par
Géraldine Michel,
docteur en droit
et avocat du pôle
propriété intellectuelle - NTIC Média
Cabinet
Fidal
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Dossier
JDN
Spam
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En
matière de publicité électronique, rien n'est plus efficace
que d'adresser directement au prospect un e-mail nominatif
et personnalisé. Du fait de la rentabilité de ce procédé,
les entreprises se sont lancées dans l'envoi massif
de messages non sollicités, provoquant ainsi une surcharge
des messageries électroniques ou "spamming".
Le
législateur se devait d'intervenir et la Directive communautaire
du 12 juillet 2002 (Directive 2002/58/CE
du 12 juillet 2002 concernant le traitement des données
à caractère personnel et la protection de la vie privé
dans le secteur des communications électroniques)
a retenu la solution la plus radicale : un message électronique
de prospection directe ne peut être adressé à un internaute
qui n'a pas accepté préalablement d'en recevoir (Système
de l' "opt-in"). Le projet
de loi pour la confiance dans l'économie numérique (LCEN),
actuellement en deuxième lecture à l'Assemblée Nationale,
reprend cette solution et, une fois la loi entrée en
vigueur, seuls les clients ou prospects ayant donné
leur consentement préalable pourront être la cible de
ce procédé de marketing direct électronique.
Or, la majeure partie des données
aujourd'hui utilisées par les entreprises pour effectuer
de la prospection est issue de fichiers construits sur
le principe de l'"opt-out" (la personne dont les données
étaient collectées avait un droit d'opposition à figurer
dans un tel fichier). Leur usage sera donc illicite
et ils perdront toute valeur commerciale.
Toutefois, la loi a prévu une
période de transition puisqu'elle offre aux entreprises
la possibilité de continuer à utiliser, pendant six
mois à compter de son entrée en vigueur "les informations
relatives aux clients ou prospects ayant été collectées
loyalement" afin "d'offrir à ces derniers la faculté
d'exprimer leur consentement à de futures opérations
de prospection directe". Toute entreprise détentrice
de fichiers de prospects dont elle se sert dans le cadre
de ses campagnes de publicité par voie électronique
doit donc saisir cette opportunité d'en consolider la
valeur, en demandant aux personnes concernées de consentir
à l'envoi de sollicitations commerciales.
Par ailleurs le projet de LCEN
ouvre deux autres possibilités d'exploitation des fichiers-clients
: d'une part les entreprises restent libre d'adresser
un message électronique de sollicitation aux personnes
inscrites au registre du commerce et des sociétés, sans
qu'il y ait à recueillir leur consentement préalable
; d'autre part, elles peuvent exploiter les données
recueillies à l'occasion d'une vente ou d'une prestation,
si la prospection porte sur des produits ou services
"fournis par la même personne physique ou morale". Dans
cette hypothèse, les personnes concernées doivent pouvoir
s'opposer, sans frais, à figurer dans le fichier de
prospection.
Ce régime contraignant, du
consentement préalable, qui se met en place pour les
communications électroniques va par ailleurs être étendu
à tout type d'exploitation de fichiers-clients. En effet,
le projet de loi relatif à la collecte et au traitement
de données personnelles (adopté en 1ère
lecture par l'Assemblée Nationale le 30 janvier 2002
et par le Sénat le 1er avril 2003), modifiant
la loi "informatique et liberté" du 6 janvier 1978,
renforce considérablement les pouvoirs de la CNIL et
les obligations des entreprises lors de la collecte
et du traitement de données personnelles.
Ce texte, qui transpose la
directive européenne 95/46/CE du 24 octobre 1995, uniformisant
le régime juridique applicable et au traitement de données
personnelles en Europe, indique notamment qu'à l'avenir
les entreprises auront toujours l'obligation d'informer
les personnes auprès de qui elles collectent des données,
des droits dont elles disposent; mais qu'elles devront,
en plus, recueillir préalablement leur consentement
à figurer dans un fichier.
Les entreprises doivent dès
lors être conscientes de la nécessité de prendre rapidement
les mesures nécessaires pour sécuriser et valoriser
leurs fichiers-clients, car au delà du risque de se
voir appliquer des sanctions pénales, elles encourent
le risque de perdre le droit d'utiliser cet actif que
constituent leurs fichiers.
[geraldine.michel@fidal.fr]
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