Désamorcer les situations délicates
"Mon
chef était en fait un illusionniste" Gilles
Saunier (La France Assurances)Centralien, Gilles Saunier
a travaillé dans la gestion de patrimoine et l'assurance vie. Il est aujourd'hui
directeur général de La France Assurances, filiale du groupe Generali.
Il revient sur une situation qu'il a rencontré dans une autre compagnie
d'assurance, en tant que directeur commercial.
Quel
est le problème le plus délicat que vous avez affronté dans votre
carrière ? En 1999, j'étais directeur commercial dans
une compagnie d'assurance. Tous les postes à responsabilité étaient confiés à
des polytechniciens. Le PDG avait décidé de jouer la carte de la différenciation
culturelle en embauchant un directeur non X. Il a débauché à prix d'or un nouveau
directeur général adjoint, créant ainsi un niveau hiérarchique entre le PDG et
moi-même. J'ai rapidement observé des signaux d'alerte : le comportant de mon
nouveau supérieur était vraiment atypique. Il semait le trouble dans l'entreprise,
tout en évitant que la responsabilité ne puisse lui en être clairement attribuée.
Nous étions en désaccord sur différents points et il avait réussi à déstabiliser
un des six directeurs de région et à en liguer quelques-uns contre moi. En fait,
il cherchait à démissionner avant la fin de sa première année, en empochant des
indemnités transactionnelles. Sa stratégie consistait à faire des sauts de puce
d'un ou deux ans dans une entreprise, en négociant à chaque fois des indemnités,
dans le but de préparer sa retraite. A un moment, j'ai moi-même été sur la sellette.
Mon PDG m'avait à la bonne mais il ne pouvait pas désavouer celui qu'il avait
recruté. Il a donc essayé de nous garder tous les deux, de ménager la chèvre et
le chou. Après presque un an, le directeur général adjoint a expliqué au PDG que
la situation ne lui permettait pas d'assumer ses responsabilités. Il est parti
avec le parachute en or qu'il avait négocié à son recrutement. La situation n'a
pas été résolue, les problèmes ont suivi. Le PDG a recruté un autre DGA, et a
cette fois choisi un X, excellent gestionnaire mais piètre meneur d'hommes. Résultat,
j'ai fini par démissionner, et trois directeurs de région sont aussi partis. Comment
avez-vous fait face à cette situation ?
Après le recrutement du directeur général adjoint, quand j'ai senti que les choses
ne tournaient pas rond, je me suis renseigné discrètement auprès de mon réseau
d'informateurs. Je me suis aperçu que c'était un illusionniste. J'en ai parlé
au PDG en lui précisant la source de mes informations. J'ai pronostiqué le départ
du DGA avant un an. Mais le PDG ne m'a pas vraiment écouté. Reconnaître
une erreur de recrutement s'avère très difficile. Dans ce cas précis, c'était
d'autant plus difficile que la nouvelle recrue était un escroc. Par ailleurs,
le PDG a dû penser que je dénonçais mon supérieur car je n'acceptais pas
ce nouveau niveau hiérarchique entre lui et moi. Le PDG a mis six à huit mois
pour reconnaître son tort. Il a ensuite été confronté à des problèmes opérationnels.
Il a subi jusqu'au bout, sans trancher, jusqu'au départ du directeur général adjoint.
Quels
enseignements avez-vous tiré de cette expérience, quels conseils donneriez-vous
à un manager rencontrant un problème délicat ? Je pense
que l'on n'est jamais payé en retour lorsqu'on veut concilier l'inconciliable.
Il faut savoir trancher. Il vaut mieux se couper un doigt plutôt que d'attendre,
et de se couper le bras… Par ailleurs, il faut toujours se renseigner lors d'un
recrutement. Face à une situation délicate, il faut savoir s'entourer de sa base.
Dans ce cas précis, je reproche à mon PDG de ne pas m'avoir associé dans le processus
de recrutement. Il aurait dû consulter ses collaborateurs.
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