Le cinéma français est beaucoup plus protégé par
l'Etat que le cinéma espagnol. De plus, ce dernier est moins populaire
dans son propre pays et suscite même souvent le dédain. Toutefois,
malgré ces fragilités, il a véritablement décollé
à la toute fin du XXe siècle. Dans les années 80 se tournaient
en moyenne un peu mois de 50 films par an en Espagne. La production a progressé
de manière continue pour atteindre 150 films en 2006, dont 40 documentaires.
Les nouveaux auteurs espagnols
De
1996 à 2000, de nombreux réalisateurs auparavant peu connus ont
atteint une reconnaissance internationale, constituant le véritable renouveau
du cinéma espagnol. C'est le cas de Julio Médem, qui dépasse
pour la première fois les frontières avec Tierra, en 1995.
Suivront Les amants du cercle polaire (1998), Lucía y el sexo
(2000) et Caótica Ana (2006).
Mais
c'est peut-être Alejandro Amenábar qui connaît la plus
grande notoriété. A 24 ans, en 1996, son Tesis ouvre le Festival
de Berlin et reçoit cinq Goyas - équivalent espagnol des Césars.
L'année suivante, c'est Abre los ojos, thriller psychologique dont
il écrira pour Hollywood le scénario du remake, Vanilla Sky.
En 2001, 7 Goyas et de nombreux prix internationaux viennent récompenser
Les Autres, film empli de mystère où Nicole Kidman protège
ses deux enfants allergiques à la lumière de la maison hantée
qu'ils occupent. En 2004, Mar Adentro avec Javier Bardem remporte 15 Goyas,
1 Oscar et 1 Golden Globe pour son plaidoyer pour le droit à l'euthanasie.
Isabel
Coixet est une autre réalisatrice espagnole majeure. Si elle met déjà
en scène Lili Taylor en 1996 dans Des choses que je ne t'ai jamais dites,
sa carrière s'envole véritablement à sa rencontre avec l'actrice
canadienne Sarah Polley, avec qui elle tourne Ma vie sans moi en 2003 et
The secret life of words en 2005, deux films qui lui vaudront Goyas et
prix internationaux. Alex de la Iglesia et Fernando León de Aranoa
sont aussi révélés à cette époque.
En 2006, c'est toute une pléiade de nouveaux réalisateurs
qui, par leurs premiers films, convainquent instantanément la critique,
le public et les jurys de nombreux festivals. Des esthétiques très
contemporaines y redéfinissent la relation entre image, récit, sujet
et personnage. Parmi eux, Daniel Sanchez Arévalo (Azul),
Jorge Sanchez Cabezudo (La nuit des tournesols), Javier Rebollo
(Ce que je sais de Lola), Isaki Lakuesta (La légende du
temps), Koldo Serra (Bois d'ombres), Carlos Iglesias
(Un franc 14 pesetas), Albert Serra (Honneur de cavalerie),
ou encore Iñaki Dorronsoro (La distance). La plus récente
tendance du cinéma espagnol aura été au film politique, avec
en 2006 Salvador, de Manuel Huerga, Le labyrinthe de Pan
de Guillermo del Toro et Les perdants de Driss Deiback.
Impossible
enfin de ne pas évoquer le Mexicain Alejandro González Iñárritu.
Animateur radio d'une émission à succès sur le rock dès
21 ans, il réalise ensuite des dizaines de publicités. Il crée
une société de production audiovisuelle en 1997 et part finir son
apprentissage aux Etats-Unis, où il devient scénariste. Ses trois
long-métrages seront couverts de prix internationaux : Amours chiennes
en 2000, 21 grammes en 2003 et Babel en 2006. Cannes le récompense
en 2000 et en 2006, Venise en 2003. Sa marque de fabrique : un récit
éclaté retrace les destins parallèles de protagonistes réunis
par le hasard d'un accident. Lire
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