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15/06/2005
La chronique de Gérard
Pavy Les dessous chics et psychiques du "non" à l'Europe
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A
lire
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Gérard
Pavy est l'auteur de "Dirigeants salariés, les liaisons mensongères"
(Editions d'organisation, 2004) >>> Consulter
les librairies | |
Les Français ont
dit non majoritairement à l'Europe. Se croient-ils donc au-dessus des dieux pour
se permettre de délaisser une Grâce qui a su, en son temps, enflammer le cœur
de Zeus (1) ? Et les commentaires d'aller bon train pour
interpréter ce résultat décapant ou dévastateur, selon l'optique retenue. Mais,
les exégètes politologues butent ici sur un os. Les votants s'étant amusés à brouiller
les cartes, les instruments de navigation classiques et d'interprétation des données
s'avèrent en partie inefficaces.
Bien, prenons les Français aux mots et
recherchons les marques de leur rationalité sous les apparences d'un geste d'humeur
contre le traité européen, ou plutôt la politique interne. Donnons-nous des principes.
Pour
qu'une organisation fonctionne bien, il faut du leadership d'une part, et une
capacité des membres à dépasser leur propre horizon d'autre part, ces deux éléments
s'appuyant mutuellement. Ce qui vaut pour une simple équipe vaut pour une grande
organisation, voire une nation ou un rassemblement de nations. Le non à l'Europe
est-il un signe de la faillite du premier élément ou du second ou des deux ?
Analysons
d'abord la situation du leadership. La mondialisation, nous l'avons vu dans de
précédents articles, favorise le management obsessionnel. Ainsi, les entreprises
des pays matures recourent aux leviers de la productivité et de la délocalisation
pour se battre contre les entreprises à main d'oeuvre bon marché. Les dirigeants
de type "obsessionnels", centrés sur le contrôle par les procédures
et le souci du détail, sont mieux à mêmes de mener à bien ces stratégies.
Plus
largement, une constellation d'opinion se forme autour de ceux qui sont convaincus
que l'on peut maîtriser le monde par la règle. Cette constellation suit sa pente
naturelle en trouvant une valeur ajoutée évidente au traité constitutionnel. Le
leadership crée un vide autour de lui, insensiblement. Ou, plus précisément, il
y a bien des responsables qui font un excellent travail, mais leur leadership
ne répond qu'imparfaitement à la demande du "bon" peuple. De son côté,
le "bon" peuple, divers et varié, ne veut pas un traité mais des emplois !
Le "non" est une arme pour attaquer le triste bilan économique et social
des élites qui les gouvernent.
Les Français dénoncent également un traité
et un référendum conçus par des experts engoncés dans une rationalité pesante
et fermée sur elle-même. La vraie vie va vite se venger ! En ce sens, ce
non est hystérique. Clin d'œil au passage du référendum : constatons que
la capacité des membres à dépasser leur propre horizon se fait bien…mais sur le
dos du oui ! Comme dans toutes les opérations mal fichues, on se retrouve
avec un reste, un problème en plan : la mondialisation est bien une réalité
incontournable. Le danger est là : croire que l'on peut jeter le bébé de
la mondialisation avec l'eau du bain du traité constitutionnel. Or, le narcisse
de chacun de nous, quand il est tiraillé en tout sens, s'offre en proie facile
aux chimères du moment.
Plus l'individu se sent menacé par un environnement
économique et social dur et incertain, et plus sa protection narcissique est fragilisée.
Il lui faut trouver des parades pour éviter une plus grande fragilisation. Deux
mécanismes salvateurs sont à l'œuvre. Ils ont aussi leurs inconvénients. D'abord,
l'appartenance à un groupe humain fort et soudé constitue un sain antidote contre
l'angoisse. Chacun peut retrouver dans son tissu de proximité la chaleur, le soutien,
le sens dont il a besoin. Le coût de cette solution est facile à imaginer :
le fossé se creuse entre un leadership en apesanteur et des tribus, exclues du
mythe européen, qui se multiplient.

Ensuite,
si le repli sur la tribu permet d'éloigner l'angoisse, il faut aussi que narcisse
trouve sa ration de jouissance: d'autant qu'à notre époque tout le monde veut
jouir dans l'immédiat. Ceci explique la part de marché croissante des émissions
de télé-réalité où chacun peut s'identifier à la star d'un jour et trouver une
compensation aux manques concrets de sa situation. Effets secondaires garantis :
une fois qu'on a goûté aux paillettes "fast-food", le quotidien ne paraît-il
pas plus frustrant et les élites ne semblent-elles pas plus impuissantes ?
Résumons-nous. Le non à l'Europe est l'expression d'une faille à la fois dans
le leadership et dans la capacité de chacun à dépasser son horizon. Bref, le travail
ne manque pas. Travail qui peut, espérons-le, créer de l'emploi.
(1)
Selon la mythologie grecque, Zeus, subjugué par la beauté de la ravissante Europe,
fille du Roi de Sidon, se changea en taureau pour s'approcher d'elle et la séduire,
sans éveiller les soupçons d'Héra, sa jalouse épouse.
Les précédentes
chroniques de Gérard Pavy :
Influencer
les autres : fausses pistes et bons leviers
Sans l'inconscient, l'entreprise n'avance pas
"Entreprises,
frustrez votre personnel, c'est pour son bien"
"Les dirigeants
sont des obsessionnels, les salariés des hystériques"
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Parcours
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| Gérard
Pavy, 51 ans, est consultant, sociologue, et psychanalyste. Il dirige Pavy
Consulting, société de conseil et formation en management. Il est par ailleurs
chargé de cours au sein du MBA HEC. Il est également l'auteur de "Dirigeants
salariés, les liaisons mensongères" (Editions d'organisation, 2004 >>>
Consulter
les librairies) et de "La logique de l'informel" (Editions d'organisation,
2002). Avant de fonder Pavy Consulting, il a été vice-président
d'Aon Management Consulting, directeur général de Celerant Consulting France et
senior manager cherz Accenture. Gérard Pavy a collaboré pendant dix ans
avec Michel Crozier. |
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