Si la possession d'un diplôme et d'une expérience à l'international est souvent
nécessaire pour entrer dans la liste des cadres à haut potentiel, cela ne suffit
toutefois pas pour y rester durablement. Inversement, une personne disposant d'un
diplôme moins prestigieux peut aussi espérer se faire une place. Certaines qualités
comportementales sont en effet attendues de la part de ces cadres placés
"sous surveillance".
Le conformisme, une qualité à double tranchant
La culture de l'entreprise et son mode d'organisation influent considérablement
sur la définition des qualités que l'on attend des cadres pour les étiqueter haut
potentiel. "On peut parfaitement être haut potentiel dans une entreprise, et pas
dans l'autre, l'être en France et pas à l'étranger", explique Mireille Fesser.
Certaines entreprises apprécient les jeunes cadres ambitieux et battants, tandis
que d'autres mettront l'accent sur l'humilité et la rigueur. Mais la plupart attendent
aussi un certain conformisme.
| "On peut parfaitement être haut potentiel
dans une entreprise, et pas dans l'autre" |
"Prégnance des statuts et élitisme du diplôme sont caractéristiques de la culture
managériale française, notent les deux auteurs dans leur ouvrage, et on observe
dans nombre de nos grandes entreprises, comme un système de caste au sein du groupe
des cadres. Dans un tel contexte, être repéré par la hiérarchie ne consiste alors
pas tant à se montrer particulièrement compétent qu'à avoir pleinement adopté
la culture de l'entreprise... et de ne surtout pas trop déroger à l'ordre
établi." Mais, cette qualité de soumission et cette capacité à se fondre dans
un moule ont un effet pervers. "Paradoxalement, les comités de direction qui encouragent
ce type de comportement, attendent aussi, lorsqu'ils recherchent un dirigeant,
qu'il soit quelqu'un d'un peu hors norme. Et bien souvent, c'est à l'extérieur
de l'entreprise qu'ils sont obligés d'aller le chercher", s'amuse Mireille
Fesser.
Pour se sortir de cette impasse, l'essentiel consiste surtout "à prendre conscience
des choix de conformité que l'on a fait au cours des années pour avancer dans
l'entreprise - ce que peu de cadres parviennent à faire - afin de pouvoir s'en
dégager au moment opportun."
La modestie, une qualité souvent négligée
Après avoir suivi, dans le cadre de leurs recherches, les parcours de plusieurs
jeunes cadres à haut potentiel, les auteurs en sont revenus convaincus : la première
des qualités à développer est la modestie. "C'est une notion qui n'est pas toujours
très valorisée en termes d'image, pourtant une modestie authentique associée à
un esprit entrepreneurial et une ambition bien placée sont les clés de la réussite.
A l'inverse, l'absence de modestie génère souvent une incapacité à se remettre
en cause, à écouter les autres, à tirer profit de ses erreurs… et finalement à
évoluer", martèle la DRH.
| "Une modestie authentique associée à un esprit
entrepreneurial sont les clés de la réussite" |
Inaptitude à promouvoir un esprit d'équipe, tendance à présenter ses résultats
de façon autocentrée et à négliger la contribution des autres collaborateurs,
attitude de fuite en avant au gré des opportunités d'évolution
sans prendre le temps de faire le bilan de ses actions… Autant de dérives que
les auteurs ont le plus souvent observées au fil de leur enquête. Ces lacunes
managériales sont plus ou moins vite repérées par les responsables des
ressources humaines lors des évaluations ou par le management exécutif. Mais,
dans tous ces cas de figures, elles finissent, après quelques années, par coûter
à ces cadres leur place dans la "liste".
Le temps passé en observation sur une liste de haut potentiel est long. "En
offrant de belles opportunités aux postulants, le management cherche aussi à jauger
leur capacité à se remettre en question, à mettre leur orgueil de côté en
cas d'échec et à s'arrêter avant le crash", rappelle Mireille Fesser.