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CARRIERE
 
14/12/2005

Un ancien pasteur dirigeant d'entreprise
Mes convictions l'emportent sur les contraintes de la conjoncture

Concilier humanisme et gestion d'une entreprise. C'est le pari réussi de Philippe Cirier, un ancien pasteur qui s'est lancé dans l'entreprenariat.
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Après une maîtrise de théologie et une licence de lettres modernes, Philippe Cirier devient pasteur détaché à la direction d'une librairie protestante, une fonction qu'il occupera pendant cinq ans. Il suit en parallèle un DESS de gestion d'entreprise à l'IAE, qu'il obtient en 1985. En 1992, il créé Opteaman, un cabinet de conseil en recrutement qui compte aujourd'hui 36 salariés pour un chiffre d'affaires de 4 millions d'euros. A 45 ans, cet ancien pasteur a gardé toutes ses convictions et entend les faire vivre dans le monde de l'entreprise.

Pourquoi avez-vous arrêté d'être pasteur ?
Philippe Cirier. Mon travail à la librairie m'a permis de développer une dimension commerciale et entrepreunariale. L'IAE m'a profondément donné envie d'intégrer l'univers de l'entreprise. J'ai ressenti le besoin d'éprouver mes convictions en me confrontant à une réalité différente. Je voulais vivre avec des gens qui ne pensaient pas forcément comme moi.

Etes-vous toujours croyant ?
Oui, je suis toujours croyant. La fonction de pasteur n'est pas sacralisée, ce choix ne correspondait en rien à une crise de vocation. Ma nouvelle orientation n'a pas constitué une coupure. J'ai une ambition humaniste et je suis aujourd'hui plus dans l'action que dans la méditation.


Concilier les exigences économiques et le talent humain"

Comment votre reconversion s'est-elle opérée ?
Elle s'est faite progressivement, en un peu plus d'un an. J'ai intégré un cabinet de recrutement par hasard et j'ai été très vite emballé par ce métier. J'ai eu la chance de réussir tout de suite. Mon cursus a contribué à ce succès puisque je m'intéressais depuis longtemps aux comportements humains. Je me suis montré à l'écoute de mes futurs clients.

Vous avez créé votre propre entreprise, Opteaman. Est-elle différente des autres ?
Elle est à la fois différente et identique. Elle n'est pas meilleure que les autres. Elle fait face aux mêmes problématiques et aux mêmes contraintes. Mais elle a un état d'esprit différent. Opteaman a une vraie signification pour ses salariés. Nous nous inscrivons dans une démarche forte pour les candidats, nous allons au delà des apparences. Nous écoutons beaucoup nos clients et n'hésitons pas à passer une journée complète sur le terrain avec eux. Notre finalité n'est pas uniquement économique. Nous voulons montrer qu'il est possible de concilier les exigences économiques de l'entreprise et le talent humain. Les impératifs économiques peuvent tuer le talent, mais ils peuvent aussi pousser à aller au bout de soi-même, à chercher le meilleur de soi.


Il ne faut pas se laisser guider uniquement par les chiffres"
La gestion des hommes est-elle différente chez Opteaman ?
Au sein de l'entreprise, on sent une ambiance particulière liée à une forte culture de l'attention à l'autre. Nous licencions très rarement. Les départs sont surtout liés à des décalages culturels. Lorsque nous recrutons un salarié, nous poursuivons cette collaboration même s'il n'a pas de bons résultats. Nous sommes très patients. Nous évaluons aussi les résultats, mais nos critères de référence sont le comportement, l'effort, l'envie de continuer à réussir. Lorsqu'une personne est dans un état d'esprit positif, cela finit par marcher. Avec un de nos salariés, cela a été très difficile pendant un an. Notre contrat moral nous a poussés à aller jusqu'au bout. Cette personne obtient maintenant de très bons résultats.

Quels sont les objectifs d'Opteaman ?
Nous sommes là pour faire d'Opteaman une référence et ainsi apporter quelque chose de plus au marché du recrutement. Nous souhaitons être numéro un sur le plan de la qualité, ce qui implique aussi une certaine taille. Cela me ferait plaisir de devenir numéro un en volume, mais cela ne doit pas devenir un diktat. Il ne faut pas se laisser guider uniquement par les chiffres.

Vos salariés vous reprochent-ils d'afficher votre foi ?
Je n'en parle jamais. En revanche, je réponds toujours aux demandes sur ce sujet. Ma religion m'apporte souvent plus de crédibilité. Cela donne un côté rassurant de savoir que je m'intéresse aux hommes. Les protestants sont en plus considérés comme pragmatiques et à l'aise dans le monde des affaires.

Vous sentez-vous plus utile dans votre rôle de chef d'entreprise que dans celui de pasteur ?
Je me sens plus utile dans l'entreprise. Opteaman propose des candidats que d'autres cabinets n'oseraient pas mettre en avant et ils évoluent ensuite très bien.

L'argent est un piége pour mon projet de vie personnelle"

Votre cabinet serait-il plus rentable si vous le gériez avec moins d'humanisme ?
C'est possible. Pendant la crise, la plupart de mes confrères ont licencié. Ils ont attendu que cela se passe et ont ensuite redéployé leur activité. Au contraire, Opteaman a continué à investir et à recruter. Nous avons donc gagné moins d'argent. Mais l'entreprise peut apporter plus que des bénéfices, même s'ils sont nécessaires pour se développer. Il faut réussir à concilier le court terme et le long terme. Le côté humain renforce la performance. Ce n'est pas facile à vivre, il faut se battre tous les jours. Nous avons tenu bon car j'ai toujours gardé mes convictions. Elles l'ont emporté sur les contraintes liées à la conjoncture.

Les salariés d'Opteaman sont-ils bien rémunérés ?
Nous sommes considérés comme le cabinet proposant la part de fixe la plus importante. En ce qui me concerne, je vis plutôt bien mais je pourrais me rémunérer plus. Je me soucie de faire vivre ma famille. J'ai souvent la tentation de gagner plus, mais l'argent est un piége pour mon projet de vie personnelle. Les besoins des salariés passent avant les miens. La priorité reste cependant la pérennité de l'entreprise. Je serais prêt à baisser les salaires s'il le fallait.

En tant que pasteur, gagniez-vous assez d'argent ?
Je ne gagnais pas assez à mes yeux. Mais je cherche avant tout à garder une distance par rapport à cela pour maintenir mon intégrité dans mes motivations.

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