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JDNet.
Votre cabinet intervient en qualité de support dans
la phase de création des start-up. Quel est exactement
son rôle à cette étape ?
Jean-Charles Simon.
Dans le
cadre de la création d'une start-up, notre mission est d'abord
de conseiller. Dans l'Internet, beaucoup de sociétés se sont
créées avec des équipes dirigeantes très jeunes, pas toujours
expérimentées et très focalisées sur les relations avec les
investisseurs et les médias. Or, le manque de rigueur juridique
peut être un handicap très sérieux au cours de la création
d'une entreprise, et d'une start up en particulier. Outre
les conseils nécessaires pour le contenu et la sécurisation
du site, les modalités contractuelles de sa création ou les
relations avec les internautes, il est indispensable que les
associés, notamment fondateurs, soient parfaitement informés
et conscients de la nature et de la portée de leurs engagements
avec les investisseurs ou les tiers, au risque de rencontrer
de sérieux problèmes par la suite. Concomitamment à la conceptualisation
liée à l'architecture du site, notre travail se focalise surtout
sur le pacte d'actionnaires qui régit les relations entre
associés : préférence pour la transmission des titres, droits
de sorties conjointes, engagements en cas d'émission réservée,
clause de non-concurrence, propriété intellectuelle, droit
d'information, engagements particuliers des investisseurs...
Et un pacte mal ficelé peut s'avérer être un redoutable piège
dans certaines situations. Des fondateurs de start-up ont
ainsi été contraints de vendre l'activité de leur société
faute de pouvoir s'en retirer en douceur, perdant ainsi les
efforts et sacrifices de plusieurs mois.
Avez-vous
également ce rôle de conseil auprès des
investisseurs ?
Oui, et de plus en plus, notamment avec les business angels.
Le fait que les fonds importants se positionnent sur des tours
de table de plusieurs dizaines de millions de francs favorise
aujourd'hui la montée en puissance des business angels qui
interviennent, eux, sur des investissements plus réduits.
Cette éclosion des business-angels fait apparaître une catégorie
d'investisseurs qui sont demandeurs d'une assistance juridique,
car moins encadrés que les fonds de capital-risque. J'ajoute
que sur ce dernier point, il est aussi indispensable que les
fonds de capital-risque soient davantage prudents.
Vous
avez suivi plusieurs cas de start-up en difficulté.
Quelles sont à vos yeux les principales causes de ces
échecs ?
La Net-économie a généré un processus dangereux, voire pervers,
dans la conduite de certains projets. D'un côté ont été investis
des montants très lourds misant sur une croissance anticipée
du marché à long terme. De l'autre côté, les dirigeants de
start-up se sont retrouvés avec une projection dans le temps
quasi-impossible, car trop éloignée, et se sont focalisés
et enfermés dans la gestion quotidienne de leur entreprise.
Le regard rivé sur leurs audiences, leurs ventes hebdomadaires,
l'esprit occupé par leurs relations avec les investisseurs
et la presse, certains dirigeants de start-up ont été alors
incapables d'anticiper la gestion de la société à quelque
mois. Et de lever le pied, réduire les coûts, redevenir lucides,
avant que la situation ne devienne critique et irrémédiablement
compromise...
Mais
est-il possible au sein d'une start-up de faire du contrôle
de gestion efficace ?
Il est vrai qu'il est difficile de projeter l'activité d'une
start-up sur une longue période. Mais lorsqu'on constate que
certaines sociétés ont tout juste quelque mois devant elles
en fonds propres, le signal me semble très fort. Je considère
qu'avec des fonds propres qui ne permettent pas de voir à
plus de quatre à six mois, une start-up doit se considérer
comme étant en difficulté, cette analyse devant être tempérée
en fonction des charges de l'entreprise (personnel, locaux,
matériels,…). Elle doit alors être capable de réduire ses
coûts de manière drastique, resserrer ses effectifs, externaliser
certaines prestations et eventuellement déménager pour des
locaux moins onéreux. Dès ce moment là, et surtout dans le
difficile contexte actuel, l'heure n'est plus pour les dirigeants
à passer leur temps à démarcher des investisseurs pour boucler
un nouveau tour de table salutaire. On a vu des start-up exploser
en vol en croyant, jusqu'à la dernière minute, qu'une levée
de fonds était encore possible. Elles ont aujourd'hui cessé
leur activité alors qu'elles auraient peut-être pu continuer
en arborant une certaine sobriété au cours de leurs derniers
mois d'existence.
Vous
semblez prôner une certaine austérité
pour les start-up...
Je ne suis pas le seul ! Je crois que les premiers échecs
essuyés par la nouvelle économie ont une fonction pédagogique.
L'effet éducateur n'est pas contestable. Aujourd'hui, certaines
start-up implantées en périphérie parisienne, ou en banlieue,
dans des locaux sobres mais fonctionnels, avec des coûts réduits,
développent tranquillement et sereinement leur activité. Et
elles n'investissent pas massivement en communication... D'ailleurs,
cette austérité ambiante est générale.
Mais
par nature, les start-up, profilées pour une forte
croissance, sont-elles capables d'appréhender une réduction
des activités ?
La difficulté pour les start-up, les associés fondateurs ou
investisseurs, est leur capacité à anticiper des situations
inconfortables auxquelles ils ne sont pas habitués. Le rôle
du conseil est alors déterminant dans la prévention ou le
traitement. C'est une part importante de notre travail aujourd'hui
et si les défaillances s'accumulent, si la prévention s'avère
inefficace, ou si le traitement aboutit inéluctablement à
une valorisation des starts-up totalement dégradée, c'est
tout le secteur et l'image même du Net qui risquent de s'en
trouver affectés. Pour le spectateur non averti, que
penser d'une entreprise qui aura englouti plusieurs millions
de francs en quelque mois et qui se trouvera valorisée au
centième de ses investissements, voire moins, en phase liquidative
? Le débat est ouvert et chacun devra contribuer à trouver
des solutions appropriées.
Sur
le plan juridique, que se passe-t-il aujourd'hui pour les
start-up en difficulté ?
Il existe pour une entreprise en difficulté et ses dirigeants
diverses possibilités pour répondre aux situations que nous
rencontrons actuellement, mais toutes ne me semblent pas adaptées
à l'Internet. Il y a d'abord la liquidation amiable. C'est
la situation idéale, puisque dans ce cas, la société cesse
son activité mais en payant ses dettes. Encore faut-il le
pouvoir ou le vouloir... La balle est alors dans le camp des
Investisseurs. Il existe également la procédure de règlement
amiable, aboutissant éventuellement à une conciliation, qui
en fait s'avère à ce jour peu adaptée aux start-up. Le délai
imposé pour faire aboutir la procédure, trois mois, semble
trop rigide et court pour l'Internet. Toutefois, si la situation
actuelle se trouve confirmée, il est possible que le recours
à cette procédure évolue. Il faut également évoquer le mandat
ad hoc. Si la société n'est pas en état de cessation des paiements,
condition préalable nécessaire, elle peut déposer une requête
auprès du Président du Tribunal de Commerce. Celui-ci nomme
alors un mandataire ad hoc qui assiste la société dans la
recherche de solutions, sauvegarde ses intérêts et ceux des
créanciers, et assiste le dirigeant pour assurer la poursuite
de l'activité et la conservation des actifs. Il engage également
des discussions avec les tiers et partenaires de l'entreprise
(investisseurs, salariés, fournisseurs) afin de tenter de
parvenir à trouver une solution. C'est une bonne solution
mais qui demande une réelle cohérence entre les dirigeants,
les investisseurs et la start-up.
Ce
sont là des procédures "préventives".
Mais il existe des procédures plus "radicales"...
En effet. Après
la prévention, et à défaut d'aboutir, vient ensuite le traitement
de l'entreprise en difficulté avec le redressement judiciaire.
La société est en cessation de paiement et le Tribunal de
Commerce nomme un administrateur judiciaire. Les dettes de
la société sont figées mais celui-ci doit être capable de
répondre aux dépenses courantes de l'entreprise pour maintenir
l'activité. Cette situation conduira en fait à obtenir l'accord
des investisseurs, ce qui ne sera probablement pas le cas.
Sauf à être persuasif, de sorte que la liquidation judiciaire,
seconde hypothèse du traitement, sera inéluctable. Nous manquons
de lisibilité sur le phénomène mais les situations déjà rencontrées
ont souvent abouti à la liquidation pure et simple. Dans ce
cas la société cesse toute activité, licencie le personnel,
et le liquidateur vend les actifs pour tenter de payer une
partie du passif.
Dans
le cadre de la liquidation, la valorisation d'une start-up
n'est-elle pas un problème ?
C'est certain. Pour parvenir à évaluer une start-up il faut
une réelle connaissance à la fois de l'activité Internet (réseaux,
systèmes, logiciels,etc..) mais encore du modèle adopté (
B to B, B to C, technologies ) et même les meilleurs professionnels
éprouvent des difficultés : que vaut la marque ? que vaut
le fichier clients ? que valent les soft ? Il est nécessaire
que les professionnels du Droit se dotent des outils et moyens
indispensables pour répondre à ses besoins et c'est d'ailleurs
en ce sens que certains travaillent et réfléchissent déjà.
Cela
signifie-t-il que les structures juridiques ne sont pas aujourd'hui
adaptées à la logique Internet ?
S'agissant de notre Droit, il me paraît être adapté à la situation
que nous connaissons actuellement, même s'il faut être conscient
qu'il s'agit d'un secteur d'activité émergent et innovant,
en constante évolution. Les acteurs habituels des procédures
liées aux entreprises en difficulté devront évoluer, et c'est
d'ailleurs la volonté déjà manifestée par beaucoup d'entre
eux. La démarche lancée par certaines juridictions va dans
le bon sens. Je pense que la loi contient tous les éléments
nécessaires pour gérer le phénomène start-down. Maintenant
c'est à l'Internet de s'adapter à la loi, et notamment aux
investisseurs de jouer le jeu jusqu'au bout, même quand les
start-up sont en difficulté.
En
qualité d'avocat, vous avez travaillé sur la
crise de l'immobilier au début des années 90.
Peut-on faire certaines analogies avec le phénomène
start-down ?
Il existe des aspects similaires. L'immobilier s'est emballé
il y a une dizaine d'années avec un phénomène de sur-financement
et une anticipation euphorique de la valorisation. Mais ce
qui diffère nettement, ce sont les mécanismes financiers.
Dans le cadre de l'immobilier, les investissements étaient
assurés par des crédits financés par des institutionnels.
A la suite de la crise immobilière, ces institutionnels, garantis
prioritairement, ont souvent pu récupérer les actifs, c'est-à-dire
les immeubles. Dans le cadre de l'Internet, nous sommes dans
le capital-risque. L'actif repose donc sur la seule valorisation
de la société, sans aucune garantie pour l'investisseur.
En
tant qu'avocat et internaute, quels sont vos sites préférés ?
Je consulte régulièrement plusieurs sites juridiques, j'apprécie
aussi les sites communautaires et je m'informe sur les techniques.
Je salue également le récent portail de l'administration,
Service-public.fr, qui témoigne de la révolution technologique
et industrielle que nous avons la chance de vivre.
Vous
avez déjà acheté sur le Net ?
J'achète quelque CD ou quelque livres notamment sur
Amazon.
Qu'aimez-vous
sur Internet ?
La diffusion de la connaissance et de l'information.
Et
que détestez-vous ?
Peu de chose en fait. Enfin si, je crois... Le manque d'humilité
et de discernement de certains. Mais les temps changent...
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