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12/07/2006
Jean-Pierre Van Severen (RHA Consultants) "La première compétence du risk manager est la curiosité"
De plus en plus souvent, les entreprises confient la gestion centralisée des risques à une seule personne : le risk manager. Quels types de risques doit-il gérer ? Quelles décisions est-il amené à prendre ? Quelles aptitudes particulières doit-il posséder ? Jean-Pierre Van Severen, consultant auprès de plusieurs entreprises et intervenant du mastère spécialisé en management des risques de l'ESC Lille, a répondu, lors d'un chat, aux questions des lecteurs du JDM.
Risk manager, est-ce un métier récent ? Comment est-il apparu en France ?
Jean-Pierre Van Severen. C'est un métier qui est apparu avec les augmentations des primes d'assurances et avec l'accroissement des mises en cause par voie de justice. On peut estimer une arrivée significative à partir des années 1990.
Comment êtes-vous devenu risk manager ?
Je n'ai jamais été risk manager (RM) et je ne suis pas certain que ce soit indispensable dans toute entreprise. Je ferais volontiers un parallèle avec la fonction de DRH. Le RM ne doit en aucun cas être celui qui portera les fautes de ses collègues. La sensibilité aux risques doit être partagée par l'ensemble du management au moins. Le rôle du RM est d'abord de sensibiliser, de faire partager, de rendre "commun".
Quelles sont les relations du risk manager avec le directeur général, les directeurs métiers
Qui prend les décisions ?
Le patron est celui qui choisit la stratégie. C'est lui qui choisit les risques. Il décide de les prendre. Il me semble, à l'expérience, que l'approche des risques est plus pertinente lorsqu'elle part des risques voulus et futurs, plutôt que des risques constatés dans le passé. A partir de la stratégie, l'ensemble du management peut effectivement travailler à mieux maîtriser les risques. Et à partir de là, une fonction de risk manager change complètement d'orientation par rapport au profil classique qui consiste à séparer les risques techniques, financiers, commerciaux, humains, juridiques, etc.
Comment se décident les budgets ? Le risk manager est-il à part, dans l'organigramme ? Comment responsabiliser tous les acteurs qui sont concernés, chacun à leur niveau, par des risques ?
Le risk manager peut prendre différentes positions dans l'organigramme. Etre rattaché soit directement à la direction générale, soit au secrétariat général, soit à la DRH. Dans ces derniers cas, la fonction est techniquement orientée. D'autre part, la question du budget se résume la plupart du temps au budget de fonctionnement propre du RM. Enfin, la responsabilisation des acteurs est un acte majeur de management de la direction générale qui, par ses orientations, amène les différents responsables à choisir leurs risques. A partir de là, le RM peut agir en fonction des orientations que donnent les différents responsables dans la stratégie définie.
Quels sont les secteurs où l'on rencontre le plus fréquemment des risk managers ?

Le premier risque, dans le management, est de ne pas être compris."
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Maintenant, on en trouve dans tous les secteurs. A l'origine, les premiers services de risk managers se sont installés dans les industries à risques élevés (chimie, pétrochimie, gaz, pétrole...). Aujourd'hui, les nouveaux textes sur les nouvelles régulations économiques en France et les lois Sarbanes-Oxley aux Etats-Unis ont invité toutes les entreprises, et notamment celles qui ont une activité financière importante, à mettre en place du contrôle interne, des systèmes qualité et bien entendu, du management des risques. On en trouve également dans la grande distribution. Je ne vois pas quels secteurs y échappent vraiment.
Qu'est-ce que le risque financier ? Est-ce qu'il ne concerne que les banques, ou tout type d'entreprises ?
Le risque financier que j'évoque ci-dessus est le risque financier de toute entreprise. Très concrètement, c'est le risque de manque de liquidité, c'est le risque d'absorption, et c'est le risque d'une catastrophe majeure qui met en péril l'exploitation. Catastrophe qui, dans mon esprit, n'est pas que technique : elle peut être purement d'image (laboratoires et autres).
Y a-t-il beaucoup d'entreprises qui prévoient déjà comment réagir face à une épidémie de grippe aviaire
et que font-elles ?
Oui. Le CAC40 et au-delà, donc les grandes entreprises, ont déjà pris quelques dispositions, voire des plans complets de crise : emploi du personnel à domicile, réduction des déplacements, gestion des stocks, de la distribution... En revanche, très peu de PME-PMI se sont penchées sur la question. Différentes initiatives, notamment des chambres de commerce, voire de conseils régionaux, sont en cours pour essayer de les sensibiliser. Le chemin est long...
Une PME peut-elle avoir besoin d'un risk manager ?
Cela dépend beaucoup de son activité. Il me semble en particulier qu'une entreprise qui travaille sur des produits de pointe dont la vitesse de péremption est grande, a intérêt à s'entourer d'un "veilleur". Est-ce un risk manager ? Oui s'il est dans le droit fil de la stratégie du patron, car sa mission sera de protéger le développement de produits nouveaux.
Quels sont les risques possibles dans le management de l'entreprise ?
Il me semle que le premier risque, dans le management, est de ne pas être compris. L'objectif premier d'un patron est me semble-t-il de rendre "communs" ses orientations et sa stratégie. Je crois donc que le premier risque est de ne pas prendre le soin d'expliquer et d'expliciter. D'une autre façon, les choix des responsables sont également très importants pour la réussite d'un projet.
Les RM peuvent-ils être amenés à gérer les risques sociaux ? Comment s'y prennent-ils ?

Quand tout va bien, expliquer qu'un accident est possible est toujours délicat."
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Ce n'est pas sa fonction. Pas plus que ce n'est la fonction du DRH. En tous cas, ce ne sont pas leur fonction exclusive. Par expérience, un risque social ne peut être correctement géré que par le management de proximité. Tant le RM que le DRH peuvent avoir un rôle d'alerte, un rôle de veille. Il me semble dangereux pour le crédit même du management de les amener à gérer cela eux-mêmes. Mais ce n'est que mon avis.
Le risk manager d'une grande entreprise comme Total peut-il être tenu pour responsable lors de catastrophes comme AZF ou l'Erika ?
La justice décide souverainement mais plus toujours sereinement. C'est un état de fait et l'on voit croître de façon très importante le poids de l'opinion publique. Je ne connais pas les dossiers des affaires citées et donc ne me prononcerai pas à leur sujet. En revanche, il faut avoir en tête que des dossiers comme cela sont d'une extraordinaire complexité et que les enjeux économiques et politiques sont considérables.
Travaillez-vous en relation avec les compagnies d'assurance ?
En tant que consultant, je ne suis pas en contact direct avec les entreprises d'assurance. En revanche, les RM que je côtoie sont en contact plus ou moins fréquent suivant leur orientation.
Y a-t-il des risques, pourtant majeurs, vis-à-vis desquels les entreprises se montreraient particulièrement indifférentes ?
Evidemment de façon anonyme... Il m'est arrivé de rencontrer des entreprises dont l'objet premier est le négoce de produits à destination du grand public, par exemple, et pour lesquels les risques chimiques - explosion, incendies, pollution, altération de la santé - avaient été au moins partiellement éludés. Cela a pu amener des prises de consciences brutales, au premier incident rencontré. J'ai un cas précis en tête. Ce ne fut donc pas une catastrophe mais ce n'était pas passé loin.
Quelles sont les compétences et aptitudes professionnelles et personnelles exigées pour ce type de poste ? Y a-t-il une différence entre une petite et une grande structure, en France ?
La première compétence est sans doute la curiosité. Mais celle qui suit immédiatement est la capacité de résister à l'entourage. Cela dit, ces belles qualités ne peuvent mener durablement une personne à ce poste que si le dirigeant accepte la contradiction. En effet, quand tout va bien, expliquer qu'un accident est possible est toujours délicat. J'en rajouterai une troisième : c'est la pédagogie. Il ne faut pas que le RM soit un prophète - celui qu'on tuera de toutes façons quand tout ira mal ! Rappelons-nous d'un autre côté qu'il est toujours difficile de compter les accidents évités. Cela amène le RM à être un personnage dépensier s'il n'est pas directement en prise avec la stratégie de l'entreprise. C'est sans doute ce qui fait la grande différence entre les petites entreprises et les grandes structures. Mais il y a des petites entreprises qui ont parfaitement compris ce que l'on pouvait en faire... Nous progressons.
Quel type de diplôme est prisé pour ce type de poste ?
Cela dépend de l'activité. Ceci dit, il me semble que les qualités évoquées ci-dessus sont primordiales devant tout type de formations. J'ai la conviction que toutes les formations supérieures peuvent mener à tout type d'emplois. Les formations apprennent à apprendre. Il faudra simplement se méfier de la focalisation que la formation apporte sur un savoir, technique pour les ingénieurs, financier ou commercial pour les commerciaux et juridique pour les juristes. En particulier, beaucoup des premiers risk managers étaient des spécialistes de l'assurance, ce qui les cantonnait dans la renégociation des contrats, sans pour autant parfois examiner l'objet assuré...
Peut-on devenir risk manager tout de suite après une formation, ou faut-il s'être déjà frotté au monde de l'entreprise dans des fonctions plus traditionnelles, pour être efficace ?

Le risk manager peut être amené à vivre pour une certaine durée dans un contexte conflictuel."
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Je ne reviens pas sur les qualités évoquées ci-dessus mais elles supposent quand même une certaine forme d'autorité (je distingue bien ici l'autorité du pouvoir). Ce qui suppose au moins un peu d'expérience et quelques cicatrices. Cela dit, les expériences et les cicatrices peuvent venir très tôt si on les cherche... D'une certaine façon, je vous invite à prendre des risques ! Il n'y a pas d'expérience sans risque et sans erreur.
Combien gagne un risk manager ? Est-ce un job très prenant ?
La fourchette est très grande. Prenons un risque : de 30.000 à 250.000 euros par an. Ce sont des missions difficiles qui peuvent amener le risk manager à vivre pour une certaine durée dans un contexte conflictuel. Cela demande également beaucoup de travail de documentation, de négociation, de persuasion, etc...
Quel est le risque de confier la gestion des risques à un RM ?
Le même que de confier toutes les ressources humaines à un DRH afin de laisser le management de proximité libre de toutes ses actions. Le RM n'est pas là pour corriger les erreurs des autres mais pour les sensibiliser à une action plus efficace. Une petite remarque à cet égard : j'ai la conviction qu'une disposition de protection ne se pérennise que si celle-ci est en elle-même rentable. Si ce n'est pas le cas, elle sera abandonnée à la première occasion.
Jean-Pierre Van Severen. Merci de votre attention. Au point où nous en sommes, je voudrais simplement rappeler les propos d'un homme célèbre : "Dirige celui qui risque ce que les dirigés ne veulent pas risquer." Et c'est signé Jean Jaurès !
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Parcours
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Jean-Pierre Van Severen, diplômé de l'Ecole des Hautes Etudes d'Ingénieur (HEI) en 1969, commence sa carrière dans le bâtiment, puis évolue vers le contrôle technique des installations industrielles. Au cours de cette expérience, il constate que l'action menée pour réduire les risques accidentels et technologiques par des moyens purement techniques perd de plus en plus d'efficacité. Il crée alors, en 2004, l'Institut du Management des Risques pour la Performance de l'Entreprise (IMRPE) avec Arcelor, Renault, EDF, Le Pôle des Industries Agroalimentaires (Nord Pas de Calais) ainsi que deux écoles d'ingénieurs : l'Ecole des Mines de Douai et HEI à Lille. Aujourd'hui professeur associé à l'ESC Lille, il assure également des missions de conseil auprès des entreprise : missions de cartographie des risques et, plus généralement, de réflexion relative au risk-management dans les organisations.
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