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JDNet.
D'où est venue l'idée de MP3.com ?
Michael Robertson. J'ai découvert le format MP3 en 1997
et cela m'a tout de suite excité. Assez rapidement, avec un
de mes amis, nous nous sommes rendus compte qu'il était difficile
de trouver des fichiers MP3 sur le Web et nous avons eu l'idée
de créer un annuaire. Quand il a fallu trouver le nom, je
me suis demandé quel était le nom le plus simple pour un tel
site et j'ai découvert que MP3.com n'avait pas été enregistré.
Depuis, le site a grossi et contient plus de 600.000 morceaux
proposés par plus de 90.000 artistes. Mais aujourd'hui, MP3.com
est avant tout un système et une technologie de distribution
de musique en ligne.
Quelle
est la situation financière de MP3.com ?
Nous sommes une société cotée, donc toutes ces données sont
publiques. Nous avons réalisé un chiffre d'affaires trimestriel
de 20 millions de dollars et enregistré un résultat d'exploitation
négatif de 4 millions de dollars. Nous prévoyons d'être rentables
très bientôt.
Gardez-vous
constamment un oeil sur votre cours de Bourse ? [NDLR
: après avoir frolé les 60 dollars en novembre 1999, l'action
MP3.com est aujourd'hui sous les 10 dollars. Conséquence,
la fortune virtuelle de Michael Robertson, qui détient
30,8% du capital de MP3.com, a fondu de 1,4 milliard de dollars
selon le dernier classement du magazine Forbes - Lire l'article
du JDNet du 25/09/00].
Non, ça m'empêcherait de travailler et je deviendrais fou,
vu les mouvements des marchés aujourd'hui. Je surveille mon
action mais cette société sera jugée sur son succès à long
terme, pas sur des étapes. Au début, quand vous entrez en
Bourse, c'est assez amusant de jeter un oeil sur votre ticker
régulièrement. Mais on s'en fatigue vite et il faut revenir
au vrai business.
Parmi tous
les services que vous avez lancés, MyMP3 est le plus connu.
Pourquoi avez-vous décidé de le créer ?
MyMP3 est un des composants de ce que nous appelons Music
Service Provider. C'est une des clés de notre stratégie. Aujourd'hui,
la musique n'est plus seulement un produit mais un service.
Dans votre compte MyMP3, vous avez de la musique gratuite,
comme les 600.000 chansons gratuites que nous avons sur MP3.com,
celle provenant de vos CD personnels, que vous avez enregistrés
dans votre bibliothèque MyMP3 [NDLR : c'est ce composant qui
est à l'origine de l'action en justice d'Universal], et cela
peut aussi être une chaîne sur abonnement (MP3.com en propose
deux actuellement, musique classique et chansons pour enfants,
pour 9,99 dollars par mois). Toute cette musique, vous pouvez
ou pourrez y accéder depuis n'importe quel appareil connecté
à l'Internet : votre PC évidemment, mais aussi un téléphone
portable, un Palm ou votre voiture, qui sait ? Nous pensons
que c'est la clé du développment du marché de la musique.
Actuellement, celui-ci n'a qu'une source de revenus : la vente
de CD. Nous pensons que la croissance viendra des moyens de
distribution complémentaires, qui permettront à l'industrie
de la musique de développer son chiffre d'affaires, actuellement
de 40 milliards de dollars, jusqu'à 100 milliards.
Quand vous ouvrez un compte
MyMP3, il n'y a pas de musique, c'est à vous d'y mettre la
votre. Ce système est très sécurisé, chaque
compte est protégé par un mot de passe et il est impossible
d'utiliser un même compte à plusieurs. Et cette musique, vous
pouvez l'écouter, mais pas la télécharger. C'est pourquoi
nous sommes très déçus d'être embarqué dans un procés
alors que nous avons tout fait pour respecter les droits d'auteur.
Quelle
est votre position sur le procès qui vous oppose à Universal
?
Je le répète, tout
ce que fait notre technologie, c'est de permettre aux consommateurs
d'écouter leurs propres CD. Ils ne partagent pas des fichiers
MP3 et ils doivent prouver qu'ils ont payé cette musique.
Cela parle pour soi. Nous ne donnons pas aux gens l'accès
à une musique qu'ils n'ont pas payée, au contraire, nous favorisons
la vente de la musique et nous créons de nouvelles sources
de revenus pour l'industrie de la musique en reversant des
droits. C'est triste que tout cela ait fini en bataille judiciaire.
Vous n'avez
donc pas l'impression d'être en tort ?
Non. Je rappelle que nous étions poursuivis par cinq labels
et que nous avons négocié un accord de licence avec quatre
d'entre eux [NDLR : Sony, Warner, EMI et BMG, qui ont signé
pour environ 20 millions de dollars]. Le fait que nous ayons
réussi à faire accepter cette technologie par quatre majors
est significatif.
Mais pourquoi
n'avez-vous pas réussi à convaincre Universal ?
Je ne connais pas la réponse à cette question. Mais ce que
je peux vous dire, c'est que nous avons proposé le même contrat
à toutes les majors et visiblement, nous n'avons pas réussi
à convaincre Universal. Je ne peux pas en dire plus sur ce
sujet, car il y a une clause de confidentialité dans les contrats
signés avec nos partenaires.
Nous sommes au milieu du processus légal, rien n'est terminé.
Nous avons la possibilité de faire appel jusqu'à novembre
mais j'espère que nous parviendrons à un accord avant.
Universal
a annoncé sa fusion avec Vivendi. Cela peut-il changer quelque
chose ? Avez-vous rencontré des responsables de Vivendi ?
Non, pas encore, mais d'après ce que j'ai lu, M. Messier est
quelqu'un de très ouvert. Il a un projet pour Vivendi
et il ne me semble pas très différent de ce que nous pensons,
notamment sur le muti-accès. Nous apportons est la technologie
pour faire tout ça, nous apportons les infrastructures nécessaires
et ce n'est pas rien. Actuellement, nous distribuons plus
de musique que tous les autres sociétés de musique numérique
dans le monde. Notre leadership est établi et un partenariat
est possible.
Pensez-vous
que l'industrie de la musique aborde le dossier de la musique
en ligne de la bonne façon ?
Non. Je pense qu'il est très dangereux de se méfier de toutes
les nouvelles technologies et c'est un peu ce qu'ils font.
Ils combattent toutes les nouvelles technologies et cela crée
un vide, alors qu'il y a un tel désir de la part des consommateurs.
Ceux-ci veulent de la musique numérique mais il n'y a pas
d'offres, pas de solutions légales, alors ils se rabattent
sur Napster et les autres solutions illégales. La meilleure
façon de combattre le piratage est de soutenir les technologies
responsables, celles qui sont bonnes pour l'industrie et les
consommateurs. Mais ce n'est pas ce qui se passe aujourd'hui.
Vous avez
beaucoup critiqué Napster. Pourquoi ?
J'ai juste dit que Napster était formidable pour le
consommateur mais absolument terrible pour les détenteurs
de droits, car ils ne sont pas payés. Il n'y aucun moyen pour
eux de gagner de l'argent avec Napster. Je pense qu'il faut
un équilibre. Tout ce que nous faisons, c'est d'essayer de
garder cet équilibre.
Le succès
de Napster vous rend-il envieux?
Si je donnais toute ma musique gratuitement, moi aussi, j'aurais
beaucoup de succès…
Vous l'avez
téléchargé?
Bien sûr, pour l'essayer.
Vous êtes
venus en Europe pour rencontrer les investisseurs. Que vouliez-vous
leur dire?
Nous voulions leur donner des nouvelles de la société. La
dernière fois que je suis venu en Europe, c'était il y a quinze
mois pour notre road-show avant l'introduction, et depuis,
beaucoup de choses ont changé sur l'Internet! Donc, je voulais
leur expliquer où nous allions et aussi aborder les problèmes
juridiques. Il y a beaucoup de confusion sur ce que nous faisons,
on nous a plus ou moins assimilés à Napster. Les gens ne retiennent
qu'une chose : "c'est de la musique sur Internet et ils sont
attaqués en justice". Nous voulions faire comprendre aux gens
ce qu'est notre job et en quoi c'est une bonne chose pour
l'industrie de la musique.
Et ils
vous ont compris ?
Je crois que la
réception a été phénoménale. Ils ont appris beaucoup de choses
sur MP3.com. Une des principales questions des investisseurs,
bien sûr, c'est "quel est votre business model ? Comment allez-vous
gagner de l'argent ?" Notre business model, c'est la publicité,
les abonnements à nos chaînes et les services BtoB que nous
développons. Nous avons notamment lancé le Retail Music Program,
un produit destiné aux hôtels, aux restaurants ou aux chaînes
de magasins. Nous installons un ordinateur chez eux et ils
gèrent leur musique depuis une page Web. Ils peuvent même
passer de la publicité au cours du programme. A la fin de
ce mois, nous serons présents dans une centaine d'endroits
aux Etats-Unis.
Vous voulez
aussi proposer des programmes aux radios...
Nous avons un incroyable
nombre de morceaux sur MP3.com. Nous en faisons des programmes
hebdomadaires dans chaque style et nous les distribuons à
des stations de radio locales. Tout cela signifie qu'au-delà
de la publicité, nous avons des services qui peuvent gagner
de l'argent. Et le plus important, c'est que tous les services
utilisent la même infrastucture technique.
Vous allez
lancer en octobre des versions françaises, allemandes et espagnoles
de MP3.com. Quel est votre objectif?
Sur les 90.000 artistes présents sur MP3.com, 70.000 sont
européens. Mais nous ne les présentons pas assez bien. Et
sur les 600.000 visiteurs que nous recevons chaque jour, plus
de 100.000 viennnent d'Europe. Donc nous pensons qu'il est
temps d'investir dans des sites distincts qui doivent être
complets sur les musiques locales, et proposer nos services
dans la langue du visiteur. En France, cela s'appellera Francais.mp3.com.
Vous savez
qu'il existe un site MP3.fr…
Bien sûr. J'étais dessus la nuit dernière. Cela semblait être
un bon site.
Avez-vous
discuté avec eux d'un éventuel partenariat?
Non. Les partenariats que nous recherchons sont plus technologiques
(appareils, fournisseurs d'accès) que dans les contenus. C'est
d'ailleurs une des raisons pour lesquelles je suis en Europe,
pour présenter nos projets et trouver d'éventuels partenaires.
Et que
pensez-vous trouver en Europe que vous n'avez pas aux Etats-Unis
?
Les technologies d'accés et les technologies sans fil. Nous
pensons que ce sont les clés pour le futur de Music Service
Provider.
L'un de
vos actionnaires est le groupe Arnault, qui détient environ
4% de MP3.com. Il est lui-même très présent sur l'Internet.
Envisagez-vous de développer des intiatives avec son groupe
?
Nous étudions les
possibilités. M. Arnault est un bon actionnaire, et dans notre
expansion européenne, il sera un bon conseiller, si ce n'est
un partenaire.
Quand vous
avez créé MP3.com, vous aviez déjà tous ces projets en tête
?
Non, beaucoup sont venus au fur et à mesure. Vous savez, je
lis tous mes e-mails et surtout les avis des utilisateurs.
Un jour, j'ai eu un mail d'un type qui m'a dit qu'il y avait
de belles opportunités dans la vente de musique aux sociétés.
Je n'y avais jamais pensé donc je lui ai proposé de venir
me voir à mon bureau. Il est aujourd'hui à la tête du département
Retail…
Vous recvez
combien d'e-mails par jour ?
Environ 200 par jour.
Et c'est
là que vous trouvez les meilleures idées ?
Parfois oui. J'en ai eu quelques unes aussi !
Quelle
est la prochaine grande étape pour MP3.com ?
Nos versions internationales et l'acquisition des licences
pour opérer MyMP3 au niveau international. Nous avons ouvert
des bureaux à Londres et nos équipes de San Diego fourniront
les infrastructures techniques. Nous aurons plus tard des
équipes dans les pays où nous comptons nous développer.
Si c'était
à refaire, qu'est-ce que vous feriez différemment?
Je crois que je consacrerais plus de temps à essayer de faire
comprendre à l'industrie pourquoi la technologie que nous
avons construite est intéressante pour elle...
Que pensez-vous
de la situation actuelle de l'Internet, du ralentissement
que l'on évoque ?
Au niveau des start-up, il y a un changement réel. Avant n'importe
qui pouvait trouver des fonds pour démarrer une activité,
mais c'est fini et c'est salutaire. Il vaut mieux que l'industrie
arrête de parier sur n'importe quel projet et investisse plus
sagement en attendant que des leaders émergent, comme MP3.com
l'a fait.
Vous pensez
que tout est allé trop vite ?
Ce sont des cycles naturels. Expansion, puis contraction,
expansion, puis contraction, etc. Mais je suis très optimiste.
Il y a d'incroyables opportunités sur l'Internet et c'est
un endroit parfait pour les investisseurs.
Vous avez
des projets personnels ?
(rires) Mon emploi du temps
est suffisament chargé pour le moment, avec la musique numérique
et MP3.com.
Vous écoutez
de la musique ?
Oui, tout le temps, surtout sur mon PC. J'aime la musique
des années 80, le funk, Michael Jackson. Comme je vieillis,
je m'interesse de plus en plus au jazz et à la pop music.
Et ma femme me fait écouter de la country, donc je suis plutôt
éclectique.
Combien
de temps passez-vous chaque jour sur le Web ?
En moyenne quatre
à cinq heures par jour.
Quels sont
vos sites Web préférés, à part le votre ?
Theonion.com,
un merveilleux site satitique. Dès que la pression monte,
je vais là et je me marre bien.
Vous achetez
sur l'Internet ?
Oui , de la nourriture, des livres, de la musique, des meubles,
car je viens d'acheter une nouvelle maison. C'est d'ailleurs
un peu effrayant d'acheter des meubles sur l'Internet, vous
ne pouvez pas les toucher, sauter sur le lit pour le tester...
J'achète aussi des jouets pour mes deux enfants.
Qu'aimez-vous
sur l'Internet ?
Le plus excitant, ce sont les nouveaux logiciels, les nouvelles
technologies, les sites innovants. Par exemple, je vous recommande
d'aller sur Spun.com,
un site unique qui vend des CD d'occasion. Chez eux, le prix
des CD fluctue en même temps que leurs stocks. C'est comme
la Bourse. Plus leurs stocks sont élevés, plus les prix sont
bas. Plus la demande augmente, plus le prix est élevé. Des
trucs comme ça m'intriguent toujours.
Est qu'est-ce
vous n'aimez pas ?
Le manque de fiabilité. Il y a beaucoup de progrès çà faire
de ce coté-là. Je deviens fou quand la connexion est lente.
Je suis un homme très impatient.
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