le téléphone portable, on dispose d’un outil de communication, qui peut recevoir mais aussi diffuser. De plus en plus, ils seront équipés de disques durs dont la taille ira croissante. Il est donc possible d’enregistrer un programme à tout moment, de le stocker et de le visionner quand on veut.
La référence devient donc, pour vous, ce qui se fait sur Internet et non ce qui se fait en télévision ?
Plusieurs choses existent en effet déjà sur le Web. Les flux RSS peuvent être adaptés au mobile, les blogs commencent déjà à l’être. Le peer-to-peer possède aussi un potentiel fantastique sur le mobile.
Mais, dans ce cas, qu’est-ce qui fait la spécificité du mobile ?
Tout simplement la mobilité, c’est-à-dire le fait de pouvoir visionner quelque chose n’importe où, n’importe quand. De plus, presque tous les nouveaux terminaux possèdent un appareil-photo, voire vidéo. L’utilisateur devient donc aussi diffuseur de contenu. On l’a vu récemment dans les médias. Au moment des attentats de Londres, ils ont diffusé des images prises avec des téléphones portables. C’est un outil extrêmement puissant et qui permet à chacun de créer, de diffuser, et aussi de mettre en scène sa propre histoire. Il faut exploiter ce potentiel.
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La technologie à la carte est plus économique en termes de spectre." |
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Souvent se pose la question de la rareté des fréquences dans le domaine de la mobilité. N’avez-vous pas peur, vous aussi, de vous heurter à ce problème ?
On m’a toujours dit que le spectre était une denrée rare, qu’il fallait l’économiser. Or, aujourd’hui, on donne des fréquences à des chaînes qui consomment énormément de spectre. La télévision via la 3G ou Edge est limitée à cause du réseau, mais la télévision par broadcasting sur la norme DVB-H, ce ne sont que 15 chaînes disponibles. Avec une technologie "Push-to-store", à la carte, on dispose d’une programmation 50, voire 100 fois supérieure, avec la plus grande vidéothèque que l’on puisse imaginer. Cette optimisation est beaucoup plus économique en terme de spectre.
Qu’attendez-vous, dès lors, d’une éventuelle expérimentation ?
Nous souhaitons tester des usages. Les quatre expérimentations qui ont lieu sur la télévision mobile sont toutes bâties sur le même modèle. Nous voulons expérimenter un modèle différent et faire de la France, enfin, un pays pionnier dans l’usage des nouvelles technologies.
Avec ce combat, n’avez-vous pas peur d’affronter les chaînes de télévision, qui sont en outre de puissants producteurs de contenus ? Avec qui pourriez-vous travailler dans ce cas ?
Tout d’abord, nous sommes ouverts à tous les producteurs, tous les créateurs, les chaînes ou les indépendants. Le projet d’expérimentation s’appelle d’ailleurs Epoc, ce qui signifie Expérimentation d’une Plate-forme Ouverte à la Création. Certes, les chaînes, grâce à leur puissance et leurs marques fortes, représenteront toujours une part importante de la consommation audiovisuelle. Nous voulons juste exprimer qu’il y a une place à côté des grilles toutes faites, de la création dominante "mainstream", de la recherche d’audience maximale. Cette logique conduit à exclure la création indépendante, qu’elle soit musicale, ciné ou télé. Or, nous constatons des phénomènes de plus en plus forts de fragmentation des goûts et des usages dans tous les domaines. C’est une volonté qui s’exprime dans la mode, la musique, la politique, le social networking. Cette logique communautaire va à l’encontre du modèle sur lequel reposent les grands médias traditionnels. Epoc, c’est un appel d’air pour tous les créateurs, dans le domaine de la musique, la BD, le cinéma, etc. Je ne vois pas ce modèle comme quelque chose de formaté pour un très grand public, mais plutôt comme la juxtaposition de dizaines de milliers de niches, ce que les Américains appellent "long tail", et qualifie de mon point de vue à merveille la révolution numérique. Prenez l’exemple de MySpace : chaque groupe ne regroupe parfois que quelques dizaines de personnes, mais celles-ci sont passionnées et fidèles. Mises bout à bout, ces niches constituent quelque chose d’extrêmement puissant.
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Il faudra trouver un modèle économique" |
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S’agirait-il pour vous d’un investissement important ?
Oui, ce genre d’expérimentation est lourd pour la start-up que nous sommes. Ce qui n’est pas grand-chose pour de grands groupes audiovisuels, des opérateurs ou des fabricants, est plus compliqué pour nous. Mais, d’un autre côté, c’est dans des petites organisations comme les nôtres que l'on trouve la rapidité et l’enthousiasme nécessaires à ce type d’engagement. Avant le business, il y a chez Wonderphone une conviction qui confine à la mission.
Y aura-t-il tout de même un modèle économique derrière ces usages ?
Pour l’instant, nous nous intéressons aux usages. Il faut tester si cela correspond bien à une attente de la part des utilisateurs, ce que je pense. Ensuite, oui, il y aura certainement un modèle derrière. Il faudra trouver un modèle gagnant-gagnant, qui satisfasse tous les acteurs. Prenez les vidéos proposées par iTunes. Steve Jobs se vante d’avoir vendu 20 millions de vidéos en trois semaines. Comme pour la musique, il a bien trouvé un modèle gagnant. Cela dit, n’oublions pas que la volonté pour les grands groupes de trouver des relais de croissance se heurtera assez vite à l’imaginaire dominant de l’internet : la gratuité. Il faudra développer des forfaits, de l’illimité. L’objet de cette expérimentation, Epoc, c'est aussi de comprendre vite.
Etes-vous confiant quant à l’attribution d’une fréquence pour ce test, alors qu’il a déjà été difficile de trouver des fréquences pour les quatre autres demandes ?
Oui, car nous sommes ouverts et conciliants et nous ne participons pas à un concours d’égo. Il existe par exemple des fréquences en province. Les Lyonnais, Lillois, Marseillais, Rennais seraient-ils plus bêtes que les Parisiens ? N’auraient-ils pas le droit, eux aussi, de faire partie d’une telle expérimentation ? Il reste par ailleurs des fréquences à Paris. Je souhaite travailler dans la meilleure intelligence avec les gens du CSA, par exemple, qui sont compétents sur ces sujets et qui ont compris le signal fort de cette démarche auprès du monde de la création. Nous pensons que la diversité de choix doit accompagner le développement des nouvelles technologies, sinon à quoi ça sert tout ça ? Il en a toujours été ainsi, il paraît que c’est le sens de l’histoire.
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Propos recueillis par Nicolas RAULINE, JDN |
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PARCOURS
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Philip Plaisance est le PDG de Wonderphone, qu'il a fondée en 2003.
Dans les années 1990, Philip Plaisance a créé et dirigé plusieurs chaînes de télévision (dont 18 chaînes de télé-achat dans 18 pays) ainsi que des sociétés de production audiovisuelle en Europe, en Asie et au Moyen-Orient.
Avant de céder son groupe en 1996, celui-ci employait 1.500 personnes pour un chiffre d'affaires d'environ 100 millions de dollars annuel.
Parmi les sociétés du groupe figuraient notamment l’agence de presse Sygma, spécialisée dans les contenus people (photo et TV), cédée à Corbis (Bill Gates), Plaisance Films, société de production d’émissions de divertissement et de reality-shows, cédée à Pathé Télévision, Plaisance télé-achat, groupe européen de chaînes de télé-achat, vendues ensuite à différents groupes, dont France Télécom, Alcatel ou SSR.
Depuis la cession de son groupe, Philip Plaisance a investi dans plusieurs sociétés. Il a aussi mené des missions de conseil, au titre desquelles il a notamment conseillé Vivendi Universal sur plusieurs projets, dont l’achat de sociétés dans les divertissements, ainsi que SFR (du groupe Vodafone) sur les services futurs.
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