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Ne pas oublier la dimension humaine de l'entreprise
Par Jacques
Salomé, psychosociologue.
Pour tout ce qui touche aux relations humaines dans le monde les
entreprises, la demande d'aide, envers un intervenant extérieur,
se focalise en général autour de trois pôles :
Sur les membres du staff ou sur une catégorie professionnelle
en difficulté, à partir de "ce qui ne va pas" : les conflits, les
tensions, les malaises ou les différents dysfonctionnements à l'intérieur
d'un service, d'une équipe.
Sur une demande plus personnalisée, plus individuelle,
sous forme de coaching, pour soutenir, accompagner un responsable,
un manager qui se sent déstabilisé ou en souffrance.
Sur l'analyse d'une pathologie institutionnelle, d'un
événement perturbateur ou traumatisant qui a mis en péril tout ou
partie de l'entreprise.
Le
plus souvent, c'est donc le problème qui est mis en avant, on pourrait
dire en écran. Avec une demande insistante de la part de tous les
protagonistes d'une équipe ou d'une entreprise pour que l'intervenant
puisse aider à le résoudre, ou tout au moins obtenir des réponses
sous forme d'outils, de moyens, de procédures ou de stratégies réparatrices.
Un formateur en relations humaines devra considérer (c'est bien
sûr ma position) que de se focaliser sur le problème peut entraîner
certes des changements, mais toujours à court terme, sans réelle
intégration. Qu'il convient de travailler, de proposer un travail
de remise en question, en amont sur les systèmes de communication
qui circulent et qui dominent à un moment donné, à l'intérieur d'une
même institution ou entre un groupe de personnes rassemblées autour
d'une même tâche, et qu'il faudra prendre en compte les "pathologies
relationnelles" qui sont à l'œuvre dans certains services.
Si l'entreprise est un organisme vivant, la sève qui l'irrigue,
le nourrit et le vivifie c'est la communication relationnelle, c'est-à-dire
l'ensemble de messages (et pas uniquement des informations, des
notes de services, des rencontres fonctionnelles) qui circulent
entre les membres de cette entreprise. Il est toujours étonnant
de constater, que ce niveau de communication (d'échanges de personne
à personne) est souvent maltraité, avec beaucoup de savoir faire
et parfois d'acharnement.

Travailler ensemble, c'est aussi
affronter ensemble"
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Il conviendra donc de s'interroger sur les censures, les non dits,
les rumeurs et les dysfonctionnements relationnels sécrétés avec
constance dans beaucoup d'entreprises et cela dans le plus parfait
des aveuglements. Il faut aussi rappeler que travailler ensemble,
c'est non seulement produire ensemble mais aussi affronter ensemble,
une multitude de situations inattendues, diversifiées et parfois
déstabilisantes, même quand elles semblent banales et répétitives.
Dans le monde du travail, il y a une priorité qui semble être accordée
massivement à la communication fonctionnelle, celle qui privilégie
le "faire" : lié au produire et être efficient ensemble. Cette priorité
se traduit de différentes manières :
"il a fait..." ou "il n'a pas fait...",
"il aurait dû faire comme ceci...", "il n'aurait
pas dû faire comme cela...", " s'il avait fait ceci au
lieu de cela, il n'y aurait pas eu...", "si on faisait
tous ensemble au lieu d'œuvrer séparément"...
Cette focalisation sur le "faire" fait trop souvent oublier "l'être"
et minimise le fait qu'une relation fonctionnelle, même si l'objectif
a été clairement clarifié, même si les moyens sont correctement
appréciés, même si une adhésion positive a été créée, est toujours
dépendante de la dimension interpersonnelle et intrapersonnelle
qui va impliquer chacun des protagonistes et conditionner ses engagements,
sa fiabilité, sa cohérence et donc sa production.
L'interpersonnel gravite autour de la capacité à demander, refuser,
recevoir et donner. Il y a donc une interrogation réelle, concrète
à permettre à une équipe de travail donnée, de pouvoir se confronter
sur chacun de ces points :
Sur quelles bases se développent les "demandes" ? Avec
des exigences, avec des rapports de force ou avec des propositions
ouvertes ? A partir de communications directes ou indirectes, ou
de communications verbales ou papier (e mail), d'énoncés explicites
ou implicites ?
Sur quelles bases se développe le "donner" ? Avec des
trocs, du chantage, de la rétention ou des offrandes réelles ?
Sur quelles bases se fait le "refuser" ? Par des oppositions,
des rejets, des critiques ou une affirmation, une argumentation,
une coopération, une recherche de synergie ?
Sur quelles bases se vit le "recevoir"? Avec des disqualifications,
des dévalorisations ou une amplification, un réajustement et des
confrontations (et non des affrontements) ?
De chacun de ces points va dépendre la qualité des échanges et le
climat général de la communication interne à l'entreprise.

On n'est pas là pour s'occuper
de tes états d'âme"
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L'intrapersonnel concerne la relation de soi à soi-même. Nous le
savons, cette dimension est souvent niée et la plus censurée, dans
le monde du travail "on n'est pas là pour s'occuper de tes états
d'âme" ("si tu as des problèmes, faut te faire soigner…"). En refusant
d'être à l'écoute et de prendre en compte les phénomènes de résonance,
de retentissement qui sont inévitablement réactivés au travers de
telle consigne, de telle conduite ou attitude d'un collègue, d'un
supérieur, une part profonde de chaque individu se sent niée et
cela d'autant plus que les phénomènes de retentissement blessent
des croyances.
Le non respect de ce qu'il serait possible d'appeler les besoins
relationnels (pouvoir se dire, être entendu, reconnu, valorisé,
besoin d'intimité et d'exercer une influence sur son environnement
proche) et la non écoute de ces besoins portent atteinte au sentiment
de justice, de respect et d'estime de soi. Ce sont des manques qui
vont toucher aux valeurs intimes, à l'image de soi, qui remettent
en cause la capacité d'influence que chacun porte ou espère avoir.
Tout formateur, tout intervenant en entreprise ou en institution,
ne pourra pas faire l'économie à un moment donné ou à un autre d'aborder
cette interrogation : comment cohabitent dans un service, dans
une équipe ces trois dimensions de la relation, fonctionnelle, interpersonnelle
et intrapersonnelle. Tout en sachant qu'il rencontrera d'énormes
résistances, des sabotages et des refus face à certaines mythologies
institutionnelles dominantes, comme celle "du faire ensemble, sans
vague, sans conflit, sans opposition, avec une recherche prioritaire
d'efficience et de résultat".
Tout cela, sans tenir compte ou en niant les peurs, les antagonismes
ou les réticences personnelles des uns par rapport aux autres et
qui sont essentiellement énergétivores, qui entraînent des blocages
et des déperditions dans les actions en cours. Toute intervention
d'un formateur en relations humaines, pourrait ainsi, à mon avis,
déboucher sur une sensibilisation à un apprentissage à la communication
relationnelle, pour donner à chacun des bases communes afin de favoriser
une meilleure mise en commun, avec un savoir faire, un savoir créer
et un savoir devenir ensemble plus cohérent.
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PARCOURS
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| Diplômé en psychiatrie sociale de l'Ecole Pratique des Hautes
Etudes en Sciences Sociales, Jacques Salomé a dirigé
durant 15 ans un centre de jeunes délinquants, fut chargé de
cours durant 12 ans à l'Université de Lille III et anima pendant
25 ans le Centre de Formation aux Relations Humaines "Le Regard
Fertile" à Dijon, puis à Roussillon en Provence. Auteur de quelques
45 essais, romans, recueils, il est surtout connu dans tous
les pays francophones comme un spécialiste des relations de
couple et de la famille et du changement personnel. Il est notamment
l'auteur de Oser travailler heureux (en collaboration
avec Christian Potie - Albin Michel), Pour ne plus vivre
sur la planète taire (Albin Michel) et Le courage d'être
soi (Pocket). |
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