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ENTREPRISE
31/10/2006
Qui sont les champions... des bourses européennes
Il est loin, le temps où les Bourses nationales régnaient sans partage sur toutes les relations entre investisseurs et émetteurs d'une place financière. L'internationalisation des flux de capitaux des années 80 et la déréglementation du secteur des années 90 ont eu raison de la corbeille du Palais Brongniart et de la toute-puissance des agents de change. Les places boursières sont désormais des entreprises privées presque comme les autres, cotées sur leur propre marché pour la plupart. La concurrence entre elles fait rage et l'Europe est un champ de bataille très disputé. Deux places se partagent la moitié du marché européen Deux acteurs tiennent le devant de la scène : la London Stock Exchange (LSE) et Euronext. Avec 2.700 milliards d'euros de capitalisation et plus de 3.000 sociétés cotées, la place britannique domine largement le marché européen. C'est la plus internationale des bourses du Vieux Continent : 500 entreprises étrangères y sont cotées. Ce phénomène s'est particulièrement accentué depuis le vote, aux Etats-Unis, de la loi Sarbanes-Oxley sur la sécurité financière, très contraignante en termes de reporting. Très puissante sur le marché des actions, le LSE reste en revanche très en retrait en termes de produits dérivés (options, contrats à terme...).
Créée en 2002, la société Euronext a remplacé, en les fusionnant, les places boursières de
Paris, Amsterdam et Bruxelles. Les bourses portugaises de Lisbonne et Porto les ont rejointes en 2002. Si le nombre d'entreprises cotées reste très en deçà de celui du LSE (un peu moins de 1.000), Euronext talonne son concurrent britannique en termes de
capitalisation, rattrapant progressivement son retard. En septembre 2006, celle-ci atteignait près de 2.650 milliards d'euros. En rachetant le Liffe (London International Financial Futures and Options Exchange) en 2002, Euronext s'est également offert la seconde place sur le marché très convoité des produits dérivés. Aujourd'hui, grâce à son fonctionnement fédéral avec un partage des tâches entre les différentes capitales, Euronext est considérée comme un exemple d'intégration transfrontalière réussie et fait figure de fer de lance sur les marchés financiers d'Europe continentale.
A l'affût, quatre bourses secondaires se structurent Derrières les principales places financières, les challengers sont dans un mouchoir de poche, à moins de 1.000 milliards d'euros de capitalisation. L'Espagnole BME, qui vient de faire son introduction en bourse durant l'été 2006, se classe ainsi quatrième. Les 34 valeurs latino-américaines qui y sont cotées lui confèrent le statut de bourse internationale et la place compte bien capitaliser sur cet avantage pour se faire entendre dans les pourparlers européens. Avec près de 880 milliards d'euros de capitalisation, la Suisse SWX talonne BME. Ses atouts : sa joint-venture avec Deutsche Börse sur les produits dérivés, Eurex, mais également virt-X, une plate-forme de négociation électronique basée à Londres.
Des alliances transatlantiques se profilent C'est dans cet environnement concurrentiel que se déroulent, depuis quelques années, de multiples négociations pour d'éventuels rapprochements. En 2006, les places américaines ont clairement montré leur intérêt pour les bourses européennes. Deux rapprochements transatlantiques sont sur la table des négociations et structurent les débats. Il s'agit tout d'abord du très médiatique projet de rapprochement entre Euronext et le New York Stock Exchange (Nyse). Comme dans toute fusion de deux bourses, l'intérêt principal d'une telle alliance est de rentabiliser les plates-formes de négociation, outils informatiques coûteux, et donc de réduire les tarifs pour les utilisateurs. Mais il est aussi d'augmenter la liquidité des marchés concernés, en accroissant le nombre d'investisseurs. Le LSE a également séduit la seconde place boursière new-yorkaise, le Nasdaq. Au printemps 2006, cette dernière a acquis près de 25 % du capital de la première bourse européenne et pourrait ne pas s'arrêter là. Cependant, une fusion ne résoudrait pas leur principal problème : leur faiblesse commune sur le marché en forte croissance des dérivés. Un projet alternatif de bourse européenne Mais les logiques industrielles ne sont pas les seuls critères pris en compte dans ces débats. La concentration des bourses européennes est en effet une question hautement politique. Dans le rapport qui lui avait été commandé par l'association Paris Europlace, le président du conseil de surveillance de Schneider Electric, Henri Lachmann, s'est clairement prononcé en faveur d'une alliance Euronext-Deutsche Börse, critiquant un accord transatlantique, jugé trop déséquilibré.
Une nouvelle étape dans la déréglementation du secteur Si les négociations sont déjà bien avancées entre le Nyse et Euronext, la question n'est toujours pas tranchée et Deutsche Börse peut être amenée à revoir son offre. Mais qu'il soit européen ou international, ce mouvement de concentration devra avoir lieu. En effet, la nouvelle directive européenne sur les marchés d'instruments financiers (directive MiFID), qui doit être transposée dans les réglementations nationales d'ici novembre 2007, va encore venir accentuer la concurrence sur le marché européen. Cette directive permettra à des acteurs autres que les bourses de négocier des actions cotées. Ce sera tout particulièrement le cas des banques, qui pourront internaliser les ordres qu'elles passent, et des plates-formes électroniques alternatives. Menacées sur leur cœur de métier, les bourses sont poussées à réagir rapidement, en s'alliant et en réduisant leurs coûts. Les grandes manœuvres ne font donc que commencer.
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