Désamorcer les situations délicates
"Le consultant devenait de plus en plus envahissant"
Corinne
Couvrat Desvergnes (direction de projets événementiels)
Autodidacte, Corinne Couvrat Desvergnes a six ans d'ancienneté
dans l'événementiel et quinze ans dans la production audiovisuelle.
Elle revient sur une situation délicate qu'elle a rencontrée
lors d'un appel d'offres.
Quel est le problème le plus délicat que vous avez affronté dans votre carrière ?
J'étais directrice
de production dans une agence événementielle. Nous avions gagné, en appel d'offres, un projet important
de convention. Le projet que nous avions proposé avait été développé par un concepteur que j'ai amené dans l'agence. Ce concepteur
s'est investi énormément dans le projet. A ce niveau, notre agence
a fait une première erreur. Pendant l'appel d'offres, j'ai accompli une mission pour une autre agence.
Puis j'ai réintégré mon poste d'origine, une fois cet autre projet gagné.
Dès lors, au fil des semaines, la production de l'événement s'est avérée
de plus en plus périlleuse dans la mesure où, pour des raisons de connaissance du projet,
le concepteur a pris de plus en plus d'ascendant
sur le président de l'agence. Et comme ce concepteur travaillait
indépendamment de mon équipe, nous sommes arrivés à une situation
de crise très sérieuse. Notre client nous demandait des modifications sur le projet que le concepteur externe ne respectait pas. Le client s'en est inquiété rapidement, et j'ai vécu plusieurs
semaines difficiles, à faire l'équilibriste entre les prestataires
amenés par le concepteur, et qui n'avaient pas une conduite
tout à fait professionnelle, le client qui avait perdu confiance
et mon président, qui ne jouait plus aucun rôle. La convention
s'est déroulée dans une atmosphère très tendue. Finalement,
la production a été réussie, mais l'agence a perdu le client.
Comment
avez-vous fait face à cette situation ?
J'ai dû travailler deux fois plus et subir une
pression psychologique très forte de la part du client, qui
me reprochait sans cesse la prestation "médiocre" de l'un
des prestataires imposés par le concepteur. J'assurais un
suivi quotidien et je reportais par écrit l'ensemble des actions
et des évolutions. J'ai usé de beaucoup de patience et de diplomatie.
J'ai fait abstraction de la manière dont je menais mes productions
habituellement. Toutes ces concessions ont finalement permis
d'arrondir les angles. Néanmoins le client n'était pas du
tout satisfait. Pour moi c'était très dur à vivre.
Quels
enseignements avez-vous tiré de cette expérience, quels
conseils donneriez-vous à un manager rencontrant un problème
délicat ?
Si par erreur, cette situation devait se reproduire,
je ne fléchirais pas face à mon dirigeant. En effet, dans
ce projet précis, dès la prise en charge de la production,
j'avais décelé cette anomalie relationnelle : présence trop
marquée d'un prestataire face à un client. Je n'aurais pas
dû céder face à mon PDG qui n'a rien voulu entendre
dans ma demande de modifier les conditions de réalisation
de cette production. Le concepteur doit être moins impliqué
en production exécutive. L'agence pour laquelle je travaillais
aurait pu ainsi trouver sa vraie place face au client.
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