|
Laurence
Saunder (Ifas)
"Le
stress des managers est un sujet tabou"
En entreprise, le stress reste perçu
comme une faiblesse. Et pourtant, être conscient
de son stress c'est déjà être un peu plus efficace
que les autres. (26 juin 2003)
Depuis treize ans, l'Ifas (Institut français d'action sur le stress)
épaule les entreprises sur la gestion du facteur comportemental
des salariés. Au coeur des préoccupations figure le
stress, l'un des grands maux du management moderne. Grâce
à des observations effectuées sur le terrain, des
séminaires et des plans d'action, l'Ifas tente de sensibiliser
les entreprises à ce problème et à l'intérêt
qu'elles ont à le juguler. Plongée dans le stress
en compagnie de Laurance Saunder, PDG de l'Ifas.
Le
stress est-il un phénomène dont ont conscience les
entreprises et les salariés ?
Laurence Saunder.
Le stress reste un sujet tabou dans les entreprises. Par nature, le
stress est un phénomène ambigu dans l'échelle
des valeurs sociales : sans stress, il n'y a pas de vie, pas
de motivation, pas de remise en question, pas d'énergie...
Quelque part, le stress est donc jugé comme une valeur positive
en entreprise. A cause de ce postulat, l'excès de stress est
très souvent délaissé dans le monde professionnel
et ce, d'autant plus que les salariés ont honte d'en parler.
Aux yeux des managers, avouer que l'on est stressé c'est avouer
une faiblesse.
Justement, comment peut-on déterminer
l'excès de stress ?
Le stress est un phénomène en "U" :
le manager passe par des hauts puis des bas. Les symptômes associés
sont de quatre natures. Il y a tout d'abord l'irritabilité et l'impatience.
Puis il y a les problèmes de concentration. Suivent les troubles
comportementaux, c'est-à-dire un excès de café,
de tabac ou des crises de colère. Enfin, viennent les problèmes
physiologiques. Généralement, il s'agit d'une hausse
de la tension, de maux de tête ou de maux de ventre. Selon
le tempérament de la personne et le degré du stress, ces
différents symptômes se combinent.
Quelles sont les grandes sources de
l'excès de stress ?
En entreprise, il y a deux grandes causes connues. La première
cause correspond à une période de changement. Dans
une entreprise qui fusionne, qui se réorganise ou qui licencie,
la capacité d'adaptation des managers est mise à rude
épreuve. Or s'adapter génère forcément des
perturbations. L'autre grande cause, très fréquente
chez les managers, est l'excès d'adhésion. Le manager
s'investit trop dans son travail et perd son équilibre psychologique.
A quoi correspond cette perte d'équilibre
psychologique ?
L'une des meilleures façons de gérer son stress est
de construire un équilibre entre vie professionnelle et vie
privée, les deux vies se nourrissant mutuellement. Quand
un manager s'investit trop dans son travail, au détriment
de sa vie familiale, il se fragilise. Son esprit ne s'arrête
jamais, il souffre généralement d'insomnie et surtout
ne supporte plus la critique dans sa mission. La réaction
typique de ces managers face aux remarques des collaborateurs est
du genre "me dire ça à moi qui fait tant d'effort."
Comment éviter de se retrouver
dans l'excès de stress ?
La première étape, la plus importante, c'est d'avoir
conscience de son état, faire de l'auto-observation. Il faut
que le manager soit capable de s'évaluer et de savoir les
causes du phénomène. En période de changement
dans l'entreprise, une bonne façon de gérer son stress
est de prôner le dialogue, en essayant de comprendre la situation
et en modélisant son environnement. Concernant l'excès
d'investissement dans son travail, il faut apprendre à renoncer,
renoncer à travailler sept jours sur sept, renoncer à
vouloir tout contrôler...
Comment le manager, dans sa façon
d'appréhender les ressources humaines, peut-il limiter le
stress chez ses collaborateurs ?
En identifiant les problèmes, en étant à l'écoute
et en provoquant la discussion. Un groupe de travail est avant tout
un groupe humain, donc social. Il y a des gens qui s'apprécient
entre eux, d'autres qui se supportent mal. Le rôle du manager
est justement de tempérer ces relations. Pour y arriver,
le manager doit entretenir une certaine souplesse sur ses positions
et doit être capable d'avoir des conversations non pas pour
convaincre mais pour comprendre. C'est aussi cela être un
manager mature.
|
Le
stress pro, un phénomène européen
|
|
En novembre
dernier, le cabinet de conseil en ressources humaines Cubiks
a publié une enquête européenne sur le
stress en entreprise. En tout, 24 % des salariés
indiquent avoir déjà eu un arrêt de travail
dû au stress et 76 % estiment que leurs perspectives
de carrières seraient réduites s'ils se plaignaient
du stress. Un sentiment confirmé par la position des
managers : 79 % des cadres reconnaissent qu'ils seraient
moins enclins à employer un candidat sujet au stress
et 87 % seraient moins enclins à promouvoir un
collaborateur s'ils avaient des doutes sur sa capacité
à gérer le stress.
Les principales origines du stress, tous salariés confondus,
sont la surcharge de travail (60 % des répondants),
une communication insuffisante (58 %) et l'insécurité
de l'emploi (49 %). Côté managers, les principales
causes sont le licenciement d'un collaborateur (64 %),
la conduite d'entretrien d'évaluation (48 %) et
la gestion de la discipline des salariés (30 %).
|
|