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INTERVIEW
mars
2005
Frédéric
Wacheux (Paris-Dauphine)
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Face aux nouvelles attentes sociales et au rôle de plus en plus restreint de l'Etat dans ce domaine, la relation entreprise-salarié aborde une nouvelle ère. Désormais, l'entreprise doit être capable de prendre en compte les besoins de ses salariés pour les fidéliser. Les explications de Frédéric Wacheux, professeur en gestion des ressources humaines à l'université de Paris-Dauphine.
D'où nous vient le marketing
RH, quelle est la génèse de ce concept ?
Frédéric Wacheux. Le marketing RH n'est pas
un concept récent en soit. Bien sûr, si l'on remonte
à l'époque des "directions du personnel",
la question ne se posait pas. Mais il y a vingt ou vingt-cinq ans,
certains responsables des ressources humaines avaient déjà
compris l'urgence qu'il y avait à expliquer à quoi
servent les fonctions de gestion des ressources humaines, en dehors
du simple aspect administratif. Cette gestion est en effet apparemment
invisible quand les résultats de l'entreprise sont positifs,
et visible quand ceux-ci sont négatifs. L'excessive financiarisation
du management et de l'économie, où la variable humaine
est devenue une variable d'ajustement, a depuis eu une forte influence
sur cette prise de conscience. D'autres facteurs y contribuent aujourd'hui,
comme la pénurie annoncée sur le recrutement des cadres
et le fait que le taux de fidélité devient quasi nul
chez les jeunes diplomés. Dans ce contexte, les entreprises
se doivent désormais d'être attractives.
Qu'est-ce
que le concept "marketing RH" recoupe précisément
?
Il y a deux possibilités. D'une part, on peut considérer que la fonction ressources humaines est une fonction de service ou de conseil interne, comme c'est le cas pour l'assureur Générali par exemple. En d'autres termes, le marketing RH revient alors à offrir dans le temps une palette de services aux salariés, suivant une démarche commerciale. D'autre part, on peut considérer que le marketing RH est plutôt une démarche de communication vers les salariés ou les futurs salariés. Dans cette logique, il s'agit alors de faire des coups, des événements, donc de suivre une démarche à court terme.
Le fait que l'entreprise oriente sa stratégie RH vers des services ou des événements en faveur des salariés signifie-t-il que les avantages sociaux, voire le salaire, ne sont plus au centre des préoccupations ?Le marketing RH englobe la notion de communication interne" |
Le concept de marketing RH correspond-il
à un phénomène de fond ?
C'est une démarche encore confuse aujourd'hui, voire anecdotique.
Mais les entreprises testent et recherchent un modèle de
responsabilité sociale, elles ressentent un besoin latent.
Rien que pour la population cadre, pour qui les stock-options sont
terminées avec les normes IFRS, il faut trouver autre chose.
Nous sommes véritablement dans une période intermédiaire
: les pouvoirs publics sentent bien la problématique tandis
que les entreprises perçoivent la nécessité
de donner du sens et des perspectives à leurs salariés
pour attirer et conserver les compétences.
Le marketing RH annonce-t-il une mutation
de la fonction ressources humaines ?
Le marketing RH est un concept qui va s'imposer très rapidement,
d'autant plus qu'il englobe la notion de communication interne.
Les formations sur ce domaine vont se répandre, tout comme
l'orientation business de la fonction RH. Clairement, les ressources
humaines représentent une fonction en pleine mutation avec
une professionnalisation accrue. L'enjeu pour les entreprises et
de ne pas louper ce virage.
Comment la DRH peut-elle se lancer
dans une chantier marketing RH ?
Tout d'abord le DRH doit avoir suffisamment de charisme pour convaincre
le directeur général de l'intérêt de
son projet. Il n'est pas toujours évident dans ce type de
projet de présenter concrètement le retour sur investissement.
Ensuite, il faut se donner les moyens, notamment par la spécialisation
des personnes travaillant sur le projet. Pour ce faire, certaines
entreprises pourront faire appel à des cabinets de conseil
en ressources humaines. Reste enfin les outils marketing disponibles
pour faire circuler l'information : l'intranet, l'affichage ou encore
le journal interne. Pas besoin non plus d'une artillerie démesurée.
Les besoins on les connait : ils se résument dans la prise
en charge les difficultés de la vie quotidienne du salarié.
Une jeune mère de famille sera plus sereine si elle sait
que sont enfant est dans une crèche dans les locaux de l'entreprise,
et partira à 17h30 au lieu de 16h30 pour aller le chercher.
L'entreprise commence à prendre en charge les droits sociaux" |
Le marketing RH ne ressemble-t-il pas
à une forme de paternalisme ?
Un paternalisme moderne alors, car l'ancien était dans la
logique du donnant-donnant : soumission contre prise en charge.
C'est totalement hors de propos aujourd'hui. Il s'agit plutôt
d'une responsabilité sociale concrète.
Vous mentionnez souvent le rôle
de l'Etat dans cette mutation...
Oui. La structure étatique est de moins en moins efficace.
L'entreprise commence à prendre en charge les droits sociaux
face à l'incapacité de l'Etat à le faire. On
voit par exemple se développer très rapidement en
France les mutuelles privées. Ce glissement fait partie de
la mécanique qui alimente le marketing RH.
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N'y a-t-il pas un risque que le marketing
RH soit de la poudre au yeux ?
Il y a toujours un risque, d'autant plus que l'effet de mode est
très présent dans le management, et que l'on a toujours
tendance à communiquer sur des évévenements,
des initiatives ponctuelles. Mais les salariés ne sont pas
dupes. Un erreur cause facilement la perte de confiance irréversible
des salariés dans la direction.
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Parcours
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Professeur des universités à Paris-Dauphine, Frédéric Wacheux est également directeur du Crepa, le Centre de recherche qui traite de politique générale, de gestion des ressources humaines et de e-Management. Il est également président de la Commission de spécialistes en gestion. Frédéric Wacheux occupe les postes de responsable du DESS GRH et de co-directeur du MBA ressources humaines. |
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