Le 6 juin
prochain, une coordination regroupant une quinzaine d'associations
et d'organismes européens organise une grève de
l'Internet pour protester contre les tarifs jugés exhorbitants
de connexion. Ce jour-là, les internautes seront invités à débrancher
leur modem et à ne pas utiliser leur téléphone. En France, l'Association
des internautes mécontents (Adim)
joue le rôle de porte-parole pour les contestataires et
dénonce la réticence de France Télécom
à établir un forfait Internet.
Propos recueillis par Philippe Guerrier le 26
mai 1999 .
JDNet:
Comment est née l'Adim?
Pierre Alexandre Voye: C'est une association loi 1901 créée
en octobre 98 pour protester contre les dysfonctionnements du
service Wanadoo. Depuis, nous avons étendu notre champ
d'activité en nous intéressant aux handicapés,
à l'éducation en relation avec l'Internet. Nous
avons actuellement 500 membres. Nous avons élu un nouveau
président la semaine dernière: il s'agit de Benoît
Tabaka, ancien responsable juridique de l'association.
Quelles sont vos principales revendications?
Nous
désirons que les opérateurs Internet soient audités
de manière indépendante pour savoir si les tarifs
de connexion Internet sont conformes aux lois européennes
en la matière. Malgré le rôle de l'Autorité
de régulation des télécommunications (ART)
dans ce domaine en France, nous exprimons nos réserves
sur les tarifs pratiqués par France Télécom.
Deuxièmement, nous demandons un développement massif
de l'ADSL pour un Internet plus rapide. Enfin, nous demandons
la suppression du crédit temps (forfait de 0,74 centime
dès qu'une connexion Internet est enclenchée) afin
que les communications tarifées reflètent exactement le temps
passé lors de la connexion.
La
proposition de France Télécom du forfait 100 francs/20 heures,
si elle est appliquée, ne fait elle pas de l'Internet français
un des moins chers d'Europe?
Il convient d'être extrêmement prudent avec ce genre de
comparatif. En général, dans ce genre de calcul, on ne prend
pas en compte le niveau de vie du pays considéré. Ainsi si le
Portugal et l'Italie semble être les meilleurs d'Europe, mais
le niveau de vie n'est pas le même qu'en Allemagne, en France
ou en Suède. En prenant en compte ce facteur important et le
nouveau forfait -qui rappelons-le est loin d'être appliqué,
France Télécom devant se conformer à des clauses qui ne lui
plaisent pas du tout- on peut considérer que ce sont la Suède
et la Finlande les mieux placés. On peut se considérer en bonne
place avec ce forfait. Mais, on ne va pas bien loin avec 20
heures mensuelles. Et si nous sommes "premiers", ce serait plutôt
une place de "moins pire" qu'autre chose.
Quelles
mesures préconisez-vous?
L'instauration
d'un forfait 100 francs pour 100 heures. C'est une mesure d'urgence.
En 2002, nous aurons un taux de pénétration de
17% sur Internet contre 50% aux Etats-Unis. Nous allons droit
à une catastrophe économique si nous ne faisons
rien.
Quel
bilan tirez-vous des actions de grèves Internet précédentes?
La première action remonte au 18 décembre
98. Le bilan a été globalement bon et pas mal
relayé par les médias. En revanche, la grève
du 31 janvier 99 a été un fiasco. Depuis, la coordination
européenne s'est renforcée. Nous avons bien préparé
le boycott du 6 juin. Mais nous avons peur de ne pas être
suivi par les internautes. Je trouve qu'ils sont défaitistes.
Comment jugez-vous l'attitude de
France Télécom?
Très
frileuse. A la mi-avril, France Télécom a proposé
à l'ART un forfait 20 heures de connexion pour 100 francs
à partir de 18 heures tous les jours ou de 14 heures
le mercredi. Je pense que ce forfait a été monté
par France Télécom pour qu'il soit d'entrée
rejeté par l'ART tant les clauses du contrat semblaient
anticoncurrentielles. L'ART serait en cours de négociation
avec France Télécom sur ce forfait. C'est tout
ce que nous savons. Je pense que France Télécom
n'a pas la volonté de nuire mais le groupe veut surtout
satisfaire ses actionnaires. France Télécom est
bloqué sur une stratégie et ne veut plus prendre
de risques. Je suis persuadé que France Télécom
gagnerait des parts de marché en développant massivement
l'ADSL et non pas seulement les 500 premières villes
d'ici 2002.
Avez-vous
des contacts permanents avec France Télécom?
Nous avons des contact formels avec France Télécom
Interactif mais les rencontres ne sont pas régulières.
Le siège de l'ART est le seul lieu de réunion.
L'Etat
est le principal actionnaire de France Télécom.
N'estimez-vous pas que la balle est dans le camp du législateur
ou du gouvernement?
C'est très important bien sûr mais nous pensons
que le gouvernement n'a plus de réelle emprise sur France
Télécom. Nous avons des appuis politiques. Laurent
Fabius, président de l'Assemblée nationale, s'est
exprimé en faveur d'un forfait. Le Premier ministre a
récemment annoncé des mesures pour la libéralisation
de la cryptologie. Ce n'est pourtant qu'une loi à faire
passer mais nous avons l'impression que le gouvernement n'en
prend pas conscience. Le ministre de l'Economie et des Finances,
Dominique Strauss-Kahn, dit haut et fort qu'il est branché
"high tech" mais ça ne va pas plus loin.
Quelles
relations entretenez-vous avec les fournisseurs d'accès
et les opérateurs Internet?
Nous
avons préparé un tableau récapitulatif
des demandes que nous leur adressons sur notre site. Nous avons
eu des échanges de lettres avec les plus gros fournisseurs
d'accès Internet mais nous n'avons pas de téléphone
rouge avec eux. Au niveau des opérateurs, nous avons
eu quelques rencontres. En général, ils s'y prêtent
de bonne grâce.
Pourquoi
l'Adim n'a -t-elle pas réagi à propos des problèmes
que des internautes ont rencontré avec le service Cybercable?
Nous avons demandé à la commission câble
de l'Adim de nous envoyer une note à ce sujet. Nous voulions
diffuser un communiqué à ce sujet, mais que faire
? S'insurger contre les trop petites capacités du service
? Ca fait partie des aléas du développement d'Internet.
Nous partons du principe qu'il est beaucoup plus important de
défendre les internautes qui se battent avec une facture
de 1.000 francs de connexion Internet par mois.
Quelle
est la position de l'Adim concernant l'avalanche des offres
d'accès Internet gratuit?
Nous sommes méfiants. Nous avons entendu parler de hotline
aux tarifs assez élevés. Etant donné que
France Télécom possède la plupart des interconnexions,
c'est encore lui le grand gagnant. Toutefois, il est vrai que
ces offres permettent de découvrir l'Internet à
un prix raisonnable. On peut trouver des modems à 400
francs. Si tous les utilisateurs possédant un PC se connectaient,
ça serait déjà un grand pas.
Personnellement,
comment-vous connectez-vous à Internet?
Via un modem 56 000. La qualité de connexion n'est pas
terrible.
Quels
sites d'informations consultez-vous ?
Le site du Monde, celui de Libération mais je ne suis
pas très surf. Je préfère l'IRC ou ICQ.
Le logiciel eParty qui permet des communications vocales via
Internet est très pratique.
Achetez-vous
des produits en ligne ?
Non, je n'ai pas de sous.
Qu'aimez-vous
sur le Net ?
Discuter en ligne. Lire, c'est bien, mais parler c'est mieux.
Qu'y
détestez-vous ?
Les messages sur ICQ qui m'indiquent l'URL de sites pornos à
la limite de la pédophilie.
Pierre Alexandre Voye, 20 ans, est élève de
terminal S. A participé à la Cyberassemblée
au Sénat pour l'adoption d'une loi sur Internet lors
de la Fête de l'Internet les 19 et 20 mars derniers.
Adim :