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CARRIERE
12/01/2005
Délocalisations : les fonctions cadres inégalement touchées
Délocalisation. Le mot en inquiète plus d'un, et pas seulement chez les ouvriers. L'emploi cadre est aussi concerné. Pour décortiquer le problème, l'Apec a mené une enquête sur la mondialisation et l'emploi cadre. Cette étude, réalisée par Ipsos Opinion, s'appuie sur les réponses de 3.883 entreprises réparties dans huit pays européens (France, Pays-Bas, Italie, Espagne, Belgique, Royaume-Uni, Luxembourg et Allemagne). Avant d'envisager les conséquences de la mondialisation sur l'emploi, il faut évaluer l'importance du phénomène des délocalisations. D'après l'Apec, 8 % des entreprises européennes interrogées ont déjà délocalisé, 3 % ont prévu de le faire et 3 % envisagent de le faire. La France se situe en-dessous de cette moyenne : 4 % des entreprises y répondent "C'est déjà fait", 2 % d'entre elles "C'est prévu" et 2 % répondent "Pourquoi pas". La France affiche ainsi les chiffres les plus bas avec l'Allemagne. On est bien loin des scores enregistrés aux Pays-Bas, où 12 % des entreprises ont déjà délocalisé et 6 % ont prévu de le faire. Moins concerné aujourd'hui, l'Hexagone pourrait néanmoins connaître un phénomène de rattrapage par rapport à ses voisins européens.
L'enquête se penche par ailleurs sur les licenciements associés aux délocalisations, un point sensible vis-à-vis des cadres qui peuvent être envoyés sur place. L'Apec a donc interrogé les entreprises sur le pourvoi des postes par des cadres du pays d'origine ou par des cadres du pays de délocalisation. Sur ce point, il s'avère que 36 % des employeurs recrutent uniquement dans le pays de délocalisation, 29 % s'appuient en revanche uniquement sur la mobilité interne et 18 % sur un mixte entre mobilité interne et recrutement dans le pays de délocalisation. L'expatriation n'est donc pas, globalement, la solution privilégiée. La hausse du niveau d'éducation et les salaires généralement plus bas rendent en effet très attractives les candidatures de cadres locaux. Par ailleurs, les cadres du pays de délocalisation connaissent mieux le marché. Enfin, l'usage des nouvelles technologies peut permettre de piloter une délocalisation à distance, en se rendant régulièrement dans le pays concerné.
A partir de ces éléments,
et des différentes prévisions de croissance, l'Apec
formule deux hypothèses pour l'emploi cadre européen,
l'une basse, l'autre haute. La tendance haute privilégie
l'hypothèse de la poursuite des taux de création observés
sur les dix dernières années. La tendance basse s'appuie
sur une progression stagnante, sans dynamique de création
nette des emplois cadres. Mais les cadres ne seront pas tous également touchés par les délocalisations en 2010. D'après l'étude prospective, les fonctions commerciales augmenteront surtout à l'international, mais aussi en France (+ 30 % en hypothèse haute). A l'inverse, la production sera largement délocalisée dans les secteurs confrontés à une forte concurrence par les coûts. En revanche, dans les secteurs à très forte valeur ajoutée, elle n'est pas menacée. Au total, la fonction risque cependant d'être perdante (- 5 % en hypothèse haute).
Dans les fonctions informatiques par exemple, des segments entiers pourraient être délocalisés, mais certains devraient se développer à proximité de la clientèle, en réponse à des besoins pointus (+ 10 % en hypothèse haute, - 10 % en hypothèse basse). En R&D (+ 30 % en hypothèse haute), les stratégies en réseau se développeront, impliquant une internationalisation mais aussi un renforcement de la spécialisation. D'après ce constat, la recherche de pointe restera donc localisée dans le pays d'origine du groupe.
Concernant les activités fonctionnelles (gestion, RH, communication...),
les fonctions les plus opérationnelles seront confiées
à des cadres locaux, pour plus de proximité. Les fonctions
stratégiques resteront dans les pays d'origine. Enfin, le
suivi lié à l'internationalisation sera favorable
à la création d'emplois locaux de contrôle et
de reporting.
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