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CHAT
11/10/2007
"Le Web 2.0 devient mature : donc moins de financements, mais autant d'intérêt"
Comment se porte le marché du capital risque IT en ce moment ? Stéphane Valorge. Bonjour à toutes et à tous. Vaste question… Globalement très bien : les fonds de capital risque ont de l'argent et l'utilisent. Mais l'impact de la crise du "sub-prime" n'est pas encore clair : est-ce un risque (moins d'introductions en bourse, moins de fusions-acquisitions) ou une opportunité (plus de liquidités encore sur le capital risque, venant du LBO, etc.) ?
Quelles sont les grandes étapes dans le processus pour lever des fonds ? J'en vois globalement trois (hormis la première, qui est de faire ou pas appel à un conseil, évidemment...) : la première, la préparation du dossier. C'est parfois un peu sous-estimé (manque de temps du management), mais il est crucial d'être "béton" sur tous les aspects de son projet : équipe, technologie, et surtout vision du marché, car on est souvent sur un marché émergent, donc il est crucial de bien démontrer son existence, et la validité de son offre sur ce marché. Quand on parle de dossier, cela veut dire un business plan "intelligent" (qui montre la logique de génération du chiffre d'affaires, le lien entre le chiffre d'affaires et les coûts, les investissements, etc.), mais aussi au minimum une présentation que vous utiliserez en rendez-vous investisseurs. Deuxième étape, justement : le "road-show", une fois que le discours est finalisé. Là il s'agit de bien choisir à qui vous envoyer votre dossier : expertise de votre secteur, mais aussi taille et typologie du fonds (Est-il actif ? Combien met-il d'argent pour un tour de table ?).
Troisième et dernier point, la négociation : après plusieurs réunions avec un ou plusieurs fonds (présentation générale, puis spécifique sur votre technologie, votre stratégie de vente etc.), un ou plusieurs fonds ont exprimé leur intérêt au travers d'une "term-sheet". Il faut alors la négocier. Ici, tout le travail amont de préparation du dossier paie si les fonds sont en concurrence : on peut négocier la valeur d'entreprise (le pourcentage que prendra l'investisseur), mais aussi les autres termes d'entreprise, comme la gouvernance d'entreprise : qui prend les décisions, les "liquid pref", c'est-à-dire la règle de répartition de l'argent de la société dans un cas où celle-ci ne va pas très bien.
Les angels me reprochent de vouloir faire une levée de fond moins d'un an après. Est-ce normal sachant qu'on est dans une économie qui va très vite ? La question demanderait à mieux comprendre votre cas spécifique, mais une réponse : nous avons accompagné Dailymotion, site de partage de vidéo bien connu, et son premier tour de table institutionnel a eu lieu moins d'un an après l'arrivée de business angels, donc oui, c'est possible. Il n'y a qu'une règle : levez si vous en avez besoin ou si l'argent n'est pas cher !
La levée de fond doit permettre de tenir combien de temps ? Devons-nous investir la totalité de la levée pour tenir jusqu'à la prochaine prévue ? Là encore, pas de règle mais il paraît raisonnable de dire que lever de l'argent, ça prend beaucoup de temps (6 mois en moyenne) et d'énergie du management, donc tenir 1,5 à 2 ans c'est raisonnable. Maintenant, la première levée de fonds sert en général à prouver son business model (génération de chiffre d'affaires, "test" du marché français avant l'international etc.) et cette période peut être plus courte.
Dans quelle mesure une levée de fond influence-t-elle les futures décisions stratégiques d'une entreprise ? Énormément, en général, et c'est tant mieux pour la plupart des cas (mais c'est parfois difficile, j'en conviens). Le concept d'avoir besoin d'argent uniquement existe, mais c'est rare : un investisseur donne accès à un réseau d'expertise sectorielle, à une expérience financière etc. En termes de décisions stratégiques, elles sont souvent négociées lors du "closing" (cette troisième étape de la levée de fonds) : qui a le droit de bloquer ou de forcer quel type de décision (embauche d'un manager, fusion-acquisitions, etc.). C'est pour cela que, outre les conditions purement financières de l'entrée d'un investisseur, le "fit" personnel compte (confiance, etc.).
Quelles caractéristiques indispensables un entrepreneur doit avoir pour réussir une levée de fonds ? Montrer sa vision et sa connaissance de son marché, sa conviction sur le positionnement de son entreprise, mais aussi sa capacité à changer et trancher sur des sujets parfois difficiles. Le succès passe parfois par un changement de business model drastique, parce que le marché évolue, qu'un concurrent se montre dangereux, et on attend d'un entrepreneur d'être "agile". Evidemment, un serial-entrepreneur bénéficiera d'un avantage d'entrée de jeu, mais les "primo-entrepreneurs" peuvent montrer d'autres qualités.
Le profil de l'investisseur Internet (ou média) est-il particulier ? Ses exigences sont-elles les mêmes que les investisseurs classiques ? Avant de répondre à cette question, une digression : pour une levée de fonds, il faut aussi toujours se mettre à la place de l'investisseur, qui lui aussi a des contraintes et non des moindres. Il a la fonction de gérer de l'argent pour des tiers et le faire fructifier énormément via ses investissements. Globalement, un VC doit viser du x 3 à du x 10 ! Et cette exigence ne dépend pas du secteur. Pour revenir sur la question, les dossiers Internet sont en général moins capitalistiques que d'autres sujets (notamment l'électronique et le logiciel d'entreprises). Globalement, dans l'électronique, il faut lever 50 et 100 millions d'euros pour arriver à un stade "industriel" (où la société pourra se coter, etc.) tandis que dans Internet, 10 millions d'euros, c'est déjà un gros montant. Du coup, le VC Internet devra investir dans plus de sociétés pour atteindre le même montant d'investissements et il a une logique de diversification du risque. Au niveau des "exigences", Internet ne fait pas tomber celle d'avoir un business model, une prévision de chiffre d'affaires et de rentabilité.
En dessous de quel montant à lever, refusez-vous de suivre un entrepreneur ?
Nous avons un positionnement d'accompagnement de nos clients assez "intense": nous prenons peu de dossiers et nous nous y investissons énormément en temps. Du coup, nous avons tendance à privilégier les "gros" dossiers (au-dessus de 5 millions d'euros). Mais nous ne nous interdisons pas, nous l'avons fait et nous continuons à le faire, d'accompagner des sociétés qui lèvent moins, parce que nous nous inscrivons dans une relation de long terme avec nos clients : notre projet est grossir avec eux ! Donc, nous avons accompagné des sociétés pour des levées de 1 à 2 millions d'euros.
Comment vous rémunérez-vous sur une opération ? Essentiellement en "success fees", c'est à dire en rémunération variable, via un pourcentage des montants levés. J'y pense et je ne l'ai pas précisé, car ce n'est pas le sujet du jour, mais nous accompagnons nos clients dans toutes leurs transactions financières. Donc outre la levée de fonds (sur les marchés privés ou de capitaux), nous travaillons aussi sur des opérations de fusions-acquisitions. Et dans ce cas, notre rémunération principale reste variable, en pourcentage de la valorisation d'entreprise.
Fournissez-vous des garanties de réussite, en termes de montant levé ? Des compensations, si le montant espéré n'est pas atteint ? Nous partageons les risques : nous prenons peu de dossiers, donc chacun est primordial pour nous, et ne génèrera du revenu satisfaisant que si nous bouclons une opération. Concernant la taille de l'opération, nous avons la tendance à lever plus d'argent que prévu au départ (si nous organisons bien la concurrence entre fonds, les termes d'investissements sont meilleurs, donc l'argent est relativement moins cher et moins dilutif, donc on peut lever plus !
Quelle est la fourchette de pourcentage de votre rémunération variable ?
Et vous, quelle est la fourchette de votre rémunération ? C'est vraiment du cas par cas et des montants levés : les pourcentages varient énormément suivant la taille du tour, quand on lève 25 millions d'euros pour DiBcom ou Sequans, ou 8 millions d'euros pour Digitick.
Y-a-t-il en général des obligations contractuelles pour l'entrepreneur en termes de retour sur investissement pour l'investisseur ? Ça dépend de ce que vous visez avec cette question. Je comprends que vous parlez notamment des systèmes de couvertures en cas de mauvaise performance de l'entreprise lors de la vente ou de la liquidation. Oui, il y a parfois des "liquid pref" (préférences de liquidation) qui indiquent une certaine priorité des investisseurs à toucher de l'argent sur la vente, devant les autres actionnaires de la société, en dessous d'un certain seuil de valorisation. Mais c'est aussi pour aligner les intérêts de l'entrepreneur et de l'investisseur : ils ont tous les deux intérêt à ce que tout se passe bien.
Quelle est une prise de participation standard lors d'une levée ? Il n'y a que des cas spécifiques mais globalement, la zone des 20 à 40 % doit être la moyenne observée.
Existe-t-il des secteurs à la mode ayant actuellement la préférence des investisseurs ?
Oui, il y a toujours un peu des "modes", mais celles-ci correspondent aux mouvements de fonds de la technologie. J'en vois plusieurs qui ont trait à la convergence (mot à tiroirs et qui traîne depuis que la technologie existe...) : convergence fixe-mobile qui permet d'accéder à son espace personnel (de stockage de fichiers / vidéo / sons...), ses flux RSS, etc. Ça crée de nouveaux services, de nouvelles technologies (en particulier si on rajoute une composante communautaire).
La convergence PC/TV, avec les media centers notamment, et toutes les problématiques techniques et de qualité de cette convergence. Par exemple, comment faire en sorte que votre vidéo Dailymotion ou vidéo prise sur votre téléphone soit de qualité suffisante pour être projetée sur votre beau et grand LCD ? Et plus généralement sur cette partie-là, le retour du réseau : technologies d'infrastructure (pour assurer du haut débit, mais aussi pour y héberger non seulement le contenu mais des applications: webOs, etc.)
J'ai un projet dans le domaine des jeux d'argent en ligne en prévision de l'aménagement de la loi française, a priori, un dossier dans ce secteur pourrait vous intéresser ? Nous avons déjà travaillé dans plusieurs dossiers de dématérialisation : le jeu vidéo (Metaboli), la billetterie sur Internet (Digitick), mais pas le jeu d'argent, secteur effectivement intéressant. Le plus simple, c'est de nous envoyer le projet à l'adresse suivante : corporate@clipperton.net. Globalement, pour les dossiers Internet/Software, vous pouvez m'envoyer un mail à svalorge@clipperton.net, pour les dossiers télécoms et clean tech, il faut contacter mon associé Thomas Neveux tneveux@clipperton.net, et pour les dossiers électronique/composants/hardware à Nicolas von Bülow nvonbulow@clipperton.net.
Le web 2.0 séduit-t-il toujours autant les investisseurs ? Les capital-risqueurs français sont-ils plus facile à convaincre que les américains ?
Web 2.0, go/no go ? Nous sommes dans une phase de maturité sur le Web 2.0, donc peut-être moins de financements, mais toujours autant d'intérêt, dans un pays très actif sur ce domaine, avec des leaders mondiaux. Je ne l'ai pas précisé lors de ce chat, mais notre spécificité est effectivement de faire intervenir des investisseurs internationaux (asiatiques, américains, européens). Je dirai que le niveau d'exigence du VC américain est plus grand dans la mesure où il prend un risque supplémentaire, celui géographique (suivre un investissement français de Californie, c'est loin...).
Stéphane Valorge. Merci à toutes et à tous. N'hésitez pas à nous contacter tout stade de développement confondu, nous apprenons tous beaucoup de toutes ces rencontres : l'entrepreneuriat est une belle aventure.
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