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ENTREPRISE
 
06/09/2006

Qui sont les champions... des cinémas ?

Sur ce marché très atomisé, EuroPalaces occupe la place de leader. Si les innovations portent sur les multiplexes et les tarifs, la concurrence reste très segmentée entre Paris et la province.
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Sites
  Fédération Nationale des Cinémas Français
  Centre National de la Cinématographie

Après la production de films et leur distribution, l'exploitation des salles est le dernier maillon de la chaîne de l'industrie du cinéma, un secteur qui regroupe les propriétaires et gestionnaires de salles. La taille des établissements varie fortement, du petit cinéma de village, avec sa salle unique, jusqu'au multiplexe urbain dont les dimensions peuvent atteindre celles d'un centre commercial. Le plus important en France, dans le quartier des Halles à Paris, accueille trois millions de visiteurs par an. Sur ce marché, en croissance depuis maintenant quinze ans, deux groupes intégrés font face à une concurrence encore très dispersée.


Un marché peu concentré
Avec plus de 37 millions de tickets vendus en 2005 et environ 11 % du parc total des écrans en France, EuroPalaces est le leader incontesté du secteur. L'enseigne est née en 2001 du regroupement des activités d'exploitation de salles de deux sociétés, par ailleurs concurrentes sur les segments de la production de films et de la distribution : Gaumont et Pathé. Autre groupe intégré, UGC, également présent dans le secteur de la distribution, a vendu environ 28 millions de billets en France cette même année. De taille plus réduite, MK2, le groupe du cinéaste Marin Karmitz, cumule lui aussi les casquettes de producteur, distributeur et exploitant.

Les principaux exploitants de salles, en nombre d'écrans actifs en 2005
(source : CNC)
Entreprises d'exploitation
Pourcentage du parc français total
EuroPalaces (Gaumont: 34 %, Pathé: 66 %)
11,1 %
CGR Cinémas
7,0 %
UGC
6,8 %
Ciné Alpes (Groupe Davoine)
2,9 %
Cinéville (Groupe Soredic)
1,7 %
Kinépolis
1,6 %
MK2
1,2 %
Mégarama (Groupe Lemoine Images)
1,1 %
Accro-Ciné (Groupe Adira-nef)
1,0 %

Face à ces groupes à forte notoriété, la concurrence est constituée d'acteurs plus confidentiels, spécialisés dans l'exploitation de salles et dont l'implantation est surtout régionale. Certains ont toutefois atteint une taille critique, tel CGR Cinémas, présent sur l'ensemble du territoire hors Paris, ou Ciné Alpes, qui a largement essaimé au-delà de ses frontières originelles. L'exploitation de cinéma demeure toutefois un secteur peu concentré qui compte de nombreux exploitants indépendants. Les dix premiers acteurs ne contrôlent ainsi qu'environ un tiers du parc total des salles de cinéma.


Une conjoncture volatile
Après un long déclin, jusqu'au début des années 90, les ventes de billets connaissent depuis une croissance durable, bien que marquée par des fluctuations importantes. Le marché a ainsi enregistré, en 2005, une impressionnante contraction des ventes de plus de 10 % avec 176 millions de places, contre 196 millions en 2004. En cause, une offre de films insuffisante, un calendrier peu cohérent de sorties des films, un climat économique morose, mais également… une météo trop clémente. La machine est toutefois bien repartie au premier semestre 2006, avec une hausse de 17 % des entrées et un record, avec plus de 100 millions de tickets vendus en six mois. Depuis 1992, la courbe est ascendante, avec une hausse supérieure à 50 %.

Fréquentation des cinémas, de 1992 à 2005, en millions d'entrées
(source : FNCF)



La montée en puissance des multiplexes
Ce regain d'activité s'est accompagnée de mutations profondes et en particulier, de l'avènement des multiplexes, des cinémas géants qui comptent, selon la définition officielle, plus de 795 sièges, et, en France, 11 écrans en moyenne. Avec 140 unités de ce type, les multiplexes ne représentent qu'une fraction des quelque 2.143 établissements que compte l'Hexagone. En 2005, ils ont pourtant assurés plus de la moitié des entrées, contre à peine 10 %, dix ans auparavant. Cette course à la taille ne touche d'ailleurs pas que les multiplexes, puisque la capacité d'accueil moyenne des établissements cinématographiques a progressé de presque 15 % en 10 ans, tandis que la moitié des cinémas français ne disposent encore que d'une seule et unique salle.

Toutefois, le gigantisme n'est pas un objectif en soi. Les exploitants savent qu'ils font face à de nombreux périls : un délai de plus en plus court entre la sortie d'un film en salle et sa publication en DVD ou l'explosion du piratage des films sur Internet. Ils cherchent donc à donner un nouveau souffle à leur offre. Les projets les plus récents de multiplexes intègrent de nombreux services annexes, restaurants et bars, mais aussi services culturels, comme des librairies ou des expositions. Le but est bien sûr d'offrir aux spectateurs un environnement attractif et de leur donner envie de sortir, plutôt que de voir le film chez eux. Mais cela permet aussi à l'exploitant de dégager de toutes ces activités de substantiels revenus annexes.

La dimension parfois pharaonique de ces projets, impose aux exploitants de prévoir une capacité d'accueil permettant d'amortir les coûts : en 2005, la seule réalisation du complexe Quai de Loire de MK2 à Paris, a ainsi coûté 9 millions d'euros, tandis qu'UGC a investi près de 20 millions d'euros pour un établissement de 16 salles, dans le quartier d'affaires parisien de La Défense.


Une fracture entre Paris et la province
Sur les dix multiplexes les plus fréquentés, huit sont parisiens. Et le seul marché de Paris intra-muros, plus de trente millions de billets vendus en 2005, suffit à combler l'appétit de certains exploitants, à l'image de MK2 qui réalise ses cinq millions d'entrées françaises exclusivement dans la capitale. D'une manière générale, les grandes enseignes, trustent les ventes parisiennes : UGC s'accaparant 43 % de part de marché, Europalaces et MK2, respectivement 26 % et 16 %.

Les grandes enseignes trustent les ventes sur Paris intra-muros, tandis que le marché en province est beaucoup plus atomisé.

Au contraire, les acteurs présents en Province, CinéAlpes, Kinépolis, CGR ou Mégarama ne semblent pas vouloir s'aventurer à Paris, préférant capitaliser sur l'expansion du modèle des multiplexes dans les villes de Province. D'abord, parce que ce créneau est moins sujet à la saturation : sur les 13 établissements du genre ayant ouvert leurs portes en 2005, un seul est parisien. Ensuite, parce que la concurrence des grandes enseignes y est moindre : EuroPalaces n'a ouvert qu'un seul multiplexe en Province en 2005 et UGC aucun. On trouve par contre quatre exploitants indépendants parmi les douze inaugurations de l'année.


Les innovations tarifaires
Autre piste qu'ont empruntée les exploitants pour enrayer la baisse de la fréquentation, les innovations dans le système de tarification. S'ajoutant à la kyrielle d'offres spécialement dédiées aux étudiants, chômeurs ou comités d'entreprises, UGC a lancé courant 2000 une formule d'abonnement illimité, rapidement imitée par un GIE regroupant MK2, Europalaces et Ciné Classic. Cette innovation, décriée lors de son lancement, a contribué à bouleverser le système français de financement du cinéma, qui a dû refondre son système de prélèvement de taxe. Mais surtout, elle a obligé les autres opérateurs à adopter le dispositif à marche forcée, au travers d'alliances ou en concurrence avec les grandes enseignes. Aujourd'hui généralisée, la mise en place de ces cartes coïncide aussi avec une forte croissance de la fréquentation des salles obscures.



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