Réseaux d'anciens salariés : pourquoi les ex-collègues restent en contact

Réseaux d'anciens salariés A la manière des diplômés de grandes écoles, des groupes d'alumni se structurent autour d'employeurs communs. Et ces derniers y trouvent leur compte.

"Collègues d'avant", vous connaissez ? Non ? C'est normal, le site de retrouvailles d'anciens collaborateurs n'existe pas encore. Pourtant, à la manière des vieux camarades de classe passés dans les mêmes établissements, des réseaux se structurent autour d'un employeur commun.

Pionniers sur ce thème, les grands cabinets de conseils –souvent américains- imitent les grandes écoles et les universités en cherchant depuis longtemps à maintenir une communauté d'"alumni". Pour ces derniers, les quelques années passées chez McKinsey, Bain et autres BCG, souvent en début de carrière, se sont transformées en tremplin pour leur carrière.

"Nous avons plaisir à retrouver chez les autres des réflexes acquis assez jeunes."

Forts de ces premières expériences, ces professionnels parviennent parfois à des postes à responsabilités dans leurs nouvelles entreprises. Si le lien est maintenu, ils peuvent alors faire appel aux services de leur ancien cabinet pour définir la stratégie, bénéficier d'une expertise ou réaliser leur audit financier. Les collaborateurs du passé deviennent alors les clients d'aujourd'hui, le réseau alimente le business.

Mais ce n'est pas tout. Comme les diplômés d'une grande école, les salariés passés dans une même maison partagent aussi des expériences communes. "Découvrir la vie professionnelle chez Procter & Gamble nous a donnés une certaine façon de voir, cela nous a marqué", estime Hervé Ludin, président de l'association P&G Alumni France, une structure qui a vu le jour dès 1974 et qui compte aujourd'hui près de 800 membres. La formation professionnelle des "procteriens" fournit des codes communs à cet entre-soi. "Nous avons plaisir à retrouver chez les autres des réflexes acquis assez jeunes."

C'est pourquoi ces réseaux ne se cantonnent pas aux seuls échanges de bons procédés. Le site Internet d'Afterdan, destiné aux anciens du groupe Danone, propose des invitations pour un vernissage, lance des appels aux dons pour une association... Chez L'Oréal Alumni, c'est une rencontre autour d'un parcours de golf qui est proposée.

Ces clubs font donc office à la fois de lieu de convivialité et de carnet d'adresses et sont source d'opportunités professionnelles. Ils organisent des événements (des AG aux tournois sportifs), fournissent l'indispensable annuaire et tissent un réseau de solidarité. L'association de P&G organise par exemple des rendez-vous baptisés "Speed career networking", où les anciens se donnent des coups de mains pour relancer ou donner un coup fouet à leur carrière.

Et les anciens employeurs dans tout cela ? Certains groupes, très intéressés par leurs anciens, pilotent directement le réseau des "ex". C'est le modèle privilégiés par les grands cabinets de conseil, d'audit ou de stratégie.

Certains groupes pilotent directement le réseau des ex

Plus souvent, ces associations loi 1901, avec statuts et bureau, ne dépendent pas des entreprises. Ce qui n'interdit pas de travailler en bonne intelligence. "Nous sommes indépendants de Procter & Gamble, explique Hervé Ludin. Cela dit, avec le temps, la relation a évolué : l'entreprise, d'abord distante, a progressivement perçu tout le potentiel que représentent les alumis." Désormais, un rendez-vous annuel permet au groupe de tenir les anciens salariés au courant de son actualité. Certains employeurs peuvent également subventionner ces groupes.

De plus en plus d'entreprises comprennent que de bonnes relations avec leurs anciens collaborateurs peuvent les aider à empocher des contrats et à développer leur activité. De plus en plus éclatées, les carrières actuelles font mécaniquement grimper le nombre d'anciens salariés... et autorisent même des allers-retours : maintenir le lien avec ses ex-collaborateurs, c'est aussi entretenir un vivier de professionnels partis affûter leurs armes ailleurs mais adaptés aux mœurs internes. En 2013, la démission ressemble de moins en moins à une rupture.

 

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