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Avec
Alain Bensoussan Avocats
LE
CONTRAT DE CREATION DE SITE WEB
Un contrat à spectre large
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par
Eric Barbry, avocat à la Cour, directeur du Département
Internet de Alain
Bensoussan - Avocats, président de l'Association
Cyberlex
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OBJET DU CONTRAT
Le contrat de création de site web est celui aux termes duquel
un donneur d'ordre va faire réaliser, pour son compte, par
un tiers un site web.
Il ne s'agit donc pas là de déterminer les conditions dans
lesquelles le site web pourra être réalisé en interne, ces
éléments relevant assurément des contrats de travail passés
entre les employeurs et salariés. Le contrat de création de
site web est un contrat à spectre large, qui va de l'infrarouge
à l'ultraviolet.
Le contrat pourra consister dans une simple prestation technique
de mise en œuvre des préconisations, spécifications, cahier
des charges donnés par le donneur d'ordre ; mais il pourra
aussi prévoir la mise en œuvre d'un site web de A à
Z sur les indications vagues du donneur d'ordre. Les termes
du contrat dépendent donc de l'implication du prestataire
dans la réalisation du site.
LE CONTENU
Le contrat de création de site web doit être très précis sur
trois points essentiels. Sauf dans le cas où le donneur d'ordre
souhaiterait donner libre cours à l'imagination du prestataire,
il est particulièrement important de bien délimiter la mission
de ce dernier au travers d'un cahier des charges précis. C'est
sur la base de ce cahier des charges qu'il pourra être déterminé
si les prestations réalisées sont conformes ou non à la commande.
Plus le cahier des charges sera précis, plus les conditions
de recette (remise des maquettes, demande de modification,
étapes de validation, ...) seront claires, et plus le risque
de contentieux entre le donneur d'ordre et le prestataire
sera limité. La propriété intellectuelle est un point essentiel
du contrat. Trop souvent dans les contrats de création de
site web, les aspects liés à la cession des droits sont totalement
ignorés. Pourtant la jurisprudence qui s'est récemment développée
rappelle que le site web est une œuvre de l'esprit protégée
par le Code de la propriété intellectuelle. Or, toute exploitation
d'une œuvre de l'esprit doit être autorisée par le ou les
titulaires des droits sur l'oeuvre. Si l'on considère le créateur
de site web comme l'auteur du site au sens du Code de la propriété
intellectuelle, alors le commanditaire devra bénéficier pour
sa part d'une cession des droits en bonne et due forme. Il
est également particulièrement important pour le celui-ci
de veiller à la rédaction d'une clause de responsabilité et
surtout de garantie de jouissance paisible. Par cette clause,
le prestataire qui réalise le site web, garantit son client
contre toute revendication et toute action en contrefaçon
ou en concurrence déloyale. Certains
prestataires n'hésitant pas à piocher au hasard
de l'Internet, sur des sites existants. Les sites web étant
pour la plupart protégés par des dispositions légales "les
réutilisations non autorisées entraîneront des qualifications
de contrefaçon ou de concurrence déloyale par parasitisme"
C'est souvent le client (celui qui a commandé la prestation)
qui sera le premier exposé en cas de contrefaçon, il pourra
voir sa responsabilité engagée par l'éditeur d'un autre site
web copié ou plagié.
Il est donc important de prévoir dans le contrat, la possibilité
d'appeler en garantie le réalisateur du site web dans le cadre
d'une telle action. Enfin, doivent être déterminées avec précision,
au bénéfice du créateur du site, les conditions dans lesquelles
celui-ci pourra utiliser la marque et/ou le logo de son client,
à titre de référence commerciale. Le référentiel client est
une donnée particulièrement importante en la matière. Il convient
donc pour le donneur d'ordre de maîtriser l'utilisation de
ces marques et logos.
QUESTIONS EN SUSPENS
Le contrat de création de pages web comporte encore quelques
inconnues. Rappelons que le site web est généralement considéré
par les tribunaux comme une œuvre de l'esprit. Sur ce plan,
le site web doit donc normalement porter la mention de l'auteur
de l'oeuvre c'est ce que l'on appelle le " droit au nom ".
Pour résoudre cette difficulté la solution généralement admise
et de prévoir une page spéciale dite " crédit " qui permet
d'identifier toutes les personnes et sociétés ayant participé
à l'élaboration du site. Cette technique permet de limiter
au maximum les recours et actions en revendication au titre
du droit au nom. Un autre élément important, toujours lié
à la problématique des droits d'auteur, repose sur la modification
apportée sur le site web lui-même. Si la jurisprudence reconnaît
que les sites web sont des oeuvres de l'esprit, il n'en demeure
pas moins qu'elles sont des oeuvres de l'esprit d'une nature
tout à fait particulière. En effet, c'est bien par nature,
que le site web va évoluer, se modifier, se développer, être
complété, au fur et à mesure de son cycle de vie. Un site
qui n'est pas modifié à échéance régulière est immédiatement
abandonné par les internautes. Or, on sait que les modifications,
transformations et arrangements des oeuvres de l'esprit, doivent
faire l'objet d'autorisations particulières et que surtout
la dénaturation est strictement interdite au titre du droit
moral. Cet aspect de droit moral peut paraître anecdotique,
pourtant elle a déjà fait l'objet d'une décision de justice
qui a admis la notion de droit moral s'agissant d'un site
web (TC. Nanterre. 10 juin 1996).
Il convient donc de préciser dans le contrat que le site web
est une œuvre évolutive et qu'en cela le commanditaire peut
porter des modifications, adaptations et transformations de
toute nature dictées par des impératifs artistiques, économiques
ou techniques. Un autre problème se pose s'agissant des limites
de l'obligation de conseil de la société prestataire de réalisation
de sites web. Le prestataire est un professionnel et en cela,
comme tous les professionnels il a une obligation de conseil
à l'égard du commanditaire. La problématique vise à déterminer
l'étendue cette obligation. Le créateur de site web
doit-il ou non rappeler à son commanditaire le respect strict
des règles relatives à la propriété intellectuelle, au droit
à l'image, aux droits des tiers en général, dès l'instant
où celui-ci lui fournirait un certain nombre de données préexistantes.
On peut imaginer que le contrat comporte sur ce point un dispositif
particulier précisant que le commanditaire qui fournirait
des documents, garantirait le créateur du site web contre
tout recours de la part de tiers. Le créateur du site web
doit-il évoquer les problématiques liées aux licences informatiques
des logiciels qu'il utiliserait au sein des pages web ? Doit-il
rappeler à son client les mentions obligatoires apportées
sur un site web, les conditions d'accès, les conditions de
déclaration ? Si le prestataire est assurément soumis à une
obligation de conseil de son client, il n'est pas pour autant
un spécialiste du droit. Il n'a donc pas à se substituer aux
professionnels pour les aspects extérieurs à son domaine technique.
Il devra donc assurer son rôle de conseil pour ce qui concerne
les techniques à utiliser et déterminer ces techniques dans
le cadre des règles de l'art les plus novatrices, mais pour
ne pas voir sa responsabilité engagée il devra parfaitement
identifier sa mission. Il pourra ainsi prévoir un dispositif
général dans le lequel, à l'instar des contrats d'accès et
d'hébergement, il précisera que les contenus diffusés doivent
respecter les droits des tiers et que seul le donneur d'ordre
en serait responsable .
[E.B., avril 2000]
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