Entre la théorie et la pratique, apparaît un écart important.
En effet, si l'entreprise n'a pas toute confiance en son futur ex-collaborateur
ou bien si le risque financier est élevé, le licenciement transactionnel
peut représenter un montage risqué. Voici comment les entreprises
s'y prennent concrètement pour déjouer les pièges.
Les étapes que suivent les entreprises pour un licenciement transactionnel
La transaction n'est valable que si elle est effectuée après
le licenciement. C'est un contrat établit en double exemplaire. Daté
et signé, il comporte également les mentions "lu et approuvé"
et "bon pour transaction et désistement d'action". Mais dans
la pratique, cela soulève un problème : l'employeur n'est pas certain
que le salarié signera la transaction après le licenciement et n'ira
pas aux prud'hommes. Pour limiter les risques, les entreprises suivent couramment
le cheminement suivant, même s'il est illégal.
1 / Se mettre d'accord, employeur et salarié, sur la démarche à suivre et les concessions réciproques lors d'entretiens informels.
2 / Envoyer une lettre de convocation à l'entretien préalable
de licenciement, en recommandé avec accusé de réception.
3 / A l’issue de l’entretien, une seconde enveloppe, envoyée également en recommandé avec accusé de réception, est censée contenir la lettre de licenciement mais renferme en réalité une feuille blanche. Si elle contenait la lettre de licenciement, celui-ci ne serait pas postdatable.
Bref, à réception, le salarié ne doit pas l'ouvrir. En effet, il lui est à tout instant possible de se retourner contre son employeur. S'il ouvrait la lettre en présence d'un huissier, celui-ci pourrait constater l'infraction.
4 / Le salarié se rend à un nouvel entretien
avec son employeur lors duquel il signe la transaction et échange la feuille blanche contre
la lettre de licenciement. La transaction est donc signée avant le licenciement,
ce qui est illégal, mais officiellement ce dernier est antérieur à
la transaction.
| "Le salarié peut invoquer l'absence de concessions réciproques si les indemnités sont insuffisantes" |
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Patrick Le Rolland, auteur de Tout pour gagner aux prud'hommes
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Attention cependant, la jurisprudence est consciente de cette pratique. "Une lettre blanche envoyée en recommandé avec accusé de réception peut être associée à un licenciement sans cause réelle et sérieuse, donc nul, prévient Maître Peeters. C'est pourquoi le Président Sarkozy dans son programme a proposé d'inventer un processus de rupture à l'amiable plus souple, qui permette par exemple de toucher les Assedic et des indemnités."
Un salarié peut-il dénoncer une transaction ?
L'employeur n'est jamais à l'abri d'un litige et donc d'une action
aux prud'hommes, même après transaction. "Le salarié
peut invoquer l'absence de concessions réciproques ou équilibrées
si les indemnités versées ne compensent pas les droits auxquels
il aurait eu accès en cas de licenciement : paiement du préavis,
indemnités de licenciement légales ou conventionnelles, chômage
",
intervient Patrick Le Rolland, ancien conseiller du conseil de prud'hommes et
auteur de Tout pour gagner aux prud'hommes (Maxima). La décision
sera laissée à l'appréciation du juge. Mais la notion de
concessions réciproques n'est pas évidente. "Et souvent le
salarié ignore l'ampleur de ses droits", ajoute-t-il. Bref, s'il est
bien indemnisé, il ne créera pas de problème à son
ancien employeur.