|
Interview
27/03/2007
Jean-Louis Daudier (Coface) : "L'Europe de l'Est est la zone la plus dynamique après l'Asie"
Croissance dynamique, proximité géographique et culturelle, réformes structurelles pour adhérer à l'Union européenne... Les atouts ne manquent pas aux pays d'Europe de l'Est, qu'ils soient issus de la première ou de la deuxième vague d'élargissement ou qu'ils n'aient encore que le statut de candidats. Jean-Louis Daudier, expert chez Coface, a fait le point sur les opportunités et les risques que présentent ces pays lors d'un chat avec les lecteurs de JDN Management.
En quoi consiste le risque pays ?
Jean-Louis Daudier. Cela consiste à suivre l'évolution économique, financière et politique des pays. Pour l'assureur que nous sommes (Coface), cela nous permet de mesurer, via une notation, le niveau moyen des risques d'impayés à court terme présenté par l'ensemble des entreprises d'un pays. Nous croisons l'expérience des paiements du groupe Coface sur les opérations à court terme et une "note pays" calculée selon notre appréciation des différents facteurs de risque pays.
Quels types de risques cela regroupe-t-il ? Nous prenons en compte la fragilité de la croissance, le secteur bancaire, l'environnement géopolitique et la gouvernance, le risque de défaut souverain, le risque de surendettement extérieur et le risque de crise de change.
Comment se situe l'Europe de l'Est par rapport à la croissance mondiale ? Elle se positionne très bien. C'est la zone la plus dynamique après l'Asie. Ainsi, le PIB régional (y compris Turquie) a progressé de près de 6 % en 2006 et on s'attend à une croissance du même ordre cette année. On remarquera que ces taux sont supérieurs de trois points à celui de l'Europe des 15. Ce dynamisme est surtout lié à la vigueur des demandes intérieures des pays d'Europe centrale.
Quel pays de l'Europe de l'Est affiche la meilleure note et quel est l'Etat le plus probant en termes d'investissements directs étrangers (IDE) ? S'agissant de la notation, je dirais que la grande majorité de ces pays bénéficie de bonnes notes (comprises entre A1 et A4). La Slovénie bénéficie de la note A1, la Pologne de la note A3, la Bulgarie et la Roumanie de A4. Bien entendu, les pays des Balkans, comme la Serbie et l'Albanie sont moins bien classés (en C et D).
En ce qui concerne les investissements directs étrangers, c'est la République tchèque qui présente le ratio IDE par habitant le plus élevé. Ce résultat tient en grande partie au fait que celle-ci figure parmi les pays les plus avancés en terme de réformes.
La Roumanie et la Bulgarie ont beau avoir intégré l'Europe, je n'ai pas l'impression que ce soit les pays les plus recommandables pour s'implanter… Qu'en pensez-vous ? Il est vrai que ces pays sont moins avancés que ceux de la vague d'élargissement de 2004. Ils présentent en particulier un environnement des affaires et une gouvernance moins favorables. Mais ils ont fait des progrès importants. Ils ont amélioré la gestion de leurs finances publiques et leur situation financière en règle générale. Ils présentent des performances de croissance très enviables. Ainsi, la Roumanie a affiché un PIB en progression d'environ 7 % en 2006 et la Bulgarie, de près de 6 %. J'ajouterais que la Roumanie dispose d'un marché intérieur relativement important, avec 22 millions d'habitants.
Ces pays, qui sont entrés dans l'UE en janvier dernier, continueront à faire l'objet d'un suivi, notamment en ce qui concerne les problèmes de gouvernance, de la part de la Commission européenne.
A-t-on vu une réorientation des investissements étrangers depuis l'entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l'UE ? En fait, les entrées de capitaux sous forme d'IDE se sont déjà accrues dans ces pays dans la perspective de l'adhésion à l'UE. Ils continuent à le faire à l'heure actuelle. On retrouve là le même phénomène que celui que l'on a connu avec les pays de la première vague d'élargissement.
J'aimerais développer mon activité (dans les services aux entreprises) dans les pays baltes. Par lequel vaut-il mieux que je commence ? Il est intéressant de comparer l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie. Des trois, la Lituanie présente la population la plus nombreuse (un peu plus de trois millions d'habitants). Lettonie et Estonie affichent des croissances extrêmement fortes (plus de 11 % l'an dernier), proches de la surchauffe. La Lituanie, avec 7,5 %, affiche une croissance plus soutenable. Les trois pays poursuivent des politiques budgétaires prudentes mais enregistrent des déficits extérieurs très élevés, en particulier la Lettonie.
Leur endettement extérieur croît dangereusement même si c'est un peu moins le cas pour la Lituanie. Enfin, ces économies voient également leur marché du travail se tendre et les conditions d'apparition de bulles immobilières se créer. Outre une politique budgétaire prudente, ces déséquilibres sont malgré tout compensés par le maintien de l'engagement des autorités à respecter les critères de Maastricht. De plus, les capacités de résistance des systèmes bancaires sont accrues par la forte présence des banques étrangères (surtout scandinaves) dans le capital des banques locales.
J'aimerais bien travailler en Europe centrale (République tchèque, Hongrie, Slovaquie…) mais y a-t-il un secteur plus porteur et dynamique qu'un autre ? Précisons que, dans la zone, la vigueur de la croissance a favorisé l'amélioration de la solvabilité des entreprises. Les comportements de paiement de ces dernières se sont globalement améliorés mais ceux-ci connaissent toujours une évolution plus volatile que ceux de leurs homologues, plus solides, d'Europe occidentale.
De plus, cette tendance favorable n'exclut pas la survenance d'impayés ponctuels dans les secteurs fragiles ou très concurrentiels de ces économies. En règle générale, les secteurs électrique-électronique, de l'automobile et des télécommunications sont solides et dynamiques. En revanche, les entreprises doivent faire face à un environnement plus difficile dans les branches de la distribution indépendante (à la différence de la grande distribution), de l'agro-alimentaire et du textile.
En attendant qu'ils passent à l'euro, le risque de change est-il important dans les pays de l'Est ? Où est-il le plus fort ? Pour ces pays, c'est là que le risque est le plus élevé, du fait de déséquilibres internes (finances publiques) et externes (comptes courants). Effectivement, tant qu'ils ne seront pas passés à l'euro, ce risque subsistera, même si des soutiens financiers à court ou moyen terme (mais pas forcément automatiques) pourraient leur être octroyés en cas de crise de change.
Les pays les plus vulnérables à cet égard sont la Hongrie (avec ses déficits jumeaux*), les pays baltes (où les déficits courants atteignent des sommets), et, dans une moindre mesure, la Roumanie et la Bulgarie qui sont destinataires, pour le moment, de flux d'investissements directs étrangers importants.
On parle beaucoup de la Croatie, de son attractivité croissante, notamment d'un point de vue touristique, et de son adhésion future à l'UE. Est-ce le moment d'y investir ? Ou y a-t-il encore trop de risques ? En effet, la Croatie sera le prochain adhérent à l'UE (les négociations reprennent d'ailleurs à l'heure actuelle). Ce pays a de nombreux points forts. Il présente un niveau de développement supérieur à la plupart des autres pays des Balkans et son degré de convergence avec l'Europe est déjà avancé. Les négociations d'adhésion devraient soutenir l'effort de réforme de ce pays et renforcer son attractivité. Le point faible à l'heure actuelle, c'est l'ampleur du déficit courant et son corollaire, une forte augmentation de la dette extérieure.
Si vous deviez monter une affaire dans un pays de l'Est, lequel choisiriez-vous et pourquoi ? Mes préférences iraient vers un petit pays vertueux, à savoir la Slovénie, qui bénéficie de beaucoup d'atouts. Outre une croissance régulière, il présente le niveau de revenu par habitant le plus élevé d'Europe centrale, niveau qui se compare à ceux de la Grèce et du Portugal. Ses comptes extérieurs affichent de faibles déséquilibres. Ce niveau élevé de développement est en partie le reflet des liens solides qui ont été tissés de longue date entre les firmes locales et les entreprises d'Europe de l'Ouest.
Comparés à ces forces, les points de faiblesse sont peu nombreux : dépendance à l'égard de la conjoncture internationale (car il s'agit d'une petite économie très ouverte), relative faiblesse des IDE, niveau relativement élevé de l'endettement extérieur, enfin, retards à combler concernant l'avancement des privatisations notamment.
Les perspectives mondiales pour 2007 par François David, président de Coface
* Déficits jumeaux : déficit budgétaire et déficit extérieur
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
ENTREPRISE
RUBRIQUES
RECHERCHER