Tout abandonner pour réaliser son rêve Xavier Levergne : il a pris tous les risques pour retaper un haras

Xavier Levergne est un dirigeant d'entreprise prospère lorsqu'il cherche à se reconvertir. Tombé amoureux d'un lieu idyllique, il remet tout en jeu pour se lancer dans une nouvelle aventure.  

 

Qu'est-ce qui a motivé votre décision de changer de vie ?

Xavier Levergne. J'ai travaillé 20 ans en tant que dirigeant d'entreprise dans le négoce informatique avec ma femme. Dans ce secteur, nous avions des exemples de personnes qui arrêtaient tout pour faire un autre métier. De 2001 à 2005, l'activité s'est progressivement dégradée, les marges se sont effondrées : c'était mon tour de trouver une reconversion "obligée". Or, je ne sais rien faire d'autre que vendre. Pourtant, les week-ends, je faisais de la compétition moto. J'avais envie de trouver un bel endroit où les gens pourraient venir faire de la moto tout-terrain. C'est à l'aéroport, dans un magazine sur les propriétés et belles demeures, que j'ai eu le flash. En double page, il y avait une photo du domaine de la Butte Ronde. J'ai tout de suite appelé ma femme pour qu'elle aille voir sur place. Nous nous sommes vite rendu compte qu'il était inenvisageable de faire des pistes de motocross sur un tel site. Alors je me suis demandé : qu'est-ce qu'on va pouvoir faire ? Et nous avons décidé de proposer des chambres d'hôtes.

 

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?

"Le jour de la signature du compromis de vente, la pression était tellement forte que j'ai somatisé. Je suis resté sous appareil respiratoire pendant deux mois. "

Le financement a été très difficile. D'abord parce que le prix demandé était exorbitant, le propriétaire en voulait 8 millions d'euros ! Heureusement nous avons réussi à faire un peu baisser le prix de vente. Les douze banques françaises auxquelles nous nous sommes adressés nous ont ri au nez. Nous sommes donc passés par une banque étrangère avant de pouvoir, un peu plus tard, transférer notre dossier à un pool de banques nationales.

Ensuite, le propriétaire a changé d'avis et voulait vendre à un émir ! Finalement, nous avons réussi à le convaincre de nous laisser le domaine. Le jour de la signature du compromis de vente, la pression était tellement forte que j'ai somatisé. J'ai développé des problèmes respiratoires : je suis resté sous appareil respiratoire pendant deux mois. Il faut dire que j'avais vendu ma maison et tous mes biens alors que j'aurais pu me contenter de placer mes économies et vivre tranquille.

Il a aussi fallu tout apprendre : j'ai retapé le haras laissé à l'abandon. Il a fallu se renseigner sur ce que mangeait un cheval. Nous avons également dû nous battre avec l'administration pendant deux ans pour construire la grande verrière qui nous tenait à cœur. Ensuite, nous nous sommes vite rendu compte que les chambres d'hôtes ne rapportaient guère donc nous avons réorienté notre offre sur les séminaires d'entreprise et les mariages.

 

Quel bilan tirez-vous de ce changement aujourd'hui ?

C'est une belle réussite. Le démarrage du succès date du salon Heavent lors duquel nous avons gagné le premier prix de l'innovation de la réception à la campagne. Les réservations ont décollé : nous avons accueilli 60 mariages et 50 séminaires en 2007. Cette année nous anticipons le double de séminaires. Nous avons également la chance d'héberger 50 chevaux prestigieux de l'Etat d'Arabie Saoudite.

 

Quels conseils donneriez-vous à des personnes tentées par l'aventure ?

Le couple doit être très fort : ma femme m'a épaulé, nous avons toujours eu la même orientation. Mais il est vrai que mes amis, sauf ceux qui me connaissaient le mieux, ont essayé de me dissuader de me lancer dans ce projet. Ils pensaient que j'allais "me casser la figure". Il faut bien se connaître et avoir conscience de ses limites. C'est important de garder la foi et d'aller jusqu'au bout. Comme je fais de la compétition, j'ai l'habitude de tenir bon.

 

 Site : Domaine de la Butte Ronde

 

Compromis de vente