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INTERVIEW
 
PDG-Fondateur
MP3.com
Michael Robertson
"Titre"
Dans le grand remue-ménage qui secoue la musique en ligne, MP3.com est l'un des noms les plus cités. Le site musical fait l'objet d'un procès intenté par Universal, qui l'accuse de violation des droits d'auteurs via son service MyMP3, qui permet notamment aux internautes d'écouter de la musique via une bibiothèque de CD. MP3.com a été reconnu coupable par les juges et risque une amende pouvant s'élever à 250 millions de dollars, ce qui signifierait la mort immédiate de la société. Son PDG, Michael Robertson, vient d'effectuer une visite en Europe au cours de laquelle il a notamment rencontré des investisseurs qu'il s'est efforcé de rassurer. De passage à Paris, après un saut à Londres et avant un autre à Manchester, il a expliqué sa position au Journal du Net et tracé sa vision du futur de MP3.com et de la musique en ligne. 22 septembre 2000
 
          

JDNet. D'où est venue l'idée de MP3.com ?
Michael Robertson.
J'ai découvert le format MP3 en 1997 et cela m'a tout de suite excité. Assez rapidement, avec un de mes amis, nous nous sommes rendus compte qu'il était difficile de trouver des fichiers MP3 sur le Web et nous avons eu l'idée de créer un annuaire. Quand il a fallu trouver le nom, je me suis demandé quel était le nom le plus simple pour un tel site et j'ai découvert que MP3.com n'avait pas été enregistré. Depuis, le site a grossi et contient plus de 600.000 morceaux proposés par plus de 90.000 artistes. Mais aujourd'hui, MP3.com est avant tout un système et une technologie de distribution de musique en ligne.

Quelle est la situation financière de MP3.com ?

Nous sommes une société cotée, donc toutes ces données sont publiques. Nous avons réalisé un chiffre d'affaires trimestriel de 20 millions de dollars et enregistré un résultat d'exploitation négatif de 4 millions de dollars. Nous prévoyons d'être rentables très bientôt.

Gardez-vous constamment un oeil sur votre cours de Bourse ? [NDLR : après avoir frolé les 60 dollars en novembre 1999, l'action MP3.com est aujourd'hui sous les 10 dollars. Conséquence, la fortune virtuelle de Michael Robertson, qui détient 30,8% du capital de MP3.com, a fondu de 1,4 milliard de dollars selon le dernier classement du magazine Forbes - Lire l'article du JDNet du 25/09/00].
Non, ça m'empêcherait de travailler et je deviendrais fou, vu les mouvements des marchés aujourd'hui. Je surveille mon action mais cette société sera jugée sur son succès à long terme, pas sur des étapes. Au début, quand vous entrez en Bourse, c'est assez amusant de jeter un oeil sur votre ticker régulièrement. Mais on s'en fatigue vite et il faut revenir au vrai business.

Parmi tous les services que vous avez lancés, MyMP3 est le plus connu. Pourquoi avez-vous décidé de le créer ?
MyMP3 est un des composants de ce que nous appelons Music Service Provider. C'est une des clés de notre stratégie. Aujourd'hui, la musique n'est plus seulement un produit mais un service. Dans votre compte MyMP3, vous avez de la musique gratuite, comme les 600.000 chansons gratuites que nous avons sur MP3.com, celle provenant de vos CD personnels, que vous avez enregistrés dans votre bibliothèque MyMP3 [NDLR : c'est ce composant qui est à l'origine de l'action en justice d'Universal], et cela peut aussi être une chaîne sur abonnement (MP3.com en propose deux actuellement, musique classique et chansons pour enfants, pour 9,99 dollars par mois). Toute cette musique, vous pouvez ou pourrez y accéder depuis n'importe quel appareil connecté à l'Internet : votre PC évidemment, mais aussi un téléphone portable, un Palm ou votre voiture, qui sait ? Nous pensons que c'est la clé du développment du marché de la musique. Actuellement, celui-ci n'a qu'une source de revenus : la vente de CD. Nous pensons que la croissance viendra des moyens de distribution complémentaires, qui permettront à l'industrie de la musique de développer son chiffre d'affaires, actuellement de 40 milliards de dollars, jusqu'à 100 milliards.
Quand vous ouvrez un compte MyMP3, il n'y a pas de musique, c'est à vous d'y mettre la votre. Ce système est très sécurisé, chaque compte est protégé par un mot de passe et il est impossible d'utiliser un même compte à plusieurs. Et cette musique, vous pouvez l'écouter, mais pas la télécharger. C'est pourquoi nous sommes très déçus d'être embarqué dans un procés alors que nous avons tout fait pour respecter les droits d'auteur.

Quelle est votre position sur le procès qui vous oppose à Universal ?
Je le répète, tout ce que fait notre technologie, c'est de permettre aux consommateurs d'écouter leurs propres CD. Ils ne partagent pas des fichiers MP3 et ils doivent prouver qu'ils ont payé cette musique. Cela parle pour soi. Nous ne donnons pas aux gens l'accès à une musique qu'ils n'ont pas payée, au contraire, nous favorisons la vente de la musique et nous créons de nouvelles sources de revenus pour l'industrie de la musique en reversant des droits. C'est triste que tout cela ait fini en bataille judiciaire.

Vous n'avez donc pas l'impression d'être en tort ?
Non. Je rappelle que nous étions poursuivis par cinq labels et que nous avons négocié un accord de licence avec quatre d'entre eux [NDLR : Sony, Warner, EMI et BMG, qui ont signé pour environ 20 millions de dollars]. Le fait que nous ayons réussi à faire accepter cette technologie par quatre majors est significatif.

Mais pourquoi n'avez-vous pas réussi à convaincre Universal ?
Je ne connais pas la réponse à cette question. Mais ce que je peux vous dire, c'est que nous avons proposé le même contrat à toutes les majors et visiblement, nous n'avons pas réussi à convaincre Universal. Je ne peux pas en dire plus sur ce sujet, car il y a une clause de confidentialité dans les contrats signés avec nos partenaires. Nous sommes au milieu du processus légal, rien n'est terminé. Nous avons la possibilité de faire appel jusqu'à novembre mais j'espère que nous parviendrons à un accord avant.

Universal a annoncé sa fusion avec Vivendi. Cela peut-il changer quelque chose ? Avez-vous rencontré des responsables de Vivendi ?
Non, pas encore, mais d'après ce que j'ai lu, M. Messier est quelqu'un de très ouvert. Il a un projet pour Vivendi et il ne me semble pas très différent de ce que nous pensons, notamment sur le muti-accès. Nous apportons est la technologie pour faire tout ça, nous apportons les infrastructures nécessaires et ce n'est pas rien. Actuellement, nous distribuons plus de musique que tous les autres sociétés de musique numérique dans le monde. Notre leadership est établi et un partenariat est possible.

Pensez-vous que l'industrie de la musique aborde le dossier de la musique en ligne de la bonne façon ?
Non. Je pense qu'il est très dangereux de se méfier de toutes les nouvelles technologies et c'est un peu ce qu'ils font. Ils combattent toutes les nouvelles technologies et cela crée un vide, alors qu'il y a un tel désir de la part des consommateurs. Ceux-ci veulent de la musique numérique mais il n'y a pas d'offres, pas de solutions légales, alors ils se rabattent sur Napster et les autres solutions illégales. La meilleure façon de combattre le piratage est de soutenir les technologies responsables, celles qui sont bonnes pour l'industrie et les consommateurs. Mais ce n'est pas ce qui se passe aujourd'hui.

Vous avez beaucoup critiqué Napster. Pourquoi ?
J'ai juste dit que Napster était formidable pour le consommateur mais absolument terrible pour les détenteurs de droits, car ils ne sont pas payés. Il n'y aucun moyen pour eux de gagner de l'argent avec Napster. Je pense qu'il faut un équilibre. Tout ce que nous faisons, c'est d'essayer de garder cet équilibre.

Le succès de Napster vous rend-il envieux?
Si je donnais toute ma musique gratuitement, moi aussi, j'aurais beaucoup de succès…

Vous l'avez téléchargé?
Bien sûr, pour l'essayer.

Vous êtes venus en Europe pour rencontrer les investisseurs. Que vouliez-vous leur dire?
Nous voulions leur donner des nouvelles de la société. La dernière fois que je suis venu en Europe, c'était il y a quinze mois pour notre road-show avant l'introduction, et depuis, beaucoup de choses ont changé sur l'Internet! Donc, je voulais leur expliquer où nous allions et aussi aborder les problèmes juridiques. Il y a beaucoup de confusion sur ce que nous faisons, on nous a plus ou moins assimilés à Napster. Les gens ne retiennent qu'une chose : "c'est de la musique sur Internet et ils sont attaqués en justice". Nous voulions faire comprendre aux gens ce qu'est notre job et en quoi c'est une bonne chose pour l'industrie de la musique.

Et ils vous ont compris ?
Je crois que la réception a été phénoménale. Ils ont appris beaucoup de choses sur MP3.com. Une des principales questions des investisseurs, bien sûr, c'est "quel est votre business model ? Comment allez-vous gagner de l'argent ?" Notre business model, c'est la publicité, les abonnements à nos chaînes et les services BtoB que nous développons. Nous avons notamment lancé le Retail Music Program, un produit destiné aux hôtels, aux restaurants ou aux chaînes de magasins. Nous installons un ordinateur chez eux et ils gèrent leur musique depuis une page Web. Ils peuvent même passer de la publicité au cours du programme. A la fin de ce mois, nous serons présents dans une centaine d'endroits aux Etats-Unis.

Vous voulez aussi proposer des programmes aux radios...
Nous avons un incroyable nombre de morceaux sur MP3.com. Nous en faisons des programmes hebdomadaires dans chaque style et nous les distribuons à des stations de radio locales. Tout cela signifie qu'au-delà de la publicité, nous avons des services qui peuvent gagner de l'argent. Et le plus important, c'est que tous les services utilisent la même infrastucture technique.

Vous allez lancer en octobre des versions françaises, allemandes et espagnoles de MP3.com. Quel est votre objectif?
Sur les 90.000 artistes présents sur MP3.com, 70.000 sont européens. Mais nous ne les présentons pas assez bien. Et sur les 600.000 visiteurs que nous recevons chaque jour, plus de 100.000 viennnent d'Europe. Donc nous pensons qu'il est temps d'investir dans des sites distincts qui doivent être complets sur les musiques locales, et proposer nos services dans la langue du visiteur. En France, cela s'appellera Francais.mp3.com.

Vous savez qu'il existe un site MP3.fr…
Bien sûr. J'étais dessus la nuit dernière. Cela semblait être un bon site.

Avez-vous discuté avec eux d'un éventuel partenariat?
Non. Les partenariats que nous recherchons sont plus technologiques (appareils, fournisseurs d'accès) que dans les contenus. C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles je suis en Europe, pour présenter nos projets et trouver d'éventuels partenaires.

Et que pensez-vous trouver en Europe que vous n'avez pas aux Etats-Unis ?
Les technologies d'accés et les technologies sans fil. Nous pensons que ce sont les clés pour le futur de Music Service Provider.

L'un de vos actionnaires est le groupe Arnault, qui détient environ 4% de MP3.com. Il est lui-même très présent sur l'Internet. Envisagez-vous de développer des intiatives avec son groupe ?
Nous étudions les possibilités. M. Arnault est un bon actionnaire, et dans notre expansion européenne, il sera un bon conseiller, si ce n'est un partenaire.

Quand vous avez créé MP3.com, vous aviez déjà tous ces projets en tête ?
Non, beaucoup sont venus au fur et à mesure. Vous savez, je lis tous mes e-mails et surtout les avis des utilisateurs. Un jour, j'ai eu un mail d'un type qui m'a dit qu'il y avait de belles opportunités dans la vente de musique aux sociétés. Je n'y avais jamais pensé donc je lui ai proposé de venir me voir à mon bureau. Il est aujourd'hui à la tête du département Retail…

Vous recvez combien d'e-mails par jour ?
Environ 200 par jour.

Et c'est là que vous trouvez les meilleures idées ? Parfois oui. J'en ai eu quelques unes aussi !

Quelle est la prochaine grande étape pour MP3.com ?
Nos versions internationales et l'acquisition des licences pour opérer MyMP3 au niveau international. Nous avons ouvert des bureaux à Londres et nos équipes de San Diego fourniront les infrastructures techniques. Nous aurons plus tard des équipes dans les pays où nous comptons nous développer.

Si c'était à refaire, qu'est-ce que vous feriez différemment?
Je crois que je consacrerais plus de temps à essayer de faire comprendre à l'industrie pourquoi la technologie que nous avons construite est intéressante pour elle...

Que pensez-vous de la situation actuelle de l'Internet, du ralentissement que l'on évoque ?
Au niveau des start-up, il y a un changement réel. Avant n'importe qui pouvait trouver des fonds pour démarrer une activité, mais c'est fini et c'est salutaire. Il vaut mieux que l'industrie arrête de parier sur n'importe quel projet et investisse plus sagement en attendant que des leaders émergent, comme MP3.com l'a fait.

Vous pensez que tout est allé trop vite ?
Ce sont des cycles naturels. Expansion, puis contraction, expansion, puis contraction, etc. Mais je suis très optimiste. Il y a d'incroyables opportunités sur l'Internet et c'est un endroit parfait pour les investisseurs.

Vous avez des projets personnels ?
(rires) Mon emploi du temps est suffisament chargé pour le moment, avec la musique numérique et MP3.com.

Vous écoutez de la musique ?
Oui, tout le temps, surtout sur mon PC. J'aime la musique des années 80, le funk, Michael Jackson. Comme je vieillis, je m'interesse de plus en plus au jazz et à la pop music. Et ma femme me fait écouter de la country, donc je suis plutôt éclectique.

Combien de temps passez-vous chaque jour sur le Web ?
En moyenne quatre à cinq heures par jour.

Quels sont vos sites Web préférés, à part le votre ?
Theonion.com, un merveilleux site satitique. Dès que la pression monte, je vais là et je me marre bien.

Vous achetez sur l'Internet ?
Oui , de la nourriture, des livres, de la musique, des meubles, car je viens d'acheter une nouvelle maison. C'est d'ailleurs un peu effrayant d'acheter des meubles sur l'Internet, vous ne pouvez pas les toucher, sauter sur le lit pour le tester... J'achète aussi des jouets pour mes deux enfants.

Qu'aimez-vous sur l'Internet ?
Le plus excitant, ce sont les nouveaux logiciels, les nouvelles technologies, les sites innovants. Par exemple, je vous recommande d'aller sur Spun.com, un site unique qui vend des CD d'occasion. Chez eux, le prix des CD fluctue en même temps que leurs stocks. C'est comme la Bourse. Plus leurs stocks sont élevés, plus les prix sont bas. Plus la demande augmente, plus le prix est élevé. Des trucs comme ça m'intriguent toujours.

Est qu'est-ce vous n'aimez pas ?
Le manque de fiabilité. Il y a beaucoup de progrès çà faire de ce coté-là. Je deviens fou quand la connexion est lente. Je suis un homme très impatient.

 
Propos recueillis par François Bourboulon

PARCOURS
 

Michael L. Robertson, 33 ans, est diplômé de l'Université de San Diego. Il a fondé MP3.com en mars 1998. Auparavant, il était PDG de Media Minds Inc., un éditeur de logiciels de photos numériques.


   
 
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