Bernard Arnault, François Pinault, Charles Saatchi
Ces patrons
sont célèbres certes par le succès de leur entreprise, mais
également par leur goût affiché pour l'art contemporain. En
quoi consiste-t-il ? Quels en sont les artistes absolument incontournables ? Réponses.
Le principe
On considère généralement que l'art contemporain débute
en 1945 avec l'expressionnisme abstrait - de Jason Pollock et Willem de Kooning
en particulier - et l'art brut de Jean Dubuffet.
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Fontaine (ou Urinoir), Marcel Duchamp, réplique
de 1964 de l'original de 1917
© Centre Pompidou
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L'art contemporain puise sa source dans les expérimentations de l'art
moderne, s'étant libéré avec Marcel Duchamp et son Urinoir
des contraintes classiques de représentation. Avec l'apparition de la
photographie, l'art n'a plus à représenter fidèlement le
réel et valorise désormais l'idée au détriment de
la technique.
Expérimentations nouvelles et idées conceptuelles explorent les
crises de la société et expriment des valeurs. La globalisation
et la perte des repères spatio-temporels traditionnels encouragent les
approches personnelles et valorisent les composantes biographiques, sociologiques
voire religieuses au sein des démarches de travail.
La recherche formelle du Beau laisse donc la place à la recherche
d'esthétiques nouvelles, pouvant aller jusqu'à l'art conceptuel,
au minimalisme, à la performance et à l'art corporel. Et puisque
les technologies ont toujours apporté des outils à l'art, l'éclatement
des types de médium conduit souvent au délaissement de la peinture
au profit d'installations, de performances ou autres.
Philippe Lejeune, peintre et critique français, précise ainsi :
"L'art contemporain se dit conceptuel, c'est-à-dire que, partant d'un
concept, on arrive à procurer une sensation. Les Beaux-Arts se donnent
un tout autre but, ont un programme bien différent. Partant de l'éprouvé,
ils le confrontent à la mémoire collective pour arriver précisément
à une idée, c'est-à-dire à un élément
que l'on peut comparer."
Les incontournables
Chaque décennie, on peut compter de six à douze nouveaux courants
de l'art contemporain.
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Détail de Campbell's soup cans, Andy Warhol 1962
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Dans les années 60, plusieurs courants posent les bases de l'art contemporain
et de ses explorations. Le très violent actionnisme viennois, précurseur
de l'art corporel, développe comme le courant Fluxus un art de la performance,
mais à caractère sacrificiel, destiné à libérer
les individus de leurs refoulements. Au même moment, Guy Debord et les
situationnistes prônent la libération des conditions historiques
par une réappropriation du réel et critiquent la société
du spectacle. C'est également l'époque de la généralisation
des installations et du développement du minimalisme. Le
Pop Art, enfin, récupère les images de la publicité
et de la société de consommation. Sa transposition en France, le
nouveau réalisme, générera plus tard l'hyperréalisme.
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Le Reichstag emballé, Christo 1995
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Dans les années 70 apparaît le Land Art. Ses exécutants
les plus célèbres sont sans doute Christo et Jeanne-Claude, qui
"emballent" dans du tissu des paysages, lieux ou monuments afin de "révéler
en cachant". Au même moment, James Turrell commence à travailler
la lumière, naturelle ou artificielle, pour lui rendre sa matérialité.
Il achète un volcan éteint en Arizona, le Roden Crater, pour en
faire un véritable observatoire de la lumière céleste. Et
à partir de 1971, Hervé Fischer, Fred Forest et Jean-Paul Thénot
développent le concept d'art sociologique - précurseur de
l'art relationnel des années 2000 - pour désigner une "pratique
sociologique interventionniste" qui utilise les moyens de communication de
masse pour en critiquer le caractère manipulateur.
Les années 80 voient le développement des arts vidéo,
audio-visuels et télématiques. En parallèle, dans plusieurs
pays, de jeunes artistes proposent une peinture figurative et colorée.
Il s'agit des Néo-expressionnistes ou Nouveaux Fauves en Allemagne,
du Bad Painting aux États-Unis (dont Keith Haring et Jean-Michel Basquiat
sont les représentants les plus célèbres), de la Figuration
libre en France. En Italie, c'est le mouvement de la Trans-avant-garde
: perdurant encore aujourd'hui, un groupe d'artistes décide de réagir
face à ceux qui proclament la fin de la peinture et la gloire de l'art
conceptuel et minimaliste. Leur credo : le retour aux formes traditionnelles de
la peinture et de l'image imprimée.
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Possédant la protéine GFP dans son ADN, Alba
émet une luminescence verte lorsqu'elle est exposée à une
lumière ultraviolette ou bleue. Eduardo Kac 2000
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Dans les années 90, art en ligne et art numérique complètent
la palette des arts NTIC tandis que le bio-art utilise les ressources offertes
par les biotechnologies, par lesquelles les artistes s'approprient des thèmes
de réflexion très controversés aujourd'hui : culture de tissus
vivants, modifications génétiques (d'Eduardo Kac en particulier
et sa lapine Alba, "créée" avec l'Inra), morphologiques
(de Marta de Menezes), constructions biomécaniques (par Symbiotica)...
Le corps de l'artiste est parfois mis à contribution (culture de sa propre
peau, projet de transfusion de sang de panda rendu compatible...). L'objectif
ultime de ce courant : mettre à nu les peurs traditionnellement
inspirées par la technologie.
Depuis 2000, l'art contemporain chinois suscite beaucoup d'agitation.
Si dans les années 80 Deng Xioaping encourage l'ouverture du pays, confrontant
les artistes à l'économie de marché, la plupart abandonnent
tout contenu politique ou contestataire à la suite des événements
de Tien an men. En 1999, la Biennale de Venise marque un essor sans précédent
de la scène chinoise. Mais en 2004, l'exposition "Alors, la Chine
?" au centre Pompidou est très critiquée. En effet, l'engouement
actuel pour la Chine complique l'appréciation des uvres, parfois
jugées surévaluées. L'art contemporain chinois demeure toutefois
une source d'investissement considérée comme très attractive.
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