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ENTREPRISE
 
28/06/2006

Fragile équilibre entre vie privée et vie pro

La satisfaction des salariés français vis-à-vis de l'équilibre entre vie privée et vie professionnelle s'est accrue de 4 points entre 2001 et 2005, mais concerne moins d'un actif sur deux. Explications du phénomène.
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Globalement, 49 % des actifs français trouvent qu'ils préservent un bon équilibre entre vie privée et vie professionnelle, soit quatre points de plus qu'en 2004. C'est ce que révèle une enquête internationale d'ISR publiée début juin 2006, et menée auprès de plus de 26.000 Français. Amélioration donc, mais cette satisfaction concerne à peine un Français sur deux et selon les prévisions, la situation pourrait se détériorer dans les années à venir. Le point avec Julien Mayet, chef de projet chez ISR.


La France peine à trouver son équilibre
Premier facteur d'insatisfaction des actifs en France : un effectif insuffisant dans leur entreprise pour 54 % des répondants. Un point non sans conséquence au niveau de la charge de travail souvent perçue comme excessive pour 52 % des actifs, soit une augmentation de 5 % depuis cinq ans. Le taux de chômage qui peine à baisser ne devrait pas permettre à la tendance de s'inverser. Sur le terrain des améliorations, notez une forte baisse de la pression au travail (-11 %), et une augmentation de la flexibilité (+10 %).

Le manque de proximité entre salariés et management est un problème"
Julien Mayet

"Plusieurs hypothèses permettent d'expliquer la tendance actuelle, remarque Julien Mayet. On peut tout d'abord citer les 35 heures, qui, bien que la charge de travail ne diminue pas, ont permis d'assouplir les horaires. Vient ensuite la prise en compte en interne des besoins des salariés avec la mise en place de services à domicile ou de crèches." Des mesures prises en général par les grands groupes, plus rarement par les PME. "Les deux mouvements sont importants mais leur effet ne va pas durer", prévient le chef de projet. L'effet 35 heures se fera de moins en moins sentir à moyen terme, tout comme les initiatives prises en matière de service.

L'opinion des Français en 2005 et son évolution depuis 2001
(*Pas de chiffres en 2001 - source : ISR 2006)
 
L'effectif est insuffisant dans leur service
  54 %
*
La charge de travail est trop importante
  52 %
+ 5 %
La pression est excessive
  43 %
- 11 %
L'emploi du temps manque de flexibilité
  29 %
- 10 %
Les objectifs et priorités changent trop souvent
  31 %
NC

 



La culture anglo-saxonne s'impose
Au niveau mondial, la France se noie en milieu de peloton, ex-aequo avec l'Allemagne et la Grande-Bretagne. Les pays de cultures anglo-saxonne - Canada, Etats-Unis, Australie ou encore Irlande - affichent une meilleure perception de l'équilibre vie privée / vie professionnelle. La proportion d'actifs satisfaits y est d'ailleurs au minimum égale à 51 %. "Pour une question de culture et de société, les gens se réalisent plus dans leur travail ici qu'ailleurs." Au contraire, les pays latins montrent grise mine. Seuls 41 % des actifs italiens et espagnols sont satisfaits. La proportion n'atteint que 46 % au Portugal.

Une culture anglo-saxonne, qui au niveau de l'entreprise, ne fait pas l'unanimité. Ainsi, l'Inde qui affiche la plus forte dégradation - moins 9 % en cinq ans - a vu s'implanter sur son territoire de nombreuses entreprises étrangères et notamment américaines (secteurs pharmaceutique et informatique, ou services externalisés...). "Le cadre de travail s'en est trouvé bouleversé, et soumis à un management importé, remarque Julien Mayet. D'une logique et d'une économie de PME, on passe rapidement à celle d'un groupe. Le management par objectifs s'impose et les salaires sont indexés sur la productivité." Des facteurs qui ne font qu'aggraver le stress des salariés, et rendre leur perception de l'équilibre vie privée / vie professionnelle plus négative.

Evolution de la perception positive des salariés quant à l'équilibre vie privée / vie professionnelle (Source : ISR 2006)
Pays
Moyenne 2001
Moyenne 2005
Evolution
Canada 
55 %
54 %
-1 point
Etats-Unis
51 %
54 %
+3 points
Pays-Bas
53 %
54 %
+1 point
Brésil 
47 %
52 %
+5 points
Australie 
49 %
52 %
+3 points
Irlande 
50 %
51 %
+1 point
Belgique
50 %
51 %
+1 point
Turquie 
52 %
51 %
-1 point
France 
45 %
49 %
+4 points
Grande-Bretagne 
47 %
49 %
+2 points
Allemagne 
46 %
49 %
+3 points
Portugal
43 %
46 %
+3 points
Inde 
54 %
45 %
-9 points
Singapour 
42 %
42 %
-
Espagne 
43 %
41 %
-2 points
Italie
44 %
41 %
-3 points
Hong-Kong 
36 %
35 %
-1 point
Japon 
36 %
33 %
-3 points



Les leviers de la satisfaction
La satisfaction et l'engagement des salariés sont liés mais dépendent aussi du management et de l'encadrement direct. Et Julien Mayet d'insister : "Les salariés attendent beaucoup de la prise en compte de leur bien-être, de la communication en termes d'objectifs. Ils ont besoin de savoir ce que l'on attend d'eux. En France, le manque de proximité entre salariés et management est un véritable problème." En effet, la communication est soumise à un système très hiérarchique, vertical, et finalement, elle circule mal. Le problème entre direction et management concerne la vision stratégique de l'entreprise, tandis qu'il devient plus opérationnel entre le management et les employés.

En savoir +

Paradoxe : les salariés français sont parmi les plus productifs au monde, mais le bien-être reste en quelque sorte un tabou, ne faisant pas l'objet de mesures. Fini les carrières entières dans une seule entreprise : le turn-over est de plus en plus important. Julien Mayet de conclure : "Dans un pool regroupant les vingt plus grandes économies internationales, les salariés français sont les moins engagés."


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