INTERVIEW 
 
Régis Saleur
Partner
Galileo Partners
Régis Saleur
"2005 sera Internet pour les fonds de capital-risque"
Régis Saleur, associé du fonds de capital-risque Galileo Partners, analyse le marché Internet, tant sur le plan du financement que des nouvelles tendances qui se dessinent.
(19/01/2005)
 
Galileo Partners, société de gestion de fonds de capital-risque né en 1989, gère quatre fonds et compte une vingtaine de participations actives en portefeuille. Galileo Partners fait partie des fonds qui ont particulièrement investi sur Internet. Ils ont notamment eu des participation dans Alapage (désormais filiale de Wanadoo/France Télécom), AuFéminin (introduite en bourse) ou encore FranceMP3 (fusionné avec Vitaminic). Aujourd'hui, Galileo Partners est encore présent dans le capital de RueduCommerce, Meilleurtaux.com, Poliris (SeLoger.com) et LeGuide.com.

JDN.
Quel bilan tirez-vous de l'évolution des sociétés Internet en 2004 ?

  En savoir plus
 Régis Saleur
 Galileo Partner
Dossier Le capital-risque IT
Régis Saleur. Aujourd'hui, le monde Internet se divise en deux. D'un côté, les acteurs qui ont réussi à être des dominants et ont connu une forte croissance quand, de leur côté, leurs concurrents ont fusionné, stagné ou sont morts. Ces dominants ont pleinement profité de l'explosion du haut débit, qui a surtout amené la connexion permanente à domicile qui donne une notion d'immédiateté. Le haut débit a généré une explosion du trafic et donc une évolution de la familiarité du grand public avec l'achat en ligne, l'utilisation de services et la recherche d'information. A cela s'ajoute la maîtrise de la problématique d'achat par les sites marchands. Il ne faut pas oublier que les entrepreneurs qui ont fondé les sites marchands ne sont généralement pas issus de la grande distribution, il leur a donc fallu un laps de temps pour maîtriser le processus de vente, jusqu'à la livraison.

Cela signifie que 2004 a permis de franchir un vrai cap dans le développement du Web ?
Oui. L'année passée, les dominants ont nettement franchi le seuil de la rentabilité avec des taux de rentabilité très impressionnants, pouvant atteindre 15 %, voire 25 % pour les meilleurs. Sur Internet, il faut investir pour asseoir sa marque et créer du trafic mais, une fois que c'est fait, la rentabilié est au rendez-vous, en raison des faibles coûts structurels. 2004 n'est donc pas juste un regain d'intérêt pour Internet, c'est un vrai phénomène de fond.

Qu'en a-t-il été de l'activité des fonds de capital risque l'année passée ?
L'activité des fonds n'est pas une mesure de la santé du marché du capital-risque. Le vrai critère, c'est le nombre de sorties. Et dans ce domaine, ce n'était pas mirifique en 2004. Nous espérons que l'année à venir sera meilleure dans ce domaine. Les sociétés high-tech sont mûres et valent beaucoup d'argent. Il faut maintenant trouver des acquéreurs. Et c'est là que le bât blesse car la situation économique n'est pas très bonne et les acteurs industriels ne sont pas au mieux de leur forme.

Et les sorties par une introduction en bourse ?
Il y en aura certainement cette année, au moins deux ou trois, mais l'appétit en la matière est inférieure à auparavant et cette solution peut poser un problème de liquidité aux actionnaires. On peut aussi penser que le nombre d'introductions sera retardé par la réforme des marchés. En effet, généralement, les entreprises Internet qui lorgnent l'IPO sont très rentables mais elles sont trop petites pour le marché principal. La solution pourrait venir du lancement prochain d'Alternext, un nouveau marché non réglementé.

Et en termes de nouveaux tours de table, quelles sont vos projections pour 2005 ?
Ce sera certainement une des tendances de 2005, mais ces levées de fonds porteront avant tout sur des sociétés Internet déjà en activité. Ce ne sera pas de l'amorçage mais plutôt du financement d'entreprises qui ont passé le cap difficile et qui, pour passer au cran au-dessus, doivent se développer à l'international et ont donc besoin d'un coup de pouce. Le profil typique de ce genre de sociétés, ce sont des entreprises avec un chiffre d'affaires de l'ordre de 10 millions d'euros, avec des résultats de 1 à 2 millions d'euros.

Les valorisations des sociétés Internet sont encore disproportionnées."
Etes-vous beaucoup sollicités par des dossiers d'entreprises de ce type ?
Le flux de dossiers qui circulent n'est pas extraordinaire sur le secteur, mais c'est un peu normal sur un marché relativement réduit comme Internet. Noux allons donc chercher de notre propre initiative des dossiers, et proposons à des sociétés un financement pour passer au niveau supérieur d'activité. Mais le problème aujourd'hui, c'est la valorisation, qui reste élevée. Ces niveaux n'ont jamais réellement baissé en France depuis 1999-2000, contrairement à l'Allemagne par exemple. Cela s'explique par le fait qu'il n'y a pas eu autant de disparition de fonds dans l'Hexagone qu'outre-Rhin. De fait, les fonds peuvent hésiter à investir sur Internet et se tourner vers d'autres secteurs.

Mais avez-vous, malgré tout, quelques projets Web dans les cartons ?
Nous devrions, je pense, investir dans deux sociétés Internet d'ici trois mois. Ce sont des acteurs qui sont déjà bien présents mais qui veulent s'imposer plus significativement. Ces levées fonds devraient être de l'ordre de 1 à 5 millions d'euros. Dans le même temps, nous envisageons une ou deux sorties cette année. Dans ce cas, le problème n'est tant pas de trouver une sortie mais de trouver quel est le bon mode de sortie.

Quel conseil donneriez-vous à une société Internet déjà établie qui envisage de lever des fonds cette année ?
Les entrepreneurs ont aujourd'hui l'embarras du choix car les fonds ont beaucoup d'argent à investir mais ne trouvent pas de nouvelles entreprises avec une vraie bonne idée et une bonne équipe. Pour une société déjà rentable, ce n'est donc pas très difficile aujourd'hui de boucler un tour de table. La vraie question est de choisir le bon fonds de capital-risque. Mon conseil dans ce domaine, c'est déjà de choisir un fonds qui a fait la "guerre Internet", c'est-à-dire qui a connu l'euphorie puis la désillusion du début des années 2000 et croit encore au Net. Les entrepreneurs doivent aussi prendre le temps de faire des due diligence pour choisir le bon fonds, de la même manière qu'un fonds le fait avec la société dans laquelle il songe à investir. Enfin, je crois qu'il faut prendre le temps de se "fiancer" avant de se "marier" : il ne faut pas brusquer le tour de table mais au contraire prendre le temps de se connaître pour voir si l'alchimie fonctionne.

Selon vous, quelles seront les nouvelles tendances de 2005 dans le domaine high-tech ?
Le CtoC (Consumer to Consumer) sera à l'honneur cette année. Cela peut passer par le fort développement des sites de rencontres ou par les blogs. Dans ce domaine, le modèle économique n'a pas encore été trouvé mais le gagnant sera certainement celui qui aura trouvé l'offre de service la plus simple. Parmi les bonnes idées dans ce domaine, il faut retenir la mise en place aux Etats-Unis de blogs verticaux, c'est-à-dire la fédération de blogs autour d'une thématique pour générer du trafic puis le monétiser via des mots-clés sponsorisés ou de l'affiliation. Les blogs professionnels sont également une piste à explorer. Par ailleurs, il faudra également compter avec les logiciels sociaux comme LinkedIn mais transposés pour le grand public. Alors, cela devrait connaître un franc succès, notamment auprès des jeunes et des très jeunes. Selon moi, c'est un peu la messagerie instantanée puissance 10. Mais, reste encore une fois à trouver le modèle économique.

Le CtoC est la grande tendance de 2005."
En outre, les services où le public peut donner son avis ont de l'avenir. Cela a déjà été adopté par presque 100 % des sites e-commerce qui donnent la possibilité à leurs clients de s'exprimer sur les produits qu'ils ont achetés. Dans certains domaines où l'offre évolue très vite, comme la techno, les vendeurs en magasin ont du mal à suivre toutes les nouveautés. C'est là que le Web apporte un vrai plus. En revanche, je ne suis pas certain que cela justifie des sites spécifiques, j'aurais tendance à croire que cela fonctionne mieux quand le système d'avis est directement intégré aux sites marchands. Enfin, les sites de comparaison de prix, qui font le liens entre les marchands en ligne et le monde réel, me semblent particulièrement intéressants. Je me plaît à croire qu'un jour les caisses enregistreuses seront directement connectées à Internet. Il est déjà possible d'observer des services qui s'en approchent comme Rue-Montgallet.com où l'internaute peut comparer le prix des produits vendus dans les boutiques de la rue Montgallet à Paris, donner son avis sur la boutique et sur les produits. Aux Etats-Unis, le Froogle de Google est également une initiative intéressante.

Savez-vous ce que sont devenus les business angels ? ils semblent avoir déserté le secteur Internet...
Pourtant, ils sont toujours là. Ils sont moins visibles, font plus profil bas, mais les sociétés continuent de faire appel à eux. Il est vrai que certains se sont brûlés les doigts avec Internet. Le plus souvent, c'est parce qu'ils ont cherché à se comporter comme un fonds, en multipliant les investissements à droite et à gauche alors qu'un business angel doit se concentrer sur un, voire deux, investissement seulement.

  En savoir plus
 Régis Saleur
 Galileo Partner
Dossier Le capital-risque IT
  Le site
Blog de Régis Saleur
Vous avez créé votre propre blog sur un thème qui vous passionne, l'aviation. Qu'est-ce qui vous a poussé à le faire ? Quel est votre point de vue d'utilisateur de ce nouveau mode d'expression ?
A la base, j'ai une pratique assez atypique d'Internet. Je possède plusieurs PC à la maison, tous en réseau, ce qui me prend pas mal de temps à administrer. D'ailleurs, je ne regarde presque jamais la télévision ; Je préfère de loin consulter les nombreuses newsletters auxquelles je suis abonné. Pour ce qui est de mon blog, créé en avril 2004, il vient d'une vieille envie que j'avais de tenir un journal papier sur mon thème de prédilection, l'aviation. J'ai trouvé qu'il serait égoïste de le faire tout seul dans mon coin donc j'en ai fait un blog. Je lui consacre en moyenne 15 minutes par jour mais je n'ai aucune idée du trafic, ça ne m'intéresse pas. En revanche, j'aime regarder comment les gens sont arrivés sur mon blog. Je suis très impressionné par mon référencement dans Google alors que je n'ai rien fait pour. Plus globalement, concernant les blogs, je trouve qu'il y a encore trop de retenue, notamment en matière d'interactivité. Les gens se refusent encore trop souvent à s'exprimer et à commenter mes notes. Les flux RSS sont aussi encore trop peu utilisés à mon goût. Moi, depuis que j'utilise le logiciel de messagerie Mozilla Thunderbird, c'est devenu un réflexe : je consulte de plus en plus les sites et les blogs par ce prisme.
 
 
Propos recueillis par Florence SANTROT, JDN

PARCOURS
 
 
Voir la fiche de Régis Saleur dans le carnet des managers de l'Internet français.

   
 
 
  Nouvelles offres d'emploi   sur Emploi Center
Chaine Parlementaire Public Sénat | Michael Page Interim | 1000MERCIS | Mediabrands | Michael Page International